Category Archives: Kérangoff

Les batailles et les ruses. Par Ollivier Disarbois

Les batailles

Guy C. et Marcel J. se souviennent très bien des batailles aux lance-pierres (1) contre le Stiff . Comme des attaques se produisaient régulièrement, ils avaient récupéré des casques, Allemands surtout, mais aussi Français et d’autres portant la Croix-Rouge, pour se protéger. Organisés comme une troupe, il y avait l’avant garde qui lançait des cailloux à la main, sans doute parce qu’elle n’avait pas les moyens d’acheter la gomme carrée à la quincaillerie des Quatre-Moulins. D’ailleurs cette gomme carrée était sensée servir à la propulsion de sous-marin car il n’était pas question de dire que c’était pour confectionner un lance-pierres. La deuxième ligne armée de lance-pierres était bien plus dangereuse, nous sommes loin de la guerre des boutons et les fronts se souviennent encore des impacts de cailloux, pour ma part j’ai failli y perdre un œil, quelques années plus tard.

Les Forts en 1957

Terrain de jeux et d’aventures des enfants de Kérangoff, ils vont bientôt être remplacés, par des HLM, trois des six forts, sont visibles sur la photo.

Les ruses

Au sommet du premier fort il y avait une plate forme en béton servant pendant la guerre d’emplacement de D.C.A. C’était le château à prendre et Jim, avec sa fronde, expédiait des cailloux bien plus gros sur les assaillants. Une des ruses utilisées consistait à reculer jusqu’au sixième fort et à s’enfermer, car il possédait encore de lourdes portes métalliques impossibles à forcer. Pendant que les assaillants tambourinaient nous sortions par un puits vertical qui devait servir de conduit de ventilation et peut-être aussi pour monter les munitions. Nous pouvions ainsi surprendre les attaquants qui rebroussaient chemin sous une pluie de projectiles.

A côté de ces affrontements assez dangereux il y avait aussi les batailles de mottes de terre. Marcel se souvient d’une de ces journées ou un attaquant a reçu un caillou sur la tête.
Les défenseurs au sommet d’un fort avaient creusé une tranchée et fait provision de mottes. Manque de chance dans l’une d’entre-elles il y a un « Pem »(2) et l’attaquant, un grand costaud nerveux, le prend sur la tête. De rage, il monte à, l’assaut, les défenseurs s’enfuient sauf un qui n’a pu sortir à temps de la tranchée. Il subit alors une avalanche de mottes de sa propre réserve et se retrouve pratiquement enterré.
(1)Lance-pierre ou Blette : Que celui qui ne s’en est jamais servi me lance la première pierre. Confectionné à partir d’une partie fourchue de noisetier passée au feu, de deux gommes carrées et d’une languette de chaussure ; arme très dangereuse.
(2)Pem : Caillou
Pour Louis D, la plaine de Kérangoff c’était l’espace, la plaine et les forts. Il se souvient très bien d’une cache semi-souterraine qu’il avait construite avec des copains à côté du café Demeule. Un trou recouvert de mottes de terre posées sur des planches de coffrage et des fers à béton récupérés. Cette cache était invisible de la route située à quelques mètres. Elle servait de planque à l’occasion de jeux ou d’abri pour déguster les pommes que nous allions chaparder dans les jardins voisins.

Ollivier. DISARBOIS .

P.-S.

(1)Lance-pierre ou Blette : Que celui qui ne s’en est jamais servi me lance la première pierre. Confectionné à partir d’une partie fourchue de noisetier passée au feu, de deux gommes carrées et d’une languette de chaussure ; arme très dangereuse.

(2)Pem : Caillou

 

 

 

 

 

Les Lavandières de Kérangoff. Par ollivier Disarbois

Le lavoir

S’il est un endroit qui mérite d’être connu, c’est bien le lavoir. Solange se souvient très bien de la grogne des blanchisseuses en décembre 1960. C’est la fin des baraques de Kérangoff, mais, bien que relogées, les blanchisseuses veulent garder leur lavoir. Elles décident de prendre le bus et de se rendre à la Mairie pour manifester. Après quelques palabres, le Maire de l’époque, Georges Lombard, accepte de les recevoir ; il les écoute et leur promet la reconstruction à un autre endroit, ce qui est fait en avril 1961. Il est vrai que pour beaucoup d’entre-elles, laver du linge leur procure un certain revenu et la machine à laver est encore un engin qui coûte cher et n’inspire pas trop confiance :
Ça ne lave pas aussi bien qu’à la main,
Ça use le linge.

Pendant ces quelques mois, c’est au lavoir de la Pointe qu’elles poursuivent leurs activités.

Les places étaient réservées et gare aux contrevenantes, les langues bien pendues remettaient l’intruse à sa place au propre comme au figuré.

La mère de Solange ne jurait que par la lessive « Lacroix » qui rendait les tricots de son mari plus blanc que blanc. Le savon, on l’achetait avec des tickets, me dit Guy :« J’allais jusqu’à Kérinou et puis on le laissait sécher au moins trois mois avant de l’utiliser ».

Avec la fin des baraques c’est aussi une autre énergie qui est utilisée pour faire bouillir le linge, le gaz remplace le bois mais non sans problèmes car, dans le vent, rien ne vaut un bon feu de bois. Pour remédier à celà, les trépieds sont mis à l’abri à l’intérieur du lavoir malgré les protestations de la responsable arguant de la sécurité.

Le lavoir était aussi un lieu d’observations, d’un seul coup d’œil on lisait la vie des gens dans la lessiveuse mieux que dans le marc de café ou sur la boule de cristal, de quoi alimenter les commérages pour quelques temps.
Tiens ! Elle change encore ses draps. ?

Et pourquoi donc ?

Elle lave ses serviettes, ce n’est donc pas pour cette fois-ci.

Il y avait de l’ambiance au lavoir, en plus des conversations animées, il arrivait parfois qu’une lavandière chuta dans le bassin à la suite d’un faux mouvement en voulant remonter un drap chargé d’eau par exemple. Alors là, c’était la franche rigolade car le lavoir n’était pas très profond, mais il fallait parfois se mettre à plusieurs pour sortir une lavandière un peu plus ronde que la moyenne. Chacune avait sa caisse à laver pour poser ses genoux et éviter autant que faire se peut, d’être trempée. Elles étaient face à face sur le côté du bassin et non face à celui ci. Le lavoir n’était jamais silencieux, le tap-tap des battoirs était accompagné de chants. Il y avait beaucoup d’entraide, pour essorer les draps, déplacer une lessiveuse, pousser un chariot. Nous allions aussi boire un café chez l’une ou chez l’autre pour se reposer un peu, car les journées au lavoir commençaient de bonne heure.

Les lavandières

Mmes Disarbois, Corre, Kerhomen, Bihan, Grannec, Hélies.

Madame Ropars était chargée du gardiennage, elle vidait les bassins régulièrement, les brossait, cassait la glace en hiver et assurait l’éclairage à l’aide de bougies ; maîtresse femme, elle savait se faire respecter.

La neige ne les arrête pas.

Mmes Disarbois, Floch, Grannec, Mellac, Ropars et Corre .
(de Gauche à droite)

« Ma mère native, de Plabennec, n’aimait pas l’ambiance » me dit Annick, « elle trouvait le langage trop fleuri. » Mon père lui avait fabriqué une jolie caisse pour aller au lavoir, passage obligé, car nous étions six enfants et il fallait bien entretenir le linge. Je me souviens de l’avoir remplacée une fois, je sens encore mes joues se colorer, en écoutant des propos, que je n’avais pas l’habitude d’entendre à la maison.

Caisse à laver et chariot-lessiveuse

René Coatanéa, Auguste Disarbois,Henri Corre et Jean Méneur.

Tous les ans pour les rameaux, nous avions des vêtements neufs, confectionnés par ma mère, ainsi qu’un chapeau pour aller à la messe en l’église de Kerbonne.

Les « Bouillitures »(1)se faisaient à l’extérieur du lavoir dans des lessiveuses et, pour rendre le linge plus blanc ou pour faire partir les taches récalcitrantes, il était étendu sur l’herbe.

 

P.-S.

(1)Bouillitures:Terme utilisé à Kérangoff, pour désigner l’action de bouillir le linge.

 

 

Situation du Quartier de Kérangoff. Le quartier de Kérangoff en baraques.. Par Ollivier Disarbois

Le quartier de Kérangoff en baraques

 Les baraques Françaises sont de deux types à Kérangoff, en majorité des baraques à trois pièces pour 1 ménage (35) et 8 baraques doubles pour deux ménages à quatre pièces.

 La plaine de Kérangoff, n’était avant guerre, qu’un espace dégagé, bordée au sud par les forts et par la rue Brizeux (actuellement rue Béranger), à l’ouest par la rue de Kérangoff et la rue Franchet d’Esperey, au nord par la rue Pierre Loti et à l’est par la rue Georges Leygues.

 A la fin de la deuxième guerre mondiale, il fallait reloger les brestois qui n’avaient plus de toits. La plaine de Kérangoff convenait parfaitement et une quarantaine de baraques y furent érigées. Bien que constructions provisoires, elles restèrent debout jusqu’en 1960, puisqu’un témoignage précis de M. Georges Leven qui finissait son service le 19 décembre 1959, se rappelle de voir des baraques habitées à cette date.

Ollivier DISARBOIS

Les jeux dangeureux par Ollivier Disarbois

S’il était un jeu dangereux après guerre, c’était bien la récupération de poudre dans les obus que l’on trouvait dans les blockhaus de la côte. Bien sûr, il y eut des accidents mais à Kerangoff aucun enfant n’a perdu la vie de ce fait.

Les tufs tufs

Pourtant comme dans d’autres quartiers, il y avait des enfants plus hardis que d’autres et qui passaient outre les recommandations des parents. Un jour me dit Marcel J. nous nous sommes rendus avec des camarades jusqu’au blockhaus qui se trouvait derrière le café de la Maison Blanche. Il y avait là un canon et un stock d’obus considérable. Mon copain s’est mis à enlever les ogives en prenant l’obus par la douille et en tapant sur une arête en béton. Il avait une certaine expérience car il ne prenait pas les ogives de couleurs qui pouvaient être explosives. Néanmoins, courageux mais pas téméraire je me tenais toujours à l’abri. Nous partions en expédition avec des containers de masques à gaz qui nous servaient à transporter la poudre . Elle se présentait sous forme de baguettes que nous appelions des « Tufs Tufs », l’utilisation était multiple, mèches lentes pour faire décoller des fusées éclairantes, pétards, flèches lumineuses etc.

 

Au sommet du premier fort
De G. à D ;Marcel, M.Josset et Raymond en 1948

Le blockhaus explose

Une expédition route des Quatre Pompes aurait pu se terminer plus tragiquement : nous étions partis comme à notre habitude, à la recherche de poudre et nous sommes entrés dans un blockhaus situé dans un petit chemin sur la droite en montant des Quatre Pompes vers Saint Pierre Pour nous éclairer nous avions confectionné des torches avec des vieux journaux. Le blockhaus était rempli d’obus rangés dans des caisses, sans doute une réserve de l’armée allemande. Des flammèches tombaient régulièrement et systématiquement je les éteignais avec le pied, conscient du danger que cela représentait.
Nous sortons du blockhaus pour nous diriger vers les cuves à mazout ou du moins ce qui en restait, c’était un des endroits que nous fréquentions, quand soudain nous avons entendu une première explosion suivie presque aussitôt d’une deuxième. Nous n’avons pas mis longtemps à comprendre que le blockhaus venait d’exploser. Nous avons rejoint Kerangoff rapidement sans nous vanter de notre exploit.

Quelque temps plus tard nous sommes revenus sur les lieux pour voir le blockhaus complètement éventré, le dessus de la casemate s’était soulevé sous l’effet de l’explosion.

LE PARA Par ollivier Disarbois

Dans les années 50 sur la plaine de Kérangoff, comme dans d’autres quartiers de baraques, les enfants passaient de la théorie à la pratique, parfois au péril de leurs vies, mais leurs exploits, restent à jamais gravés dans les mémoires.

Histoires de la Plaine

Le Parachutiste

Marcel habitait vers le milieu de la plaine de Kérangoff, dans les baraques. C’était un garçon actif et téméraire : Marcel ne craignait rien ni personne. Il accomplissait ses prouesses dans les forts militaires qui bordaient la plaine à l’ouest. Ces forts étaient le terrain de jeux privilégié des gamins de Kérangoff.
Un jour, sur le premier fort, vous savez bien celui le plus au sud et qui disposait en son sommet d’un ancien poste de D.C.A. en béton, donc sur ce fort Marcel sautait du mur du poste de D.C.A. en tenant au-dessus de la tête un grand parapluie noir. Le mur n’était pas bien haut, de l’ordre d’un mètre et, en plaisantant, nous, les spectateurs, nous fîmes remarquer à Marcel qu’il ne prenait pas de gros risques. Ce à quoi Marcel répondit que nous pouvions toujours rire, mais qu’il s’entraînait au saut avec le parapluie afin d’aborder des hauteurs plus ambitieuses et de plusieurs mètres car le parapluie, disait-t-il, devrait ralentir suffisamment la chute et le préserver de la casse à l’atterrissage.

Du haut du fort
Sur la gauche le Lavoir, la photo est prise du 2ème fort

– D’ailleurs, pour le prouver, il voulait nous faire dès le lendemain une démonstration en sautant du haut de la façade du deuxième fort qui présentait une face verticale de cinq à six mètres.
Bien entendu, le lendemain nous étions tous présents pour assister au grand saut du parachutiste : Marcel se présenta à l’heure dite, prit position au sommet du fort, ouvrit le grand parapluie noir et s’élançât…
-  Il s’est réveillé à l’hôpital avec des contusions multiples et, seulement, une jambe cassée : Le parachute du parachutiste s’était retourné en plein vol…
P. Roud.

Kerangoff: Le Cosy

LE COSY

En cette année de 1948, nous habitions la baraque E1 sur la Plaine (de Kerangoff). La famille comprenait huit personnes : Le père, la mère et les six enfants, trois filles et trois garçons. Dans la baraque française, l’affectation des trois pièces était arrêtée comme suit :
-La chambre des filles,
-La chambre des garçons,
-Les parents dormaient dans la cuisine, pièce principale dans laquelle était installé un lit supplémentaire plutôt étroit, utilisé, dans la journée, comme canapé.

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