Camaret. La double renommée

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

René Pérez

Comme Saint-Tropez ou Montcuq, Camaret fait partie des petites cités à forte notoriété. Le port finistérien, à la pointe de la presqu’île de Crozon (Finistère) doit la sienne à une chanson paillarde, œuvre vengeresse d’un journaliste parisien après des  démêlés avec la population locale. Du curé à la statue d’Hercule, ce célèbre chant enfile gaillardement les rimes les plus irrévérencieuses.

De la langouste à fond de cale et une Tour à l’Unesco

Mais Camaret doit aussi son renom à ces livres scolaires nous apprenant jadis que c’était le premier port langoustier d’Europe, ce qui l’élevait au rang de pépite nationale. Durant quelques décennies, la langouste bretonne, puis mauritanienne, fit les beaux jours de la commune et les belles recettes de tous les estaminets. Quand les bateaux rentraient, chargés de langoustes jusqu’à la gueule, on chantait fort au rythme des tournées s’enchaînant à un jet de bigorneau de la mer nourricière. On ignorait alors que tout cela n’aurait qu’un temps, tant les fonds marins s’épuisaient silencieusement au rythme d’une pêche trop intense.

À la fin des années 80, le déclin s’avéra inéluctable et les quais entamèrent une nécessaire reconversion, avec création d’un port de plaisance, ouvrant de nouveaux horizons vers l’activité touristique. Du classement par l’Unesco de sa Tour Vauban à son quartier d’artistes, de son quai aux restaurants alignés comme des cabines de plage jusqu’au Tas de Pois défiant l’océan, la cité de caractère trace sa nouvelle route.     

Les Filles de Camaret

Mais la mer ne la nourrit plus et les paillardes ne résonnent plus comme avant, privées de ces caisses de résonance qu’étaient les banquets des grandes noces de jadis. Tous les convives devaient réviser leurs classiques et les Filles de Camaret revenaient invariablement au répertoire, comme les vagues à la pointe du Toulinguet. Mais les grandes noces se font rares, les paillardes sont moins gaillardes et il n’y a plus de curé à Camaret.

 Le saviez-vous 

Le 18 juin 1694, les Anglais attaquent Camaret et débarquent en force pour assiéger Brest. Grave erreur. Les chaloupes touchent terre à marée descendante et sont à sec quand la contre-attaque est lancée de la côte. Un carnage. Au moins 1 000 morts côté anglais.

La langouste fit les belles heures du port de Camaret dans la première moitié du XXᵉ siècle. Archive Le Doaré-Châteaulin 
Aujourd’hui plus touristique, Camaret trace sa nouvelle route. Photo Claude Prigent


Baie des Trépassés. Force des légendes

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Rodolphe Pochet

Assis au beau milieu de la longue plage de la baie des Trépassés, le spectacle qui s’offre est incroyable : à gauche la pointe du Raz, à droite la pointe du Van, et devant nous l’île de Sein et les phares de Tévennec et de la vieille. Face à une telle puissance, l’homme est, pour une fois, resté modeste. L’hôtel situé en son cœur a grandi, certes, la route s’est développée et les voitures ont changé. Pour le reste, tout semble éternel dans cette baie des Trépassés, cadre mythique qui a tant inspiré les artistes.

Son nom provient d’une déformation de Boe An Aon (« baie du ruisseau ») en Boe an Anaon (« baie des âmes en peine »). De quoi charrier son lot de sinistres légendes, comme celle qui raconte que des cadavres des naufragés venaient s’y échouer à intervalles réguliers. Des morts qui reviendraient chaque 2 novembre à la recherche des vivants qu’ils aimaient sur cette terre… « Son sable pâle est fait des ossements broyés, et les bruits de ses bords sont les cris des noyés », écrira même Auguste Brizeux, un tantinet impressionnable sur le coup.     

Hôtel né avant la Seconde Guerre mondiale

La baie sépare les communes de Cléden-Cap-Sizun et Plogoff, et les deux flèches vers l’océan que sont la pointe de Raz et la pointe du Van, que le promeneur peut rejoindre par de magnifiques sentiers. La plage s’est imposée comme un spot important pour les surfeurs, baigneurs ou même créateurs de Land art et comme un site touristique incontournable. Deux hôtels deux étoiles y ont édifiés, à 200 mètres l’un de l’autre, dont ce fameux hôtel-restaurant de la baie des Trépassés, créé par Clet et Marie Normant avant la seconde Guerre mondiale.

Ce havre séduit depuis les amoureux de solitude et de nature, un hôtel où il faut savoir se lever tôt pour profiter du lever de soleil sur la baie, moment magique. Le site est protégé : la baie des Trépassés, fait partie du périmètre original du Grand Site de France de la pointe du Raz. Tout l’enjeu, pour le syndicat mixte, est de concilier la protection de l’espace dunaire avec l’accès du public à la plage. Encore faut-il que les défunts ne reviennent pas trop piétiner les lieux…

    Le saviez-vous ?

Dans les années 60, la baie des Trépassés était un lieu de villégiature prisé par Johnny Hallyday, plusieurs fois venu avec Sylvie Vartan et le photographe Jean-Marie Périer. Il séjournait dans l’hôtel voisin, alors nommé Ville d’Ys. Il aimait notamment partir en mer remonter les casiers de homards.

L’hôtel de la baie des Trépassés a été édifié avant la Seconde Guerre mondiale. Photo archives Le Doaré
Il reste aujourd’hui un havre de paix pour les solitaires et les amoureux de la nature. Photo Claude Prigent

Auray. La même foire depuis le Moyen- Âge

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Mathieu Pelicart

« Le lundi c’est le marché, le mardi c’est la lessive », entend-on encore dans la bouche des anciens du pays d’Auray, qui accourent, toute l’année, au matin du premier jour de la semaine, dans la ville centre transformée en galerie commerciale à ciel ouvert. Auray se dispute avec Vannes et Hennebont le titre de plus grand marché du Morbihan.

Aux archives municipales, on retrouve trace d’une foire dès 1434, quand le duc crée celle de Sainte-Elisabeth (fêtée le 19 novembre), place du Four-Mollet, pour financer la commanderie du Saint-Esprit, l’hôpital des  pauvres. À  partir de la période révolutionnaire, de nombreux écrits témoignent de l’enjeu du partage des récoltes. « Tous les agriculteurs du canton se retrouvaient pour vendre leur production sous et autour des halles couvertes », explique Geneviève  Hamon, responsable du service patrimoine de la ville d’Auray. En octobre 1789, le maire de Nantes sollicite ainsi son homologue alréen après une récolte désastreuse.

« Enlever les brouettes »

Au XIXᵉ et XXᵉ siècles, ce sont les prix qu’il faut maîtriser ; comme le demande le sous-préfet de Lorient au maire d’Auray, en 1853, faisant allusion à des personnes « malintentionnées », Au sortir de la Première Guerre mondiale, c’est le premier édile qui fixe les prix des denrées pour relancer l’économie. Il ramène le prix du beurre à neufs francs le kilo. On y trouve des lapins, des perdrix, des bécasses, mais aussi des merles et des grives ; des sangliers et des chevreuils, mais aussi des renards, des loutres et des putois ! Et le règlement stipule déjà qu’il faut « enlever les brouettes » du marché une fois déchargées.

C’est aussi le début du tourisme et des locaux se plaignent déjà des bouchers de la côte qui font monter les prix. Aujourd’hui, c’est l’afflux d’exposants saisonniers qui bouscule les habitudes de ceux qui viennent vendre ou acheter à l’année et qui fait du marché  D’Auray le passage obligé des visiteurs séjournant dans la région. De retour sur son lieu de villégiature, les bras bien chargés, il sera toujours temps de penser à la lessive.

    Le saviez-vous ?

La création d’un marché dans un rayon de deux kilomètres autour d’Auray, comme celui de Brec‘h, en 1865, passait par l’accord de principe du maire de la ville centre. Il fallait veiller à ne pas se faire mauvaise concurrence. Cela peut expliquer le jour du marché alréen(le lundi), alors que celui de Carnac, l’un des plus anciens de la région, se déroule le dimanche.   

En 1955 jour de foire à Auray, le lundi matin pour éviter la concurrence avec Carnac le dimanche. Archive Le Doaré-Châteaulin
Le marché d’Auray est réputé comme le plus grand et le plus beau du Morbihan. Photo Mathieu Pelicart

Lannion. Au centre, La place qui se cherche

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Valérie Le Moigne
Pendant très longtemps, celle qui est officiellement, depuis 1947, la place du Général-Leclerc et qui demeure la place du centre pour bon nombre de Lannionnais, n’a pas été une place. Jusqu’en 1865, en effet, ce sont deux rues qui passent de part et d’autre des halles, la rue Suzaire et la rue Souzaire (côté haut de la place actuelle). Des rues habitées par la noblesse mais également par des hommes de loi et des marchands de draps et de soie.
Au milieu de ces deux rues, l’auditoire. Prestigieux bâtiment, Surplombé d’un double escalier, c’était le palais de justice de la ville. Après 1532, Lannion était en effet une sénéchaussée royale et s’était dotée d’un monument cossu. Cependant, en 1855, le tribunal déménage et un nouveau palais de justice, qui se voulait encore plus majestueux (aujourd’hui l’école de musique intercommunautaire), est construit en bordure du Léguer.
Les élus, à l’époque, auraient voulu que cet auditoire devienne la mairie mais la chose fut impossible. À quelques mètres de Là, la construction d’une nouvelle mairie débute donc en 1865 et l’auditoire est démoli. Sous Louis Philippe et dans l’esprit du style haussmannien parisien, tout ce qui est moyenâgeux doit être détruit. À Lannion, cet espace est laissé à la route impériale qui le traverse.
Des maisons en pans de bois
Dans la volonté « d’assainir la ville », les halles et leur magnifique charpente de bois, qui se trouvaient dans le prolongement de cet auditoire, sont également déconstruites, à partir de 1820. Quand les deux rues ont disparu pour laisser libre une ébauche de place, dans les années 1860, les registres des délibérations montrent qu’au conseil municipal, le débat a été houleux entre élus. Et quand, en 1911, la poste disparaît de la place pour s’installer sur les quais, une pétition circule ! Éternel recommencement qu’est l’histoire : en témoigne celle de cette place qui, inexorablement, cherche encore son sens en cœur de ville.   
         ⧨  Le saviez-vous ?
Sous la mandature d’Émile Dépasse, une nouvelle mairie a été construite en 1865. Pour des raisons de budget, entre autres, beaucoup de matériaux ont été récupérés des bâtiments détruits peu de temps auparavant : les pierres de l’ancienne prison de la place du Miroir, une partie de la charpente des halles et le balcon de l’auditoire, ainsi que les armoiries de la ville, que l’on peut toujours admirer sur la façade du bâtiment actuel.   
 
 

Les maisons médiévales de la place (ici) en 1962 ont traversé les siècles. Archive Le Doaré-Châteaulin
Aujourd’hui encore, Les Lannionnais continuent d’appeler « place du centre » La place du Général-Leclerc. Photo Nicolas Creach  







Douarnenez. Les multiples vies du Port-Rhu

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Rodolphe Pochet

Sous l’œil protecteur de l’île Tristan, La ria du Port-Rhu s’étend sur près de deux kilomètres et sépare deux anciennes communes aujourd’hui rattachées, Tréboul et Douarnenez. C’est sur le pont qui les unit depuis 1885 que s’offre la plus belle vue sur l’embouchure de celle que l’on nommait la rivière de Pouldavid. L’ancien port de cabotage est toujours bien fréquenté, la flottille du Port-Musée et les navires de plaisance ayant remplacé les bateaux de commerce ou de pêche de jadis. On y croise aussi, à l’occasion, des bateaux en carton, avec la régate «  Ça cartonne », mais aussi les voiliers affrétés par la compagnie Towt, bien décidée à faire revivre un commerce marin décarboné.

Le Port-Rhu a toujours été très actif, que ce soit à l’époque romaine avec la pêche, ou au XVᵉ siècle, avec le commerce de l’huile, des toiles de chanvre ou de lin. L’énorme activité du pressage puis des conserveries de sardines, à partir du XIXᵉ siècle, a fait du Port-Rhu le point névralgique de Douarnenez, où des navires de toute l’Europe se côtoient sur ses quais construits rive droite. «  Au XIX ᵉ siècle, le Port-Rhu parlait toutes les langues du continent et chantait en breton », écrit joliment Jean-Michel Le Boulanger, dans son histoire de la cité.

Un bassin à flot

Des accents d’origines variées s’entendent de nouveau sur les quais, ceux des touristes aimantés par les nombreuses terrasses ou le Port-Musée. Fameux musée du bateau, qui remua tant la cité Penn sardin ! C’est pour ce projet qu’à la fin des années 80, le Port-Rhu est devenu bassin à flot, fermé à marée basse par une porte. Souvenir intense, en 2010, quand le trois-mâts Belem a franchi, à quelques centimètres près, les portes de l’écluse, lors des fêtes maritimes qu’a accueillies l’endroit à plusieurs reprises. La passerelle Jean-Marin et les estacades ont aussi modifié le visage d’un Port-Rhu dont le nom, « Port Rouge », prête à débat : est-ce le rouge du sang de l’abattoir fermé dans les années 70, ou de celui d’un soulèvement durement maté ? La révolte, un mot phare en ces lieux.   

       Le saviez-vous ?

Le Port-Rhu a accueilli un consulat de Norvège de 1872 à 1975. Il organisait le négoce de la « roque » (poches d’œufs de morue) servant d’appât pour la pêche à la sardine, si importante sur le secteur. La roque était essentiellement pêchée dans les îles Lofoten, au nord de la Norvège. La galéasse Anna Rosa, au Port-Musée, témoigne de cette époque.

Le Port-Rhu a toujours été très actif, depuis l’époque romaine. Archive Le Doaré-Châteaulin

Dans les années 80, une écluse a fait du Port-Rhu un bassin à flot. Photo Claude Prigent

Morlaix. Sous le bitume, la rivière

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Gwendal Hameury

Au Moyen Âge, le port de Morlaix est indéniablement une plaque tournante du commerce de Basse-Bretagne. Les bateaux peuvent remonter la rivière jusqu’au cœur de la cité, trait d’union entre  Léon et Trégor. La ville profite à plein du commerce des toiles de lin avec l’Angleterre. Les quais voient aussi transiter des graines de lin  des pays du Nord, des vins de Bordeaux, des fruits et légumes espagnoles ou portugais, du plomb et du charbon importés de Grande-Bretagne… Les mesures protectionnistes prises au VVIIIᵉ siècle, de chaque côté de la Manche, signent le déclin de l’activité portuaire. La construction de la Manufacture royale des tabacs n’y change rien. Le tonnage des bateaux augmente, entraînant des difficultés de navigation sur la rivière et le trafic finit par se déporter sur d’autres villes.

Un recouvrement en plusieurs étapes

Les seuls témoins de cette prospérité disparue sont ces maisons à pondalez et hôtels particuliers en pierre du centre ville. La rivière elle-même, formées par le Jarlot et le Queffleuth, semble s’être évaporée. Car contrairement à Quimper ou Lannion, Morlaix a fait le choix de la recouvrir. Les premiers travaux ont été menés en 1728, devant l’actuel hôtel de ville, pour créer la place de l’Éperon, ensuite agrandie jusqu’à l’église Saint-Melaine (place des Otages). Après la construction du viaduc (1861-1863), le recouvrement se poursuit. En 1897, le bassin à flot est repoussé jusqu’au niveau de la Banque de France, pour construire la place Cornic. La dernière tranche de recouvrement (et la destruction du pont tournant métallique pour piétons créé en 1858) date de 1961, pour créer la place De Gaulle. « en 1951, lorsque mes parents ont acheté la Buvette de la Marine (rebaptisée Chiquito, puis Calypso), il y avait encore l’activité sur ces quais pavés, se rappelle Monique Moullec, 79 ans. L’eau arrivait devant chez nous. Entre la Manu, où travaillait encore beaucoup de monde, et le viaduc, il y avait plein de cafés, au moins sept bouchers, des épiceries… La ville était très dynamique. On n’aurait sans doute pas dû recouvrir. Car une ville où l’eau rentre, ça donne une autre ambiance. »       

       Le saviez-vous ?

Le buste du Morlaisien Charles Cornic (1731-1809), corsaire du Roi puis amiral pendant la Révolution, fut  installé le 12 septembre 1897 (jour anniversaire de sa mort), au centre de ce qu’on appelle aujourd’hui la place des otages. Puis repoussé, au gré des annexions sur la rivière, jusqu’en bas de la rue Villeneuve, quai de Léon. Il a toujours fait  face au bassin à flot.  

Vue du Viaduc, la rivière de Morlaix en 1953. Archive Le Doaré Châteaulin

La rivière a été recouverte en 1961 pour créer la place Charles-de-Gaulle. Photo Claude Prigent

Quimper. La rue Kéréon et ses commerces

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Thierry Charpentier

Même si elle offre toujours une vue imprenable sur les flèches de la cathédrale Saint-Corentin, la rue Kéréon est aujourd’hui colonisée par les enseignes nationales un brin impersonnelles. Il faut l’arpenter aux côtés de Malou Ravy, ancienne libraire emblématique de cette artère, où elle naquit en 1934, pour faire ressurgir l’époque épique des petits commerçants. Ses talents de conteuse ressuscitent le petit magasin de radio qu’ouvrirent ses parents en 1933, à l’entame de la rue. Ici, les commerces de bouche règnent en maîtres. Sa mère a beau être également une remarquable cuisinière, Malou Ravy verra ses parents se reconvertir dans la vente de faïences, produites à quelques encablures de là, depuis le XVIIIᵉ siècle, dans le quartier de Locmaria.

Première artère piétonne

Les commerçants se hèlent, s’entraident, récoltent des fonds pour l’orphelinat, organisent des fêtes pour la Saint-Valentin, pour Noël, etc. Ils retiennent leur souffle quand les Allemands défilent devant leurs pas-de-porte, en juin 1940. La vie reprendra…

Les magasins de vêtements ont chacun leur identité propre. Il y a la marchande de chapeaux, le fourreur originaire de Lyon, les bonneteries, et puis les Dames de France ! La lingerie féminine est incarnée par Madame Bollé. Son premier argument commercial pour les corsets et les soutiens-gorge ? La solidité. Un second magasin lui fera de l’ombre en proposant des dessous pas encore sexy, mais, disons, plus avantageux. Les hommes, eux, achètent leurs chemises chez « Barthélémy ». Il y a aussi trois librairies, l’une religieuse, une autre qui fait papeterie et puis celle que les parents de Malou Ravy achèteront et dont elle fera, à partir du milieu des années 60, un lieu emblématique de la culture quimpéroise. La rue Kéréon deviendra la première artère piétonne de la ville sous l’impulsion du maire Marc Bécan, élu en 1977. Puis les commerces traditionnels refluent inexorablement. Les enseignes nationales rachètent les droits de bail. La rue Kéréon perd sa vie de quartier. C’est le début d’une autre ère, avec l’arrivée des zones commerciales périphériques…

      Le saviez-vous ?

Kéréon vient du mot breton Kere (cordonnier ». Mais la rue ne s’est pas toujours appelée ainsi. Au XIIᵉ siècle, elle fut la rue Sutorum, puis la rue Meur (ou la Grande Rue). Elle s’est aussi appelée la rue des Poureaux (Poireaux), rappelant le marché aux herbes qui se tenait au niveau du croisement avec la rue des Boucheries. 

La rue Kéréon, artère commerçante de Quimper, en 1949. Archive Le Doaré-Châteaulin
La rue, devenue piétonne, accueille aujourd’hui des enseignes bien différentes de celles d’autrefois. Photo Claude Prigent

Redon. L’écluse au carrefour des eaux

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Julien Joly

Les marins et les cyclistes qui empruntent le canal de Nantes à Brest l’auront reconnue tout de suite. Depuis les années 1960, le point de vue de cette écluse redonnaise n’a pas beaucoup changé. À droite, on reconnaît le P’tit Théâtre Notre-Dame sur le quai Surcouf. Droit devant, c’est la Vilaine, uniquement séparée du canal par cette écluse dite des Bateliers.

Des centaines de bateaux de plaisance passent ici chaque été, sous l’œil de l’éclusier qui manœuvre depuis sa tour de contrôle. Le fonctionnement des machines est aujourd’hui électronique, même si, en cas de pépin, on peut  se rabattre sur a bonne vieille manivelle.

Ancienne ville d’armateurs, Redon est un carrefour des voies navigables bretonnes, à quarante kilomètres de l’océan. Située an nord de la confluence de l’Oust et de la Vilaine, elle est traversée par le canal de Nantes à Brest. Percer cette voie navigable fut un chantier d’envergure, au XIXᵉ siècle. Elle compte 364 km de canaux et 238 écluses !

Un port majeur

Historiquement, le point fort de Redon était sa capacité à recevoir des bateaux fluviaux et maritimes. Les voiliers pouvaient y arriver sans avoir à démâter. Première grande ville quand on rentre sur la Vilaine du côté d’Arzal, Redon a souvent été considérée comme l’avant-port de Rennes, destination de nombreuses barges chargées de fret.

Après la canalisation de la Vilaine, au XVᵉ siècle, le port de Redon a attiré des marchands du nord de la Bretagne, de Mayenne et de Normandie. Les quais se sont parés de riches maisons. Le transport fluvial a commencé à décliner au début de XXᵉ siècle. Les marchandises passaient désormais par le chemin de fer ou la route.

Le point final de cette aventure humaine et technologique a été posé en octobre 2013, quand le navire de Saint-Germain a cessé de naviguer. Il transportait depuis l’embouchure de la Loire l’équivalent e plus de 300 camions de sable et de gravier, destinés aux maraîchers et aux entreprises du bâtiment. Sa disparition a eu de lourdes conséquences économiques, avec la fermeture de sablières locales.

    Le saviez-vous ?

À partir de 1970, le barrage d’Arzal a fortement adouci le caractère soupe au lait de la vilaine. En régulant son débit, ce rare modèle de barrage estuarien a permis de lutter contre les inondations hivernales à Redon et jusque dans la région de Rennes et Vitré. Il fournit même de l’eau potable !

L’écluse des Bateliers, qui marque le passage du canal de Nantes à Brest à la Vilaine, à Redon, en 1965. Archive Le Doaré-Châteaulin
Des centaines de bateaux de plaisance passent ici chaque année. Photo François Destoc

Quiberon. Port-Haliguen poursuit sa mue

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Loïc Berthy

Port-Haliguen, c’est l’histoire d’un cycle. Un cycle qui n’est pas encore au plus haut mais qui s’emploie à remonter la pente. Le seul port naturel de la presqu’île, port historique de Quiberon, était devenu un peu falot. La faute à l’autre port Quiberon, Port Maria, qui concentra au fil du temps l’essentiel de l’activité de pêche,  compta jusqu’à treize conserveries, et décentra ainsi la vie du côté sud de la commune. Et puis il y eut le développement de l’activité touristique, qui transforma Quiberon en une destination balnéaire incontournable, détournant encore bien plus de la lumière le charmant petit Port-Haliguen.

Aujourd’hui, des touristes plus aventureux que les autres s’enhardissent à déserter la Grande Plage de sable afin de découvrir au gré d’une visite guidée ce petit port enclavé. Pourquoi pas ? Ça vaut bien un coup de soleil ! Lors de cette sortie à rebours du temps, ils apprendront que Port-Haliguen fut un haut lieu du cabotage. Que l’histoire locale se souvient encore de ces marins bretons, qui transportaient des poteaux de bois soutirés aux Landes de Lanvaux pour étayer des mines du pays de Galles et s’en revenaient dans des bateaux chargés de charbon. On y déchargea aussi de la glace acheminée de Norvège qui faisait le bonheur des mareyeurs.

Bien sûr, cette histoire remonte à bien avant que Port-Haliguen, en forme de virgule, soit comblé en partie afin d’y construire un parking. Ce port n’est plus aujourd’hui ce qu’il était il y a encore une centaine d’années. Mais il n’est pas encore celui qu’il sera d’ici deux ans. De très lourds travaux sont en effet menés depuis 2017 et se poursuivront jusqu’en 2021 pour donner une nouvelle prestance au port de plaisance. Certes il occupe la troisième place au rang départemental, derrière ceux du Crouesty et de la Trinité-sur-Mer mais ses installations nécessitaient pour le moins d’être rafraichies. C’est ce que fait la Compagnie des ports du Morbihan, à coups de millions d’euros (28, en l’état actuel), faisant de ce chantier le plus important mené sur un port de plaisance en France actuellement. Mais que le promeneur n’ait crainte, en été, ces travaux sont à l’arrêt.

 Le saviez-vous ?

C’est à port-Haliguen que débarqua le capitaine Alfred Dreyfus, le 1er juillet 1899, après avoir été déporté pendant quatre ans sur l’île du Diable, en Guyane. Condamné à perpétuité, l’officier revenait en métropole pour y être de nouveau jugé. Une plaque apposée sur le quai commémore cet événement.  

Port-Haliguen, le seul port naturel de la presqu’île de Quiberon, en 1954. Archive Le Doaré-Châteaulin

Des travaux importants sont menés depuis 2017 pour moderniser le port de plaisance. Photo François Destoc

Vannes. La porte qui ouvre au port

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Stéphanie Le Bail

La porte Saint-Vincent, des remparts et la rue du même nom, à Vannes, sont le passage obligé entre la ville intra-muros et le port. Des milliers de va-et-vient ont lieu sous les pieds du saint patron qui guide le passant au doigt et à l’œil. En cet après-midi de juillet, jeunes Vannetais en terrasse, touristes de passage, retraités en promenade, travailleurs pressés se mêlent, bravant la circulation entre les quais et la place Gambetta pour emprunter la porte de la ville, passant sous la statue.

Noyé dans le paysage depuis 395 ans, dans l’indifférence de bien des badauds, le saint homme tient pourtant la mer en respect. Bras et doigt tendus vers le bassin, dans ses 600kg de fonte, saint Vincent Ferrier met les eaux en garde, selon la légende qui veut que s’il venait à tomber, la ville serait envahie par la mer. Les historiens rappellent qu’avant la construction du port et de la porte, à la fin du XVI  siècle, aux grandes marées, la mer remontait en ville. Une voie marécageuse que les marins des îles du golfe du Morbihan remontaient en bateau pour effectuer leurs livraisons. Vincent Ferrier, dominicain espagnol mort à Vannes en 1419, est une figure religieuse de la ville, dont une partie des reliques  constitue le trésor de la cathédrale. C’est en 1624 que la statue du saint patron du pays de Valence est posée en haut de la porte, donnant aussi son nom à la rue, considérée, au XVIIᵉ siècle, comme l’une des plus belles de la ville : c’était l’adresse des « riches hôtels particuliers en pierre, et non à pans de bois, qu’on fait construire les conseillers du parlement de Bretagne », rappelle l’historien François Ars.

Rue piétonne

Lieu d’activités maritimes, puis place commerciale et zone touristique et de détente faisant la part belle aux terrasses qui n’ont eu de cesse de prendre leurs aises : L’histoire fait son œuvre. Depuis un an, la porte s’est vue équipée d’une borne pour tenir à distance les véhicules, faisant, enfin, de la rue Saint-Vincent et de la place Gambetta une zone piétonne. C’est par ici que passent les animations, ici qu’on se donne rendez-vous, là que se font entendre les manifestations, là encore que l’on se fait prendre en photo, côté pile avec le port en paysage, côté face avec le centre historique en toile de fond.

     ⧨  Le saviez-vous ?

Cercles et  bagadoù du pays de Vannes triompheront, les 14 et 15 août à Vannes, à l’occasion des Fêtes d’Arvor qui passeront forcement par la porte Saint-Vincent pour animer la porte et sa place Gambetta.

La porte Saint-Vincent depuis la place Gambetta, en 1957. Archive Le Doaré-Châteaulin


Aujourd’hui, une borne limite l’accès de l’intra-muros aux véhicules. Photo François Destoc