Dinard. L’Écluse, « La Reine des plages»


Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   








Patrick Chevalier

Patrick Chevalier

À  Dinard, la plage de l’Écluse est présentée comme la plage aristocratique par excellence, avec ses luxueuses constructions et ses mondanités incessantes. Ses attraits climatiques, ses paysages côtiers exceptionnels et cette belle plage de sable fin ont favorisé une émergence précoce du tourisme. Le succès et la renommée de Dinard reposent sur la communauté anglaise. Dès le XIXᵉ siècle, cette colonie imprègne le mode de vie et le paysage de la station balnéaire. Dinard fait alors une entrée dans la littérature touristique : La Reine des plages », La Monaco des étrangers » « La perle de la Côte d’Émeraude », « La Nice du Nord ».    

Après les souffrances de la Grande Guerre, la ville connaît un second âge d’or sous le signe de la modernité. La station balnéaire, en pleine effervescence, affiche son dynamisme en investissant dans des équipements derniers cris, comme le casino Balnéum (à gauche sur la photo), devenu aujourd’hui le Palais des Arts et du Festival. Construit en 1928 dans u style art déco par l’architecte parisien Maurice-Fournier, le casino Balnéum comprenait trois niveaux abritant des salons de jeux ainsi qu’un théâtre de875 places, un salon de lecture, et un grand hall d’accès ouvrant sur une immense terrasse.   

 Une piscine conçue comme une attraction

Le deuxième niveau du casino Balnéum comprenait un grand restaurant, un bar américain, une spacieuse salle de fêtes et un dancing, disposés autour de la piscine d’eau de mer chauffée, conçue comme une véritable attraction, éclairée la nuit, avec ses mosaïques bleu et or d Odorico. Elle a été détruite dans les années 60 pour donner naissance à l’actuelle piscine olympique. Au centre de la plage, le high-life Casino, couvert d’un lanterneau encore en place aujourd’hui, deviendra le nouveau casino Palais d’Emeraude en 1966 et l’hôtel des Terrasses, transformé aujourd’hui en résidence. Au niveau de la digue se trouvait un palais des jeux, indépendant du casino, avec sa retonde en verre. Enfin, 200 cabines de bain et 150 tentes étaient mises à la disposition de la clientèle. Véritables emblèmes de la plage de l’Écluse, les tentes de toile rayée ciel et blanc l’habillent avec élégance depuis de nombreuses saisons.

  ⧨  Le saviez-vous 

La romancière Agatha Christie (1891-1976) a appris à nager à la plage de l’Écluse. « Mon souvenir le plus important sur Dinard, c’est que j’y ai appris à nager. Je me rappelle mon orgueil incrédule et ma joie quand je réussis à exécuter six brasses, toutes seule, sans être submergée ».        

La plage de l’Écluse en 1954.
Archive Le Doaré-Châteaulin

Les tentes de toile rayée sont l’emblème de la plage à la belle saison .

Photo Patrick Chevalier

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Pascal Bodéré

Pont – L’Abbé. La rivière qui mène au château

Elle prend sa source à la limite communale entre Landudec et Plogastel- Saint-Germain et se jette dans l’océan après avoir rejoint Loctudy par les terres intérieures. La rivière de Pont-L’abbé est à la capitale bigoudène ce que la coiffe est aux femmes du pays : un point de repère qui, de fil en aiguille, trace un trait d’union entre terre et mer.  

Spatules et… Maison blanches

Qui va à Pont-l’Abbé doit cheminer le long de cette rivière bordée, sur sa partie maritime, d’un très beau halage où jadis les chevaux tiraient les embarcations jusqu’au port de commerce. Port qui dans les années 1900, voyait transiter jusqu’à 15 000 tonnes de produits agricoles sur ses quais. Sur cette rivière, la faune et la flore sont remarquablement abritées dans une zone naturelle d’intérêt écologique de 600 ha qui est en partie propriété du Conservatoire du littoral. Spatules blanches, hérons cendrés, courlis… y volent et y nichent. Paisibles. Certains vestiges de l’époque commerciale restent aussi visibles au bord de la rivière, comme « La maison blanche ». Bâtie en 1865, elle servait de logement au garde maritime de la rivière jusqu’à ce que la Marine nationale, qui en était propriétaire, la vende. Le lieu devient un bistrot, haut lieu de la fête pont l’abbiste dans les années 1920-1930.

Un château du XIVᵉ siècle

Dans sa partie « terrienne », la rivière pose quelques étangs comme celui du « Toul dour » en Plonéour-Lanvern ou celui de Pont-l’Abbé au coeur de la ville. Là se dresse le majestueux château qui abrite aujourd’hui la mairie et le Musée Bigouden. Édifié au XIVᵉ siècle par Hervé du Pont et largement modifié aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, ce château est le château des barons du  Pont. Il fut fondé par les moines de l’abbaye de Loctudy. Il a été vendu comme bien national à la Révolution. En partie démoli puis racheté par la ville de Pont-l’Abbé en 1836, il a été rénové en 1954. C’est un des principaux bâtiments de la Ville. Il ouvre la rue commerçante, dite rue du Château. Lequel est inscrit sur la liste des monuments historiques depuis 1926 et qui fait la fierté des Pont-l’Abbistes !   

⧨  Le saviez-vous ?

La plus grande fête de Pont-l’Abbé est la Fête des Brodeuses. Elle a lieu ces 12, 13 et 14 juillet 2019. La Reine des Brodeuses y est sacrée dans le costume traditionnel dont la fameuse coiffe bigoudène rendue célèbre avec les manies du spot télévisé Tipiak et leur fameux cri « Piraaates ! »

La rivière de Pont-l’Abbé en 1949. Archives Doaré Châteaulin
En 2019, la rivière reste un point de repère pour les Pont-l’Abbistes.

Photo Claude Prigent

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Rennes. Les anciennes portes de la ville

Julien Joly
Ne vous y trompez pas : même s’il coule au pied des anciens remparts de Rennes, le canal d’Ille-et-Rance n’est pas un reste de douve. Il n’a été construit qu’au XIXᵉ siècle. L’endroit aurait pourtant participé, à sa manière, à la défense de la capitale bretonne.
Trait d’union
En 1356, Rennes est assiégée par les Anglais. Pour provoquer les habitants, les soldats rassemblent des centaines de porcs dans un pré (situé à la place des immeubles, à gauche sur la photo). Le capitaine de Penhoët, en charge de la défense de la ville, retourne la situation. Selon la légende, il suspend une truie en chaleur aux remparts ; à ses cris, les porcs accourent vers l’appât. Penhoët ouvre grand les portes pour faire entrer les pourceaux. Voilà Rennes ravitaillée… Grâce à ses ennemis.

Le canal d’Ille-et Rance est achevé en 1832. Ce tronçon (ou bief) symbolise particulièrement le développement de Rennes à partir des années 1960. Trait d’union entre l’ex-ville fortifiée et ses faubourgs, le quai Saint-Cast a alors été absorbé dans le centre – ville. Les maisons du quartier Bourg – L’Évesque, jugées insalubres, ont fait place à des barres futuristes, dominées par les emblématiques Horizons (1970) de Georges Maillols. Le canal marque désormais l’entrée de hauts lieux des soirées rennaises : la place Saint-Michel au nord, et le mail François-Mitterrand au sud.
Seaux d’aisance
Au fond, on aperçoit le pont Bagoul reliant les Lices à la rue de Brest. Auparavant appelé pont Saint- Étienne, il doit son surnom aux flâneurs qui bavardaient en venant voir les bateaux. Bagouler voulant dire parler à tort et à travers. Les journaux du début du XXᵉ siècle parlent régulièrement d’habitants qui tombaient dans le canal à ce niveau. L’issue était souvent fatale. En 1934, des Rennais commencent à se plaindre des riverains qui jettent leurs seaux d’aisance depuis le pont. Le canal est, de plus en plus, régulièrement envasé et obstrué par les roseaux. Aujourd’hui, c’est un point de vue apprécié des promeneurs. Les bateaux de marchandises ont disparu, mais un coiffeur s’est installé dans une des péniches.
Dans les années 60, le quai Saint – Cast se fait absorber par le centre – ville. Archives Le Doaré Châteaulin


En 2019, les bords du canal d’Ille-et-Rance sont appréciés des promeneurs. Photo François Destoc

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Dinan. Le port et son pont millénaire

Gwen Catheline


Ce n’est pas la plus spectaculaire des vues du port de Dinan. Mais l’image de Jos Le  Doaré en dit long sur l’essence de ce joyau caché au fond de son estuaire, à l’instar des ports de Morlaix, Pontrieux ou Auray. Avant d’être un port, c’est d’abord un pont, et avant d’être un pont-avant l’an mil- c’est un passage à gué où l’on franchit la Rance.
Le pont est construit dans les années 1070, pour relier les deux prieurés préfigurant Dinan : celui de Saint-Malo, sur le promontoire dominant le fleuve, où se trouve l’essentiel de la ville actuelle ; et celui de la Madeleine du Pont, au bord de l’eau, qui deviendra l’actuelle Lanvallay.






Dans la droite ligne du pont,  la rue Jerzual, la plus célèbre et pittoresque rue de la vile, grimpe à pic du port jusqu’aux hauteurs.  C’est  la première artère de ce qui deviendra la troisième ville du Duché de Bretagne à son apogée. Bientôt millénaire, le « vieux pont », comme on l’appelle tout simplement à Dinan, à changé bien des fois de Physionomie. « Au départ, il est plus long et horizontal.

Il prend sa silhouette actuelle en forme de dos d’âne en 1922, après la guerre, avec la grande arche centrale, qui permet aux gabarres et chalands de remonter vers Rennes », rappelle Loïc-René Vilbert, le bibliothécaire honoraire de Dinan, puits de connaissances locales.
Avec la canalisation de la Rance dans les années 1830, le pont est raccourci par un remblai visible au centre des photos, où l’on voit encore œuvrer les dernières lavandières, bientôt remplacées par les flâneurs. Les grandes bâtisses des deux côtés  du pont – un ancien moulin au fond, un probable entrepôt portuaire à gauche – sont devenues des restaurants aux terrasses rasant les flots. Au premier plan, « les trois jeunes en tenues de sport annoncent l’avènement de la société des loisirs », sourit notre érudit. Le ponton où ils dorent au soleil deviendra vite la rampe de lancement du club de canoë-Kayak de la Rance, créé en 1967. Face à eux, sur l’eau, un doris amarré rappelle la vocation maritime passée du port de Dinan, où « beaucoup de marins s’installaient à leur retraite, en y gardant un bateau souvent modeste », rappelle Loïc –René Vilbert. Refaits à neuf ces dernières années, le port, ses quais et ses pontons de plaisance sont désormais tout entiers tournés vers le tourisme.

 ⧨  Le saviez-vous ?
Comme les falaises d’Etretat ou le pont du Gard, le port de Dinan est l’un des rares lieux de France choisis par Microsoft pour les fonds d’écrans de son système d’exploration Windows7. Le vieux pont a ainsi été admiré par des millions de personnes… Sans qu’elles sachent où la Photo a été prise !
     
 
Sur cette photo de 1995, face aux enfants, sur l'autre rive, un doris est amarré
Sur cette photo de 1995, face aux enfants, sur l’autre rive, un doris est amarré. Archive Le Doaré- Châteaulin
Le vieux pont, les quais et les pontons de plaisance sont désormais tout entiers tournés vers le tourisme.

Photo Claude Prigent

R ÉCITS DE LOUIS AMINOT ILLUSTRÉS PAR GEORGIO














RETOUR EN BOUGUENVILLE

RÉCITS DE LOUIS AMINOT

ILLUSTRATIONS DE GEORGES ELLOUET DIT GEORGIO

EN GUISE

DE PRÉSENTATION

« Il faudrait que tu corriges mes textes. Et je voudrais que tu écrives une sorte de préface.

-Hein !… Pourquoi tu me demande ça ?

-Parce que toi tu es un petit peu écrivain. Et… tu connais la poloche ! »

C’est, mot pour mot, la demande de Louis.

Au nom de nos combats communs ? D’une vieille complicité ?-Pas toujours d’accords, mais jamais fâchés (exceptionnel avec Louis !).  Je crois que la vraie raison, c’est le sujet même de cet ouvrage : notre enfance.

Louis logeait en baraque C 13  au Bouguen-centre. A peu d’années d’écart, je grandissais en baraque F4 AU Polygone-caserne.

Nous étions fils de simples ouvriers, mais de fiers ouvriers. Les conditions de vie n’étaient pas faciles dans ces installations précaires aux lendemains de la guerre, mais l’air vibrait d’espoir, de solidarité, de joie de vivre.

Toute une époque, une société disparue, des souvenirs indélébiles.  

C’est son enfance que Louis fait revivre ici, sans nostalgie, sans misérabilisme, mais avec beaucoup de tendresse et une pincée d’humour.

Louis Aminot, à Brest tout le monde connaît. Le militant politique, l’ancien adjoint-maire aux sports, L’Arsenal au cœur, le passionné de vélo, le soutien des Patros Laïques, le combattant pour la Paix et le désarmement, le communiste sincère, le penseur libre… l’ami (un vrai pour certains), l’adversaire (respecté par beaucoup), le pote (pour beaucoup de monde)…

Ce n’est donc pas ce Louis qui parle ici, encore que ! Vous constaterez que tout cela est en germe dans son regard d’enfant. Au fil des scènes de la vie familiale, de l’évocation des copains ou de la société des adultes, ce sont des tranches de vie, comme des arrêts sur images, qui font revivre le Bouguen du gamin.

Avec son langage, spontané, nature, émergent des souvenirs intacts comme en témoigne l’extraordinaire exactitude des lieux, des anecdotes, et en particulier une galerie de portraits des enfants du quartier et de leurs destinées.

Souvenirs qui font la part belle aux moments heureux et qui prêtent souvent à sourire.

Alors il fallait une illustration de la même veine et le dessin de Georges Elleouet fait mouche : Les personnages, colorés et sympathiques, prennent vie. Les gamins, pleins de fraîcheur, sont plus vrais que nature ; les scénettes, croquées savoureuses, font l’animation.

L’œil amusé du lecteur se prend à faire des allers et retours entre textes et images qui se nourrissent mutuellement.

Ce retour dans le Bouguen populaire de l’après-guerre, le « Bouguenville » des souvenirs, est en réalité un chant d’amour.

Et ce chant a une coda : un hommage aux mamans d’alors, un hymne à la paix et la fraternité.

Yvon Drévillon- 10 Avril 2018

RETOUR EN BOUGUENVILLE

« J’ÉTAIS  GAMIN AU LENDEMAIN DE LA GUERRE »

Il était une fois… Des enfants, au lendemain de la guerre, ici à Brest, au levant de l’Atlantique…

Posée sur le nez rocailleux de Bretagne, dressée face au couchant, la ville avait beaucoup souffert pour sa libération.

Afin de reloger les sinistrés, de vastes Quartiers d’urgence avaient littéralement jailli de terre à la marge des décombres de la cité historique. Étalé sur sa rive gauche et dominant la Penfeld, le Bouguen s’était couvert de baraques. En « Bouguenville », les rescapés et leurs petits peuplèrent les baraques de bois alignées, étroites et légères.

Carrés et similaires, singuliers et colorés, les bungalows américains étaient eux en carton. L’instruction aussi se dispensait en baraques pour tout le monde. Les préfabriquées alimentaient de leurs chérubins l’école laïque (beaucoup plus que celle des curés).

Longtemps après avoir refusé leur déchéance, longtemps après avoir tiré leur révérence, les baraques qui devaient mourir mais ne le voulaient pas, se racontent aujourd’hui en pilier de la mémoire populaire de Brest

Histoires simples ; enfance infinies.

1 ERE PARTIE

MON BOUGUENVILLE…

MON ENFANCE

Les américaines se distinguaient de pâté en pâté par leurs couleurs, pastel fadasse. Venues d’outre-Atlantique, les maisonnettes se rangeaient les unes auprès des autres, en creusant des sillons croisés, telles les allées dessinées par les plantations de betteraves des champs voisins.

Ces globuleuses jaunâtres alignées étaient promises aux fourrages des bonnes vaches laitières, les pies bretonnes. Mais prisées aussi du populaire : Les plus rustiques et moins aisées des familles ne rechignaient pas à fouler les champs alentour à l’insu des regards jaloux… «  Un ventre bien rempli, susurraient les douces maternelles, perd sans délai ses justes raisons de glouglouter. »

La vente du petit goémon asséché l’été sur les dunes de Porsmilin, Melon, Porspoder et autres ports léonards, complétait avec le bénéfice des pêches à pied, les ressources des ménages ouvriers.

 Têtes en l’air, les petites canailles rêvaient auprès de leurs mamans

Ce jour – là, nous piqueniquions pour la journée à la grève de Saint – Marc avec un groupe de vaillants. (Vaillant ce n’est ni Mickey ni Tintin !)Alerte catastrophe ! Un navire d’éclate monstrueusement. Mis sur-le-qui-vive, je réponds à l’appel de la monitrice ; dûment identifié, je prends aussitôt les jambes à mon cou. Sans demander mon reste, je cours à toute berzingue rejoindre le car.

Chargé de nitrate d’ammonium, l’Océan-Liberty, c’est son nom, se répand en feu des kilomètres à la ronde. Chauffés à blanc, de furieux débris de tôles incandescentes projetés sur la ville abattent des humains. La guerre indique qu’elle ne veut pas crever.                                                                  

L’affolement est général. Mort de trouille, j’aperçois une plaque rouge planer au dessus- de ma tête.  À  la maison, maman doit s’inquiéter ! Nous habitions le Bouguen-Centre. La terre et les baraques tremblent d’effroi, les milliers d’anciens réfugiés aussi. Tout juste oubliés, les bombardements se rappellent au souvenir des populations civiles déjà éprouvées.  

Effrayée par le boucan d’enfer, ma petite maman s’écroule victime d’une syncope. Des vitres cèdent à la pression du souffle meurtrier. Le buffet de la salle à manger tremble d’épouvante.

Rapportées par papa d’une lointaine campagne maritime, les pièces du service de porcelaine chinoise se brisent les unes après les autres. Seules, quelques tasses et soucoupes échappent à l’ignoble déflagration.

Papa m’a prévenu : « Mon garçon, attention ! Les jeux d’armes sont interdits. » Dérangés dans leur sommeil, grenades et obus abandonnés, éparpillés – rarement allemands-ne rechignent pas à s’en prendre aux imprudents.  Purs produits du génie humain, uniquement programmés pour tuer, ces projectiles ne professent pas d’état d’âme. Signés par leurs géniteurs,  les accords de paix ne les attendrissent nullement. Au contraire. Les ustensiles de guerre, lâchement abandonnés par les euphoriques vainqueurs alliés, revendiquent le droit de prouver aux oublieux qu’ils peuvent encore tuer. L’ogre du conte ne gloutonnait-il pas la chair fraîche de ses adorables fillettes ? Pourquoi ces armes. Sans cœur renonceraient-elles à leurs plaisirs sauvages ?    



Avec les p’tits copains, je saisis toutes les occasions de me dégourdir les jambes. Mais, incrustée au-dessus de la cheville droite, une cicatrise pugnace témoigne d’un accident écrasant. La blessure résulte de la chute d’un mur de parpaings d’une annexe de l’école catholique en chantier. À peine éclos, le muretin n’a pas résisté aux multiples assauts d’une nuée de gamins. Coincé sous les briques, j’ai mal. Pour de vrai ! Secouru par de solides mains d’adultes, je fais piètre figure. La honte ! Impossibles à camoufler, les larmes coulent à flots.  

L’examen médical constate une plaie profonde infectée de minuscules grains de ciment. Doigt pointé vers moi, le médecin prédit les risques de tétanos. Un bout de jambe en moins ? Des frissons me secouent le corps meurtri.  Goguenard, le toubib me tiraille soudain l’oreille gauche. Ce geste affectueux a le don de rassurer illico mes parents. La suite donne raison au praticien.

 Privé de vacances, je garde la position couchée. Assigné à chaise longue, les béquilles à portée de main, je lis avidement. De romans en bandes dessinées, je vis un vertigineux récital d’aventures. Surcouf et Jean Bart écument pour le roi, les Trois Mousquetaires escriment pour la reine. Chacun à sa manière, Placid et Muzo se confrontent aux temps modernes. Intrépide et généreux, petit homme à canne, Charlot m’encourage de ses actes posés en BD : « Un imaginaire voyage à cloche –pied, ça forge un tempérament, ça range les idées ! »

Je l’avoue, Jaime ma baraque C 13.

Mieux que les baraques en bois, le bungalow américain offre toutes les commodités domestiques modernes. Ingénieux, papa l’a savamment aménagé. Sans coup férir, il a démonté une cloison jugée inopportune. Nous voilà débarrassés du débarras. Repeintes à l’aide d’une serpillière trempée dans un seau de peinture bleue, les cloisons de la salle de séjour s’égayent partout en motifs différents ; aucune paroi ne ressemble à l’autre ! Cette réussite décorative emplit de fierté le chef des moussaillons.  Confortable, la baraque reste cependant en incapacité de répondre pleinement aux besoins d’espace d’une famille en voie d’être estampillée nombreuse. Heureusement, il me suffit d’ouvrir la porte… je suis dehors !

Le dimanche matin, la « toilette en grand » mobilise maman et papa toute la matinée. Nous profitons de la baignoire et de son eau mousseuse génèrent des cris amusés. Pour les enfants nus tels des vers luisants, la fête hebdomadaire bat son plein. VIGILANCE ! Les filles ne doivent pas reluquer les « sifflets », les garçons ne doivent pas mater les « lunes ». Les organes de la distinction doivent demeurer cachés. Pliés en deux, de nos menottes croisées, nous planquons l’intime de nos corps dénudés.  .

Dans le parler-vrai des écoliers de la laïque, j’ai pris l’habitude de décliner mon adresse de la façon suivante : « -j’habite le pavillon C 13 au Bouguen-Centre ! »

Plus délurés, les dix-quatorze ans débitent, à toute vitesse, une réponse autrement plus bistouquette : « -j’h’bite une belle américaine au Bouguen-Est ! » Le chic et la coquetterie de la gouaille populaire !

À mots choisis, nos gîtes cartonnés sont transformés en somptueuses résidences de granit taillé. Les dix-quatorze atteignent souvent l’objectif, un rougissement gêné de l’autorité civile ou religieuse. Étrangeté jamais élucidée, les moins austères des interrogateurs troublés se révèlent rarement les plus amusés.

Nos voisins en soutane dirigent et épient une immense paroisse aux ouailles innombrables, souvent indomptables. Le bungalow affecté au recteur se pose dans son rôle hiérarchique au premier rang du Bouguen-Centre, légèrement en retrait de la voie passante. Le dimanche, galoches et sabots remisés, les marmots, revêches ou assidus aux rites culturels, sortent tôt le matin. Propics dans leurs habits du dimanche, les gosses n’ont aucune raison de bouder les messes hebdomadaires.    

                             10

On s’amuse bien aux abords de l’édifice religieux. Les mômes ont toutes les raisons de bien l’aimer, Marie : au mois de mai, la fête rougit de mille bisous. Pour l’occasion, filles et garçons obtiennent un billet de sortie jusqu’à la nuit tombée. Les parents autorisent les enfants à fêter la Vierge sous la tutelle supposée des sœurs et des abbés. Leurs progénitures participent ravies-sans véritables dommages il est vrai-à des soirées illuminées par la promiscuité des sexes opposés. Aujourd’hui désuet, le tabou célébré par le poète de l’Eau vive se brise sur le parvis de l’église chaque soir de mai. « Avé Maria, filles et garçons s’en donnent à cœur joie de tes grâces capucines.  

Avé Maria, aux diablotins et diablotines, tu pardonnes leurs frasques juvéniles ».

Aux temps de Communion, la messe relève du drolatique costumier : croyants ou pas, copains et copines sont nippés à l’image des invités d’une noce. Le Missel est coincé sous le fessier.  De chuchotements en clins d’œil renouvelés, d’échanges de billets en pitreries éculées, les rires jaillissent, bêtement interminables. Aux dires des grands-mères, « Les enfants font leurs intéressants ».  Les stupidités s’entrecoupent de signes de croix et d’agenouillements éclairs. L’hostie avalée, le « ite » annoncé génère la fuite générale. Ouf. Tout peut commencer.

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En fin de matinée, ce « jour du seigneur », changement de programme : L’Humanité-Dimanche prend le relais de la vie Catholique et du Pèlerin(*). Solidement vissé aux commandes de son tracto-pelle, la casquette de l’ouvrier mise en pare soleil, le Paulo des BTP (Bâtiments et travaux public) beau-frère de M’sieur Gaby Paul, l’illustre député communiste de Brest et du Finistère, s’emploie à ce que le légendaire hebdo éclaire l’avenir des travailleurs

Amarré au fauteuil et correctement calé sur sa droite, pas peu fier, je promotionne Vaillant et ses vedettes, « Pif, Pifou, Tonton, Tata, Hercule.. ». 

*La vie Catholique, Le Pèlerin, journaux catholiques nationaux.-L’Humanité Dimanche, hebdomadaire du PCF.  

 Chaque lundi, c’est la rentrée. « Lundi matin, l’empereur, sa femme et le petit prince… »

Ces instants ne sont pas tristes. Premier acte, la mise en rang Grands ou petits, quarante cinq ébouriffés se congratulent selon les affinités. A l’invitation du maître, le brouhaha des galoches et sabots atteint son apogée. Puis, chacun à sa place Les yeux écarquillés révèlent la singularité des situations intimement vécues : apprises, les leçons engendrent le ravissement…ignorés, les devoirs génèrent l’inquiétude.

Les livres et cahiers jaillissent des cartables. Les outils du savoir s’étalent sur les tables.

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Mains dans le dos, l’instit’ aux sabots scrute un à un ses élèves. Curieux mélange d’affection et de sévérité. Souriant, le maître choisit d’interroger

ti-Mich’ et Lulu. Simple hasard matinal ? Pas si sûr. Impassibles, les deux habituelles pipelettes se campent dans un silence océanique. Ti-Mich’ et Lulu n’ont rien lu, rien écrit, rien appris. Pas le temps ! Motif coutumier : encombrée de chahuteurs leur baraque était trop bruyante… M’sieur Louis prononce gentiment sa conclusion : « Ben, voyons ! Au suivant : Albert ? »

Debout, l’as de la classe fait face à ses comparses. Sûr de lui, Albert récite avec élégance : « Le petit cheval dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage ! C’était un petit cheval blanc, tous derrière et lui devant… »

Assis sur leur nuage, Ti Mich’ et Lulu ne s’affolent pas. Le poème de Paul Fort ? Mouais… Vivement la récré, ses jeux et  turbulences.

L’apothéose reste la fête annuelle des écoles laïques. Le défilé et le rassemblement de la jeunesse montante sont parfaitement ordonnés et minutés. Écoliers et écolières sont spécialement entraînés et habillés pour le défilé et le Landi (*). La marée juvénile avance dans les pas rythmés des cliques et fanfares. Par milliers, corsages et chemisettes, jupettes et culottes courtes, bleu et blanc mêlés, envahissent la rue Jean-Jaurès et le stade de Ménez-Paul. Aubades des pipeaux et mouvements d’ensemble émeuvent jusqu’aux larmes les parents attendris.

13.

Partenaires privilégiés de l’événement, les laïques des Patros du Bergot et de Lambézellec sont comblés de fierté. La marche triomphale des écoles laïques est annonciatrice des grandes vacances.

  • Préparé dans chaque école publique de Brest. Le Landi présentait, pour la Fête annuelle de la Laïque au stade de Ménez-Paul, de vastes mouvements d’éducation physique rythmés sur de « grands »airs de musique.         

2 E PARTIE



NOTRE BOUGUENVILLE LES POTES

Bien Qu’inégalement  pourvus, impies ou catéchisés, rejetons des Zefs de Souche ou d’adoption, les gars naviguent à l’unisson. Les Filles font bande à part.

« Voltigeurs d’la baballe et d’la pédale » selon les éclats de dire des clowns Jo et Pastis, les gosses, artistes et champions du cru, en herbe ou confirmés, font vibrer les gens de Bouguenville.  La baraque d’à côté,

La C 11, abrite Vonnette et ses frères. L’aînée est une adorable grande perche.

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 Le p’tit Jean évolue dans ses langes.

Outre son cartable chargé des bouquins du savoir, son grand frère Claude porte précocement une tête de plus que tous ses camarades de classe. Devenu membre du club des argentiers de la ville de Brest, il accomplira une carrière professionnelle en lignes comptables, empreinte d’une droiture remarquable. Associée à un talent de la passe face au filet, sa haute taille lui permettra de rayonner, au plan international, dans le mouvement travailliste des volleyeurs.

Lorsqu’il faut soulager notre petite mère, le petit déjeuner se prend chez la voisine. Grande, douce et souriante, la maman de Claude nous sert un « fortifiant » : un grand bol de lait au pain cassé et trempé ! Rituel familier : le papa affable et discret, cale son chapeau mou, c’est l’heure du boulot.

En contrebas, Loulou le rêveur perche en baraque française. Garçon au sourire éternel, haut dans ses galoches,  loulou possèdent également la fibre comptable. Adulte, il la mettra au service du mouvement ouvrier. Cadre administratif de la respectable « Gueule d’or », célébrissime restaurant de l’Arsenal, Loulou veillera des années durant à ce que soient bien sustentés les travailleurs et leurs délégués. Derrière chez nous, circule l’énigmatique Hubert. Son papa est « poulet ». À ne pas confondre avec une hirondelle. Au flic sans bicyclette, Hubert offrit plus d’une fois la possibilité de lui plumer la tête. 

15.

En face, de l’autre côté de la grande rue, siège de l’Espoir. Dans le voisinage de ce patronage paroissial, un clan dénote dans le paysage. Chemisier renommé, le papa est classé dans le camp de la droite chrétienne. Cravaté du matin au soir, l’homme est  perçu comme un authentique béni-oui-oui du MRP, le Mouvement Républicain Populaire qui était traduit sans ménagement la « machine à rouler le peuple ».

Frère cadet de Michel, le grand Georges se moque pas mal des appréciations peu amènes qui fusent du camp laïque. À l’aise dans ses baskets, Georges les écarte d’une simple pichenette. Sans égale, son éloquence gagne par-dessus sa croix l’amitié des plus déterminés à railler les culs-bénits, fussent-ils excellents basketteurs. Le Grand Jo deviendra un artiste de la plume sportive.  

16.

À l’intersection des trois quartiers, Bouguen, Traon-Quizac et Lanrédec, le futur bachelier Dédé veille sur ses grandes Sœurs… ou l’inverse ! moins discrets ses frères Ti-Jean et Ti-Raym’ signent tous les bons coups.

Dans les parages, lumineux rejetons de « L’instit’ à la palette »,  Charles et Michel se différencient des ombrageux grâce à leur talent scolaire et à leurs tignasses claires.

D’un coup de pédale rageur, je dompte le raidillon du Bouguen-Est. Je rejoins la baraque E3. Au-delà de la poterne, gigote mon «  p‘tit  cousin » Christian. Ses frangins Jean Claude et José le précédent en chefs de file. Danielle boucle la marche.

Avec Christ’, je me fiche pas mal de notre mise en concurrence scolaire. Cependant, pas au moment de la proclamation des classements, car le mieux placé des deux studieux reçoit une pièce argentée spécialement mise de côté par nos mamans.                                                                       17.

 Sur le chemin de l’école de Traon-Quizac, nous arborons nos musettes de toile verte, spécialement confectionnées par tante Jeannette. Mains libérées, nous vivons un leste confort.

Un jour, bruyamment moqués par des jaloux, nous nous en expliquâmes vertement avec ces railleurs beaucoup trop collants. La mobilisation de quelques Vaillants donna du poids à nos explications. Les persifleurs se rangèrent vite à l’avis des points nus majoritaires. En ce temps-là, l’action solidaire et la volonté de domination formaient déjà un couple redoutable. 

Toujours sur la butte Est du Bouguen, aux côtés de Vincent, dit Pépé, de Pierre, Paul, Jacques et les autres, s’époumonent de cocasses champions du bagout et du passage en force, eux-mêmes cernés par une flopée de débrouillards.

Parmi ceux-ci, Joël est un gymnaste en herbe : le blondinet à la barrette développe en B4 ses qualités d’artiste des « flips-flop avant-arrière » et de la marche sur les mains. Jo veille gentiment sur son p’tit frère, Robert, le futur opticien.  

18.

Plus tard, spécialiste de l’acoustique sous-marine, Joël s’emploiera passionnément à ce que les marsouins nucléaires de l’île longue ne plantent pas leur tête-skopein dans le ventre des chalutiers.

Joël connaît la musique. Avec lui, les choristes de la classe chantent à tue-tête : « Hé garçon, prends la barre, vire au vent et largues les ris » et « Pique, pique, la baleine », Sous la baguette de Louis, l’instit’ aux sabots.  Aux abords de la poterne, s’éclate un p’tit Jean crépu de poil. Cheminot-Tonnerre mon Clermont !- Le Jeannot s’honorera à servir la patrie en tant qu’infirmier à l’hôpital maritime de Brest.  

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    Au-dessus de l’odorante triperie Kervern, le plateau parsemé de baraques françaises accueille de coquets sportifs drivés par Gérard, Christian n°2 et Fanfan. Les trois footeux se disputent les allées avec les cyclistes emmenés par Guy, le bel amoureux transi d’une jolie blonde.

          Le rapide Gérard n°2 colle à sa roue. Étoile filante, redoutable sprinter, ce Gérard – là dans un jour faste, manquera d’un pneu le droit de crier sa victoire sur Jacques Anquetil au Circuit des Blés d’Or. Fort de ses bonnes places au Tour de l’Ouest, le vieux Marcel caracole en père peinard en tête du peloton. Véloce prévoyant, il pense à sa reconversion en moniteur de la conduite auto.

Non, ce ne sont pas les corons. Trompeurs, après la pluie, le soleil sème la confusion. Plus au Nord du Bouguen – Est (ou plus à l’Est du Bouguen Nord), François, Fafa pour sa maman, s’essaie à la rédaction de prose en F1, une baraque de ciment ! Plus aérien, Riton, son effilé aîné, accorde ses guitares au désespoir de Marie, institutrice laïque pour l égalité. 

À deux pas de là, en plein Nord je crois, le nonchalant Norbert adule sa B6. Souple dans ses baskets, de tirs au but en paniers marqués, le grand élégant caresse le gros ballon plus rondement que ne crépiteront, vingt ans après, les claviers de ses machines à transcrire le temps.

Privilège de la topographie territoriale, de vagues en vagues, passent et repassent devant l’îlot du Bouguen – Centre des paquets de jeunots. Chaque jour, j’aperçois un autre Dédé, plus jeune, plus râblé, plus shoot que le futur bachelier. La sérénité du fin dribbler le fera footballeur du mémorable Sporting  Club du Bouguen.

 Dans la foulée des changements urbanistiques hautement enclavés, sa sagesse fiscale l’élèvera au rang de président du club transmuté Sporting Club de Brest2. Sous sa direction et la vigilance du vénérable Vincent, le club fanion du sport d’en bas, les jeunes et moins jeunes de Kergoat, kerbernier, kérédern, continuent de jongler le ballon au pied de Bellevue.

De l’autre côté de l’église, vers l’Ouest, adeptes de la « VGA », la vie au grand air, Roger et ses sœurs conduites par Marie-Paule, occupent les travées encombrées. Moins remuant, Jean – Noël songe obstinément à devenir un « As du logement social »tandis qu’appliqués à leur table de travail, toujours prêts à dégager sur la pointe des pieds, Serge et Pierre préparent leurs devoirs.  Sans peur et sans reproche, ils prennent le sillage de l’illustre fratrie dont le p’tit papa au Centre d’apprentissage forme les garçons aux métiers du bâtiment. Derrière la place de Metz, haut lieu des confrontations cyclistes, le timide Christian n°3 habite une maisonnette en dur à l’écart des tumultes juvéniles. De l’autre côté de la rue Commandant Drogou, sévissent Roland et Jean – Claude n°2, son fidèle lieutenant. Mêlés à leurs comparses du Bois de Sapin  Et de Kérédern, les inséparables camarades d’école dirigent les retrouvailles générales à l’école laïque de Traon-Quizac et le jeudi au Patronage laïque de Lambézellec.

21.

Hors les réunions familiales, les Bouguenistes croisent rarement les copains et copines du Bergot. Voisin du Bouguen, le quartier de l’extrême dispose de ses propres commodités sociales, scolaires et marchandes. Ce sont les beaux jours de l’été qui réunissent tout le monde. L’apparition du soleil remplit d’un coup d’un seul la piscine de Tréornou. À ciel ouvert, les baigneurs y piaillent leur plaisir sous les nuages fugueurs. Les plus aventuriers préfèrent foncer jusqu’à Saint-Marc. Pour en montrer aux filles, les p’tits d’hommes bandent leurs muscles en devenir. Ils se jettent en boucle du plongeoir ancré devant la grève. Les valeureux bals-dansants de chez Bastard et de la Guinguette ne gênent pas les nageurs. Hors les  célébrations et événements programmés, les garnements se fouillent les méninges pour agrémenter l’ordinaire. Des ciboulots fusent des plans et des jeux audacieux. Hélas, la fée des foyers opère avec parcimonie : trois fois sur quatre, les projets d’aventures se heurtent à la peur des punitions. Résignés, les jeunes s’ébrouent dans le train-train : ballons, balle au prisonnier, osselets, billes, colin- Maillard, saute – moutons, cache-cache, jeux de pistes, gendarmes et voleurs, p’tites guerres, traîneaux, saut à la corde, marelle. Les jeux médicaux s’exercent dans la clandestinité. Poussives d’un  autre âge, les montées au mât de cocagne et les courses en sac se perdent dans leurs risibles tentatives de survie.     

                                                                                                                  22.

Au total, la routine l’emporte sur la nouveauté. Mais dans la cour de Traon – Quizac, le téméraire piquarome se joue à couteaux ouverts.

Hors les murs, les élèves riment allègrement : « Ah, Kéralloche,  l’école des Cloches ! Ah, Traon – Quizac, l’école des Cracks ! »

Les sorties du jeudi s’organisent selon les caprices du ciel, pluvieux ou bleu :

– Au Sélect ? L’obscur cinoche de tous les rêves est sis rue Robespierre, face à la chapelle Saint – Anne.

– Au patronage Laïque de Lambézellec ? Le « Peuleuleu »  est logé dans une haute baraque noire, à deux pas de l’école, rue du Cdt Drogou.

– plutôt rejoindre Pen – ar – ch’leuz et son stade de football ?…

Ainsi de suite, le choix est varié selon la saison.

23.

3E PARTIE

À BOUGUENVILLE NOS VIEUX

La vie de notre quartier c’est comme celle d’un village, ponctuée de fêtes, cérémonies, enterrements… et parfois une virée à Brest-même.

Au quotidien, les mères gèrent la marmaille ou travaillent pour l’habillement. Il faut faire vivre la maisonnée jusqu’à la paye de quinzaine. Nos paternels vont au maille ; c’est à eux de gagner la croûte. Ils sont ouvriers du port, dockers ou dans le bâtiment.

Aux aventureuses expéditions au bois de la Baronne, à l’étang de kerléguer ou au Fort du Questel, succèdent les sorties familiales dominicales.   « Tous en ville ! » Poussettes en tête, parents et rejetons marchent ensemble sur les ruines en voie d’effacement et les trous de guerre en voie de comblement.   Un bon dimanche comprend obligatoirement une promenade au château et un passage sur le petit pont.   Joyau de l’Arsenal, flottant et mobile, le petit pont s’ouvre à la demande de l’amirauté.   Les bateaux gris passent sous le nez des promeneurs extasiés.    Honorés de l’inespéré soutien populaire, les Margats  de laDP(*) conduise la manœuvre sous les applaudissements des endimanchés   Les fêtes et cérémonies sont programmées par des comités d’adultes.   Les spectateurs cernent de près le char fleuri de la Reine. La camionnette des Vaillants célèbre la Paix et l’amitié avec le peuple soviétique.   Les flambeaux éclairent les fanfares de la retraite. Le feu de la Saint – Jean, quand à lui brûle les pucelles une foi par an.   Généreux en neige poudreuse, l’hiver coriace surprend le père Noël en plain vol.    dans les pas du p’tit Poucet, l’ancêtre à la hotte livre ses oranges aux enfants triés sur le volet.    À la suite des bonshommes de neige, les gras masquent les visages un mardi de février  

* DP : Direction  du Port                                                  24

Chenilles et casse gueule prennent la relève des festivités épuisées. Chaudes et fumantes, les galettes tendent la panse gourmande des gringalets. Artistes de la rue, les industriels forains occupent la grand’ place.  Ils montent les manèges, confiseries, tirs et jeux, aussi vite que leurs cousins, clowns, trapézistes, dompteurs et magiciens, montent le chapiteau du cirque sans jamais nuire au marché maraîcher.

  Hasard ou velléité protectrice du ciel, sur notre gauche siège le presbytère. À droite ou à gauche, c’est fonction de la position du photographe, dos devant ou dos derrière. Campés aux premières loges, nous savons tout de la vie paroissiale et de l’abbé à la moto. Selon les lavoirs, le curé est l’amant d’une belle dame du quartier. les chenapans ne savent pas moins de la bonne sœur foutue le camp avec un Algérien. « Il était beau, il sentait bon le sable chaud ! » Accablé par les démons de l’enfer, le recteur aux lunettes d’écailles redouble ses prières. « Il n’y a pas d’amour heureux ! Ainsi soit-il ! »  Ensevelies sous les universités élevées en ce lieu et place du Bouguen, les rumeurs de la médisance et les racontars des bénitiers font toujours « s’gondoler » les mécréants beaucoup plus que les bonnes gens.



Gais ou tristes, les paroissiens et paroissiennes chantent en chœur. Les bigotes ne savent pas chanter. Serrées dans un coin, le regard de guingois, les bigotes marmonnent leurs méchancetés.  Elles déchantent  à l’autel du ressentiment. En offrande, elles brandissent le fouet de l’enfer en direction des enfants de gueux. « La discipline ne peut être transgressée, la loi est naturelle. Une place à chacun, chacun à sa place. Le destin ! »  

25.

 

Les cortèges des enterrements s’ébranlent souvent de l’église, mais pas toujours.    Les familles et le corbillard portent le noir. Les bourgeoises camouflent leurs visages sous une voilette pareillement noire.   Les incroyants attendent dehors. Les badauds n’applaudissent jamais.  Ils s’écartent machinalement devant la procession guidée par les curés.   Le crucifix est porté par des garçons vêtus d’une soutanette rouge et d’un surplis blanc.   Invité d’honneur, fixé sur un mât mobile, le Seigneur observe d’en haut les promeneurs d’en bas. Les sceptiques haussent les épaules.

Les enfants de cœur ? Les copains les trouvent mignonnes déguisées en filles. Le parfum de l’encens envahit les narines. Malgré leurs incessants tortillements de tête, les plus dégourdis ressentent une sorte d’absence. Au départ, les suiveurs Parlent à voix basse. Ensuite, au fur et à mesure des avancées du convoi funèbre, ils parlent plus haut et plus fort. Les femmes et les enfants font le signe de croix. Les hommes ôtent le mou ou la casquette du dénicheur, rivale populaire
de la casquette de l’officier.

 

Un jour, le cortège rassemble tant de casquettes, de galons dorés et d’épées coincées dans leurs fourreaux, que cette présence intensive au mètre carré désarçonne les passants. Les curieux croient un instant à une répète générale de la revue du 14 juillet. Le macchabée révèle malgré lui son métier.  Le dernier voyage, vers les ténèbres pour les mécréants, vers la lumière pour les gens de foi, s’achève généralement dans un trou. Cela saute aux yeux des gamins.  Les gens d’églises n’apprécient pas les iconoclastes remarques des p’tits morveux.

Branle –bas de combat exceptionnel : un convoi d’un autre genre occupe la chaussée. Debout dans sa grosse décapotable noire, le président de la République Française Vincent Auriol salue de la main ses concitoyens sur le circuit cycliste du Bouguen. Le peuple en liesse ovationne le p’tit homme important. Le Président est protégé par des gaillards casqués à moto. Les pères enthousiasmés tirent leurs cœurs – Vaillants vers la démonstration républicaine sur les Glacis et le Cours Dajot.

Éloignées de l’église d’une laideur à décourager les plus fidèles, sont montées des baraques tout aussi laides. Plus basses, plus longues, c’est l’Oncor(*).  En cet endroit, les ombres se font plus sombres. Le foyer ouvrier souffre d’une mauvaise réputation. Ses résidents sont originaires d’un pays aux rives ensoleillées, là–bas au Sud ; les autorités françaises ont convié des Algériens à la fastidieuse entreprise de reconstruction.  Éloignés de la terre patrie et de leurs familles, ces travailleurs trouvent – ils ici leur compte de bien être ? Cette confrérie besogneuse semble tolérée plutôt que reçue à bras ouverts.  Essentiels au renouveau de la vie urbaine, les métiers de terrassier, de maçon de plâtrier, transpirent pourtant une évidence pénibilité. Pour satisfaire les besoins d’abris des Brestois, ces exilés s’exposent chaque jour aux caprices des intempéries et à la détestable indifférence ou au racisme des gens bien.

27.

* Oncor : Organisation nationale des cantonnements pour les Ouvriers de la Reconstruction.

En contrebas, derrière les hauts murs de la séparation, sur les rives de la Penfeld, l’espérance se manifeste bruyamment aux « BF »(*). Les chevaliers de l’Arsenal la martèlent à coups de masse cadencés. Leur sueur perlée proclame leur ardent désir de dignité : « Les preux de l’église plaident la servitude. À la vérité, ils ordonnent de frire les salariés ! »

Une autre messe est dite. Ces fortes paroles énoncent la sentence ouvrière.

Le goût prononcé des p’tits chefs pour le commandement recèle, selon les paternels, des perversités à vous nouer la gorge et à vous serrer les poings. Le travail grave au plus profond la peau des ouvriers. Les pères portent de trente à quarante ans d’âge : «  Ne pas plier ! À genoux ? Jamais ! »

* BF : Bâtiments en Fer

La célèbre sirène de l’Arsenal rythme la vie des Zefs(*).

Elle siffle les embauchées et débauchées, plusieurs fois par jour. Sises aux pieds de Bouguenville, largement béantes, les portes de la Brasserie et de Kervallon grouillent ponctuellement d’hommes en bleus.

Le matin, au point du jour, Jeanne-la-discrète propose le républicain Ouest-Matin. «  Ouest-Matin ! Le quotidien qui chasse la grippe et le chagrin ! »Ah, la Reconstruction ! Ah, la Reconversion vers des fabrications de navires d’utilité civile ! N’est-ce pas les Antilles ? Son lancement, c’était notre fête à nous. En ces temps engloutis, les ouvriers ne pouvaient imaginer que leur Arsenal serait un jour rayé de la carte et redessiné en garage nucléaire. Pourtant, Brest-Atomik-base investissait déjà les desseins et le tiroir-caisse des génies civils et militaires.

* Zef : c’est ainsi qu’à Brest, dans les milieux populaires, on appelait un petit gars de la ville.

Le Yannick se revendiquait de Recouvrance.

28.

Fiers de leur machine tôt le matin, les mécanos des Mouvements Généraux caressent  leur locomotive. Rutilant, le train de l’Arsenal hurle son bonheur et crache sa fumée. Plein à craquer des voyageurs du labeur, il quitte la porte de la Brasserie toujours à l’heure. De station en station, il les dépose gracieusement jusqu’aux Quatre-Pompes au fin de la rive droite.

Au Plateau des Capucins, rivés à leurs postes, les chaudronniers forment le métal, les ajusteurs actionnent les machines. Les électriciens bobinent rotors et stators. Ti-Louis-le-Marquis immerge les bouts de moteur réparés dans le vernis liquide chauffé à blanc ; cérémonie qui se déroule dans l’intimité de la cuve.

Evasion entre potes, on s’offre parfois un « billet de sortie ».

Le soir

 Le soir, avant le retour au bercail, les travailleurs plongent au Trou. En ce troquet du Carpon, rebelles ou sentimentaux, ils égrènent la rouge cerise et le frêle coquelicot.  Bon sang ne sachant trahir, les fils reprennent les ritournelles ouvrières. Sur le chemin de l’école, les mômes taquinent-haut les cœurs-les rigadins, curés et calotins. En ligue et en procession, les plus Vaillants des écoliers à tue- tête : « Ah, Cœurs-Vaillants, boîte à sardine ! » En bandes mouvantes, les sous fifres de Peppone et les brebis de Don Camillo s’affrontent à la sportive dans tous les coins et recoins des rings et stades, jusqu’aux cours d’écoles et caniveaux.

29.

Au-delà des douves, de la place Albert 1er et de l’Avenue Foch, s’ébroue « Brest-même ». Trolley ou trotte à pied ! Autres vies, autres motivations.  Avec ou sans col bleu, les gars de la marine inondent Recouvrance, les rues de Siam et Jean Jaurès.  En contrebas, « au port de », les charbonnages noircissent les quais et les brodequins. Les pêcheurs rêvent de filets de poissons argentés. Les dockers chargent et déchargent à dos d’homme. Face au bassin du Gaz, pêcheurs et ouvriers achèvent la journée de travail Au tout va bien. Rouge lim’ ou amélioré, un « coup de pif » pour se désaltérer.

Cet été, chroniqueur de la TSF, Georges briquet attise  les passions. Le tour de France se déroule du 30 juin au 24 juillet. si les grimpeurs Jean Robic, René Vietto, Apo Lazaridès et l’inattendu Jacques Marinelli emballent les ferveurs, les chevauchées fantastiques de  Fausto Coppi forcent l’admiration des capsuleurs. Fausto domine les deux contre-la-montre et largue tous ses adversaires dans les Alpes. Il triomphe à Paris avec près de 11 minutes sur Gino Bartali ! Ces faits d’armes enfouis dans les mémoires, la laïque de Traon-Quizac réunit à nouveau ses écoliers.
Patatras ! Sidération et tristesse. A quelques encablures de la Toussaint, le vingt-huit octobre devient à jamais synonyme de drame national. Marcel Cerdan meurt accidentellement… L’avion dans lequel il a pris place, percute en pleine nuit un pic des Açores au Portugal. Notre valeureux champion voyageait vers les  États-Unis dans le but de reprendre son titre à l’énigmatique Jake La Motta. Le taureau du Bronx campe loin derrière l’aura du superbe félin Sugar   Ray Robinson.  La cruelle disparition de Marcel brise nos rêves.  Sa victoire eût été notre victoire. Ah, la vie et ses mauvais tours d’ailes.


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CHŒUR DE PAIX

Heurts, malheurs, rires et sourires entremêlés, à Bouguenville,

Les mères se prénomment Céline, Germaine, Gina, Jeanne, Joséphine, Juliette Madeleine, Marcelle, Marguerite, Marie, Paulette, Renée, Romaine, Yvonne.

Elles croient au ciel ou n’y croient pas.

Le porte-monnaie des dames à voilette se présente bien garni ; celui des dames populaires se maintient plutôt maigrelet.

Toutes protègent de leurs tendres baisers leurs descendances adorées.

Mamans les plus douces du monde, les margotons de la rade éduquent leurs vaillants et 

Cœurs vaillants à la paix et Fraternité.

C’était autrefois, au milieu du siècle dernier.

C’était le temps de notre « Bouguenville ».

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RÉCITS DE LOUIS AMINOT

ILLUSTRÉS PAR GEORGIO

RETOUR EN BOUGUENVILLE

COUDOL Alice, Henriette Née le 10 février 1923 à Brest (Finistère).

Exécutée sommairement le 30 novembre 1944 à Pforzheim (Bade-Wurtemberg, Allemagne) ; commerçante ; membre de divers réseaux de Résistance dont le SR Alliance.


Alice Coudol

Crédit photo : Gildas Priol

Commerçante et marchande foraine, elle fonda en juin 1940 à Lesneven son propre réseau de résistance, le « Mouvement Violette ». Avec son groupe elle aida des soldats français à échapper à la captivité, diffusa des journaux clandestins, distribua des tracts gaullistes, fournit à Londres des renseignements sur les bases sous-marines de Brest, l’arsenal, la base aéronavale du Poulmic, le terrain d’aviation de Guipavas. Elle entra au réseau « Jade-Fitzroy » créé en 1942 sur le secteur de Brest et Landerneau pour héberger des aviateurs alliés et les faire évader ensuite vers l’Angleterre. Elle était également membre du « Mouvement Défense de la France » et des réseaux « Alliance » et « Centurie ». Dans le réseau Alliance, elle devint estafette du sous-réseau Sea star, secteur de Brest, sur la région Bretagne « Chapelle « , avec le matricule « S.529 ».
Elle fut arrêtée à Lesneven le 4 octobre 1943 et déportée vers l’Allemagne au départ de Paris puis internée à la prison de Pforzheim (Bade-Wurtemberg, Allemagne) où elle fut enregistrée sous le matricule n° 582 le 25 janvier 1944. Le 2 mars 1944, la Gestapo de Strasbourg transmit le dossier d’accusation d’espionnage au profit d’une puissance ennemie concernant douze prévenus dont Alice Coudol, au Tribunal de guerre du Reich qui y apposa les tampons « secret » et « affaire concernant des détenus » ainsi que la mention « NN » (Nacht und Nebel-Nuit et Brouillard). Il n’y eut pas de jugement, les accusés étant remis sans procès à la disposition du SD de Strasbourg le 10 septembre 1944, ce qui équivalait à une sentence de mort.
Devant l’avance des Alliés sur le Rhin le 30 novembre 1944, Alice Coudol elle fut extraite de sa cellule ainsi que 18 hommes et 7 autres femmes appartenant comme elle au réseau Alliance. Après un simulacre de libération, ils furent tous conduits en camion à la forêt de Hagenschiess, à quelques kilomètres de Pforzheim et abattus d’une balle dans la nuque par les agents de la Gestapo de Strasbourg, Julius Gehrum, Chef de l’AST III, Reinhard Brunner, Howold, Buchner et Irion, puis jetés dans une fosse recouverte ensuite de terre et de branchages.
Leurs corps furent exhumés par les autorités françaises le 19 mai 1945 et mis par des civils allemands dans des cercueils devant lesquels la population de Pforzheim dut défiler au cours d’une émouvante cérémonie.
Ils furent ensuite rapatriés en France et à l’arrivée à Brest de la dépouille d’Alice Coudol, une chapelle ardente fut dressée à l’église Saint Martin. Une foule nombreuse assista aux obsèques, en présence des autorités françaises et de représentants de toutes les associations de Résistance. Elle fut inhumée au cimetière Saint-Martin, à Brest.
Alice Coudol fut décorée de la croix de chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume le 6 juillet 1955 ainsi que de la Croix de Guerre 39-45 avec palmes et de la Médaille de la Résistance.
Elle obtint la mention « Mort en déportation » par arrêté du 26 février 2013.
Son nom figure sur la stèle commémorative du réseau Alliance à Pforzheim. Des rues de Brest, Plouzané, Lesneven portent son nom.

Alice Coudol – Les martyrs de Pforzheim.

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Fin juin 1945, le maire de Brest reçoit une lettre écrite par le Père Laurent, aumônier du 86ème RI. Cette missive l’informe de la découverte d’un charnier à Pforzheim (région de Bade) : 25 corps y sont retrouvés dont ceux de 12 brestois. Sur la macabre liste qui suit cette annonce, le nom d’Alice Coudol.

Dès juin 1940, la jeune Alice (elle a 17 ans) aide les soldats français à échapper à la captivité. Ayant entendu l’appel du Général de Gaulle, elle mène la propagande dans les cantons proches de Brest, crée son propre réseau (Violette) et réussit à recruter de nombreux volontaires, alors qu’elle ne sait ni lire, ni écrire. Elle est agent des réseaux Alliance et Centurie, aide au « sabotage » du STO dans la région. Mathieu Donnard, Colonel du mouvement Libération puis FFI dira d’elle : « j’ai rencontré une jeune fille extraordinaire, une Jeanne d’Arc, assurée et courageuse ».

Alice et 9 des brestois retrouvés dans le charnier avaient été arrêtés à l’automne 1943 dans le cadre du démantèlement du réseau Alliance par la Gestapo. Ils font partie des 50 détenus qui arrivent à Pforzheim en janvier 1944.
Le 30 novembre 1944, un gardien vient réveiller Alice et ses compagnes de chambrée. Ils les emmènent toutes sauf Yolande Lagrave qui restera seule, dans l’angoisse du devenir de ses camarades.
Les prisonniers et prisonnières emmenés cette nuit-là subirent d’épouvantables sévices et tortures avant d’être abattus d’une balle dans la nuque et ensevelis dans un cratère de bombe, dans un champ.

Alice deviendra le symbole de la Résistance dans le Nord-Finistère et celui du martyre des prisonniers de Pforzheim.
A l’arrivée de sa dépouille à Brest, une chapelle ardente est dressée à l’église Saint Martin. Une foule immense assistera aux obsèques, en présence des autorités françaises et de représentants de toutes les associations de Résistance.

Pourquoi cet article, sur Alice Coudol.
Simplement parce que c’est une cousine à ma mère, décédée aujourd’hui, mais qui nous a souvent parlé d’Alice sa cousine.
Ma mère Née le 13 avril 1922, et née venelle Kéravel, 17 : Mercedes Alexandrine Félicie Coudol, fille d’Armande Mathurine Coudol, dix-huit ans, sans profession, célibataire, domicilié à Brest. , Née à Pont-Croix, le six septembre mil neuf cent un, fille de Alphonse Pierre Coudol, marchand forain, domicilié à Brest ; et d’Armande Marie Lescoat, son épouse.