Lac de Guerlédan. L’échappée belle

        Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Thierry Le Corre

C’est une perle  bleue dans un écrin de verdure, le lac de Guerlédan serpente sur douze kilomètres en Bretagne centrale, entre la commune nouvelle de Guerlédan, à l’est, et bon repos, à l’Ouest. Il épouse le tracé du Blavet. Le fleuve a été en partie canalisé au cours du XXᵉ siècle pour rendre possible la navigation entre Nantes et Brest. Sous le lac, une succession d’écluses englouties témoigne de ce passé. Elles sortent de l’oubli très rarement, lors des vidanges opérées par EDF. Le dernier Assec, en 2015, avait attiré des milliers de curieux.   

Un barrage-poids en béton

Car ne l’oublions pas, la raison d’être de ce lac est, depuis le départ, la production d’électricité. La retenue d’eau a vu le jour pour alimenter le barrage hydroélectrique de Guerlédan. De type « poids béton », l’ouvrage a été édifié entre 1923 et 1931 et représente un vrai défi technique. Au début des années 30, il est l’un des plus importants et imposants de France : 45 mètres de hauteur pour une longueur de crête de 206 m. Il retient un volume de 51 millions de m³ d’eau. À l’époque, les initiateurs du projet, le sous –préfet Joseph Ratier et l’ingénieur Auguste Leson, sont loin d’imaginer que cette mer d’eau douce serait, un jour, une destination touristique majeure en Centre – Bretagne.

Mais le public familial ne s’y trompe pas lorsqu’il en fait l’un lieu de villégiature de prédilection à partir des années 50. L’anse de Beau Rivage est la première à être courtisée. Progressivement, le site a pris une allure de petite station balnéaire avec sa plage, ses équipements, bars et restaurants… indissociables du lieu, les vedettes de Guerlédan, véritables institution locale, sillonnent le lac depuis 1974.

Le lac entouré de collines boisées est propice à toutes les activités de pleine nature : canoë-kayak, paddle, canot à pédales, ski nautique, bouée tractée, escalade, rando, pêche… Le tour du lac à pied (40 km) est sans doute l’expérience La plus la plus… Tregnanton, le bois de Caurel, l’anse de Sordan, offrent des points de vue des plus exceptionnels. On en ressort convaincu : le lac de Guerlédan est une merveille en Bretagne.  

      Le saviez-vous ?

Tous les 15 août, une fête –du- lac est organisée, en plein air, à l’anse de Landroannec, à Mûr-de-Bretagne (commune nouvelle de Guerlédan), ou sport, culture, animations ludiques et musique s’entremêlent. Une journée qui s’achève sur un air de fest-noz et face à un superbe feu d’artifice aquatique. Gratuit

Beau Rivage a conquis un public familial. Le site a toujours été l’un des plus fréquentés du lac. Archive Le Doaré- Châteaulin
Les vedettes de Guerlédan font partie du paysage. Le premier bateau en 1957 était en bois, et comptait 60 places. Photo Nicolas Creache

Saint-Malo. Bon – Secours, plage avec piscine

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Philippe Delacotte

Avec celle du Môle et de l’Éventail, c’est une des trois plages facilement accessibles qui entourent la ceinture de remparts. Elle offre une vue imprenable sur la baie de Saint-Malo et Dinard. En face, au premier plan, on découvre le Grand Bé, où repose pour l’éternité Chateaubriand, et juste derrière, le petit Bé où Vauban et son ingénieur Siméon Garangeau ont érigé un fort au XVIIᵉ siècle. Un gois découvert à marée basse permet d’accéder à pied sec aux deux îlots. La plage de Bon – Secours est une des plus fréquentée notamment grâce à sa piscine naturelle d’eau de mer et à son école de voile. Elle dispose d’un bar, d’un poste de secours l’été et, depuis deux ans, un club Mickey. Mais ce bord de mer n’a pas toujours eu ce panorama idyllique de carte postale. Au Moyen Âge, elle était appelée « la grève des Hauts – Sablons ». C’est là qu’on enterrait les condamnés à mort et tous ceux qui n’avaient pas reçu les sacrements de l’Église. Plus tard, au XIXᵉ, elle servait de …dépotoir ! On y déversait les contenus des « carniaux », autrement dit, les déchets des habitants. En 1871, on perça la porte Saint- Pierre qui existe toujours. Elle offrait un accès au débarcadère pour permettre aux Malouins et touristes d’embarquer sur un bac à destination de Dinard.       

Une plage familiale

 Cette plage a pris son essor dans les années 30. Â cette époque, trois établissements de bains se partageaient l’endroit, notamment les Bains René, gérés par René Lesaunier. Il fut le premier à installer des douches reliées au réseau de ville  pour que les baigneurs puissent se rincer après leur bain de mer. Il eut également l’idée de fixer des pare-soleil à ses chaises longues. C’est aussi cet ancien ébéniste qui fit construire une retenue d’eau avec un plongeoir de 5 m (en passe de devenir un autre emblème de la ville) pour que les adeptes de bains de mer puissent à tout moment s’adonner aux joies de la baignade. En effet, à marée basse, ses habitués privés de leur loisir nautique désertaient Saint-Malo pour Dinard, la cité balnéaire rivale. La piscine inaugurée en août 1936 se situe près du « rocher Pouilloux », là où les mères de familles venaient autrefois…épouiller les cheveux  de leurs enfants !

    Le saviez-vous ?

La plage de Bon – secours tient son nom au fait que la Ville ait été placée sous la protection de Notre-Dame de Bon Secours après la grande  « brûlerie » de 1661. Cette année-là, 237 maisons et édifices de la cité corsaire partaient en fumée.

La plage de Bon – Secours (ici photographiée en 1955) est devenue prisée dans les années 30. Photo archives le Doaré Châteaulin

Bon – Secours est aujourd’hui une plage très fréquentée, car facilement accessible des remparts. Photo Philippe Delacotte.

Huelgoat. À l’entrée du chaos

        Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Nathalie Com

Entre Carhaix et Morlaix, Huelgoat est célèbre pour sa forêt domaniale et son chaos de rochers. Site enchanteur, riche en légendes, vestige de l’antique Brocéliande, la forêt du Huelgoat, célébrée par Victor Ségalen ou Paul Sérusier, réserve mille surprises au promeneur qui s’y aventure.

Le départ de la balade se fait au pied du moulin du Chaos, moulin ducal, édifié en 1339, repris par la compagnie des mines de Basse-Bretagne au XVIII siècle, aujourd’hui galerie artisanale et artistique. En empruntant le sentier pittoresque derrière le moulin, on découvre la Grotte du Diable, première initiation à cet univers chaotique. Si on descend dans la grotte, on peut voir couler la rivière Fao, ou rivière d’Argent, en souvenir d’une ancienne mine de plomb argentifère, qui joue à cache-cache, tantôt bondissante et vive à l’air libre, tantôt souterraine et secrète.

La vengeance de Gargantua

 Érodés par les eaux millénaires, les énormes blocs de granit s’appuient les uns contre les autres le long de la rivière d’Argent. La légende veut que Gargantua, géant célébré par Rabelais,  se voit vengé du maigre repas que lui avaient offert les habitants du « Bois d’en haut » (Huelgoat ou Uhel koad en breton) en lançant, depuis le Léon, d’énormes galets polis par la mer. Plus terre à terre, les géologues expliquent que les roches seraient nées des profondeurs de la terre, sous forme de masse liquides en fusion.

Cette bizarrerie géologique abrite une multitude de lieux dont les noms font écho aux histoires légendaires : la grotte d’Artus, la Mare aux sangliers, le Ménage de la Vierge, le Gouffre, la Mare aux fées, ou encore le Champignon, sans oublier l’incontournable Roche tremblante, ce bloc de 137 tonnes que même un enfant peut faire bouger, à condition d’appuyer au bon endroit ! Autant de lieux étranges, à découvrir au détour d’un étroit sentier, ou à la sortie d’un pont rocheux.       

 Le saviez-vous ?

Le 21 mai 1919, le médecin, poète et sinologue Victor Ségalen part en promenade dans la forêt du Huelgoat, pour ne plus jamais revenir. Il meurt dans des conditions mystérieuses, juste à côté du Gouffre. Sur le belvédère qui surplombe l’endroit, une stèle est érigée en hommage à l’écrivain.  

Le moulin en contrebas du lac, marque l’entrée du chaos. Archive Le Doaré- Châteaulin

Le moulin aujourd’hui. Photo Claude Prigent

Lorient. Son port de pêche, sa fierté

 Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   






 
Julien Boitel

Lorient. Son port de pêche, sa fierté
C’est à Lorient que le premier port de pêche industriel français a été créé. Financée en grande partie par l’État pour moderniser le secteur des pêches, sa réalisation, sur la presqu’île de Keroman, au début du XXᵉ siècle, transforme profondément le paysage lorientais. Auparavant à l’étroit dans le centre-ville, le port entre dans une autre dimension à Keroman. Tout est sur place. Avec un frigorifique, premier du genre en France, qui permet la fabrication de glace, une halle de vente, des magasins de mareyeurs ou encore un bureau de poste, c’est une véritable « cité du poisson » qui est inaugurée en 1927. « Le train permettait d’envoyer le poisson directement du port jusqu’à Paris », explique Jean-Paul Solaro, président de la Sem (Société d’économie mixte) Lorient-Keroman, gestionnaire du port, qui est  propriété de la Région Bretagne.
Merlus et langoustines
Ces nouvelles infrastructures dopent l’activité. Des transformateurs, des conserveries, des entreprises de construction navale et de maintenance s’installent à proximité. Dans les années 1970, toute la filière s’industrialise. Les bateaux se modernisent. Ils deviennent de plus en plus gros pour pêcher plus loin et plus longtemps.
Si aujourd’hui le nombre de personnes qui travaillent sur le site est moindre (3 000 emplois directs), le port de Lorient n’en reste pas moins le premier port de Bretagne et même le premier de France en ternes de valeur (85 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018). « Plus de 300 bateaux y débarquent du poisson chaque année », indique Jean-Paul Solaro. Il s’agit aussi du premier port pour les langoustines vivantes. Le merlu, emblème de la ville aux cinq ports, est toujours l’un des poissons les plus vendus à Lorient, avec la lotte ou la julienne.
Même si le Brexit laisse planer un doute sur l’avenir de la filière, l’équipe de la Sem Lorient- Keroman travaille sur un programme de rénovation et de modernisation des bâtiments, avec la démolition de l’actuelle glacière, le renforcement de l’aire de réparation navale et l’arrivée d’un pôle de déconstruction de navires.  
⧨  Le saviez-vous ?
La maison de la mer de Lorient organise des sorties thématiques, jusqu’au 30 août, pour découvrir les activités de la pêche et de la construction navale. La marée du jour, la rade aux 3 000 navires, les secrets de navires ou encore objectif pêche durable sont au programme.  
Le port de pêche de Keroman (ici en 1955), était à la pointe, avec ses infrastructures en 1927. Archives le Doaré-Châteaulin
Le port de pêche de Lorient est aujourd’hui le plus important en Bretagne.
Photo François Destoc

Landerneau. La passerelle des Allemands

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   
Hervé Corre

Traversée par l’Elorn, Landerneau a la double « nationalité » : Léonarde au nord, cornouaillaise au sud. Pendant des siècles, le pont de Rohan a été le seul axe de « réconciliation ». Construit en 1510 et inscrit au titre des monuments historiques, ce dernier est l’un des plus vieux et remarquables ponts habités d’Europe.

Dès 1932, la construction d’un nouveau pont est envisagée afin de désengorger l’ancien. Aucune des solutions évoquées alors ne donne satisfaction avant l’éclatement de la guerre. Les Allemands occuperont la ville de 1940 à l’été 1944. C’est en 1941 qu’ils bâtiront une passerelle en bois  enjambant l’Élorn.  

Éviter un détour

À l’époque, l’occupant a réquisitionné nombre de bâtiments landernéens. Sur le quai  de Léon, il fait de l’hôtel Raould le siège de la Kommandantur. En face, sur l’autre rive, le manoir de Penanru sert de résidence à l’état-major, tandis que le colonel loge au château du Pontic. Ainsi, selon toute vraisemblance, la passerelle permettait aux hauts gradés de se rendre d’un bâtiment à l’autre sans s’infliger un détour par le pont de Rohan. Il se dit aussi que ce dernier, trop étroit, ne permettait pas le passage des chars.

 Car, l’existence de cette passerelle a nourri nombre de petites histoires et d’anecdotes à la fiabilité toute relative.  En voici une autre. On raconte que pendant un temps, les Landernéens n’ont pas osé franchir le pont des Allemands, jusqu’à ce qu’un jour, un vieillard décide de l’emprunter. Voyant que ce dernier n’avait pas subi les foudres de l’occupant, la population locale s’est mise, à son tour, à l’utiliser.

  À l’été 1944, les Allemands quittent Landerneau, laissant derrière eux leur passerelle en bois. Cette dernière ne disparaîtra du paysage qu’en 1957, lorsqu’elle est remplacée par l’actuel pont routier, fait, celui-là, d’acier et de ciment. Mais, il faudra encore attendre quelques années avant que ce dernier ne soit officiellement baptisé pont de Caernarfon, du nom de la ville galloise jumelée avec Landerneau.

   Le saviez-vous ?

En juin 1940, l’armée allemande arrive en Bretagne. À Landerneau, un détachement de 150 hommes doit tenter de retarder son avancée pour permettre, à Brest, l’évacuation de la marine. Il s’agira là d’un des deux seuls combats de retardement de Bretagne avec celui de Guidel (pour protéger Lorient). 

il faudra attendre 1957 pour que la passerelle soit remplacée par l’actuel pont routier. Photo Claude Prigent
En 1941, les Allemands ont construit cette passerelle qui enjambait l’ Elorn. Archive Le Doaré-Châteaulin













 

Concarneau. Une île close en cœur de ville

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.  

Olivier Desveaux

C’est une île au milieu de la ville. Un cœur irrigué, chaque année, par un flux de centaines de milliers de visiteurs (ils sont un million, voire plus encore, dit-on). Qui se repose, lorsque les jours raccourcissent et que la pluie fait briller ses pavés. Mais qui bat à plein régime aux beaux jours… Ce cœur, c’est la ville close de Concarneau. Celle qui fut le berceau de la troisième cité du Finistère. Une île de 380 m de long sur 100, à la fois médiévale et maritime, cernée par tous ses ports et ceinte de remparts épais de 2,5 à 3 m.

La ville close a changé de visages, au fil des siècles et au gré des évolutions des techniques militaires. Mais elle reste massive et son architecture impressionnante. Outre les remparts, elle en impose avec ses différents éléments, beaucoup datant des XVᵉ et XVIᵉ siècles : ses tours (celles du Major et du Gouverneur, défendant l’entrée principale de la ville, ou bien celle du Maure), sa demi-lune, son ravelin, son fer à cheval, sa poudrière du XIX ᵉ… Sans oublier ses portes : la principale, qui s’emprunte à pied, via un pont, et les accès maritimes que sont la porte au Vin, celle des Larrons, celle du Passage… Deux sommets dominent la cité fortifiée : l’ancien clocher de l’église Saint-Guénolé, et le beffroi, à l’entrée.

Un espace vivant  

Haut lieu de balade (elle abrite me un bel espace boisé) et de découverte du patrimoine, la Ville close est aussi un lieu de vie, avec ses places et ses ruelles, ses maisons à pignon, ses commerces, ses restaurants. De culture vivante également. C‘est en son sein que le Musée de la pêche a pris ses quartiers, il y a près de 60 ans. C’est là aussi que de nombreux spectacles sont proposés, au Carré des Larrons, au Petit Château, ou bien encore à la Chap’L.

Et puis ses remparts, accessibles, permettent de porter un regard circulaire sur la ville et certaines de ses activités majeures : les quartiers qui en constituent le centre à l’ouest, le port de pêche et la criée au nord, les chantiers de construction et de réparation navale au nord-est, le quartier du Passage à l’est, et enfin la port de plaisance au sud. Au-delà, c’est le grand large…

   Le saviez-vous ?

Il est possible d’accéder à la Ville Close côté est, par la mer… Depuis le Moyen Âge, un bac effectue l’une des plus petites traversées au monde, à partir du quartier du Passage. Ce bac est électrique depuis 2015. La traversée, au prix d’1 €, permet d’aborder sous un autre angle la cité fortifiée.

Une vue sur la Ville close de Concarneau, et ses remparts, en1958. Archive Le Doaré-Châteaulin

On accède à la Ville close à pied, part le pont, ou par la mer

Ploumanac’h. Au cœur du granit rose



Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   
Marie – Hélène Clam
Ploumanac’h dessine un vrai décor de carte postale avec ces chaos rocheux aux noms calqués sur leurs formes-la bouteille renversée, le sorcier, la coquille Saint-Jacques – que l’on croise sur le chemin des douaniers qui conduit au phare de Mean Ruz (la pierre rouge). Ces rochers de la côte de Granit Rose, les plus anciens de France (300millions d’années) enserrent la plage de Saint-Guirec. Depuis la chapelle en surplomb, l’œil embrasse l’anse au sable blanc avec, en son centre, l’oratoire abritant la statue du saint du même nom et, à l’extrême gauche, l’étonnant château néo médiéval de Costaérès (1896) qui évoque un décor de cinéma. Henryk Sienkiewicz y écrivit son roman »Quo Vadis », Léo Ferré y séjourna. Il appartient aujourd’hui au comédien allemand Dieter Hallervorden.    

Un saint qui a du nez
C’est sur cette même plage que, selon la légende, accosta, au VIIᵉ siècle, dans une auge en pierre, le moine gallois Guirec, venu de sa Bretagne natale-la Grande-Bretagne actuelle-pour évangéliser ce pays de sauvages qu’était alors le Trégor. Il y réussit si bien que Perros-Guirec, commune à laquelle est rattaché Ploumanac’h, est connue au-delà des mers. À Poull Manac’h (la mare du moine), son heure de gloire démarre au XIIᵉ siècle avec l’oratoire où s’installe plus tard sa statue de bois. Les jeunes filles qui réussissaient à planter une aiguille dans son nez étaient assurées de se marier dans l’année. Inutile de dire que l’appendice du saint homme connut une fin-sinon un raccourcissement-fatale. En 1904, la statue fut remplacée par une copie en granit. Las, trente ans plus tard, elle perdait mystérieusement ses deux bras, et aujourd’hui, le nez en granit est lui aussi bien picoré.
Ce qui n empêche pas les touristes de venir en nombre admirer et l’oratoire et le panorama, surtout depuis que Ploumanac’h-ploum’ pour les intimes-a acquis le titre convoité de « Village préféré des Français », en 2015. Rappelons que la toute première association loi 1901 créée en France (en 1901 donc !) était le Syndicat artistique de la protection des sites pittoresques de Ploumanac’h. Déjà incontournable !
⧨  Le saviez-vous ?
La côte de Granit Rose (Aod ar Vein Ruz en breton, « « côte des pierres rouges ») est une particularité géologique qui s’étend sur seulement 10km entre Perros-Guirec, Trégastel, Pleumeur-Bodou et Trébeurden. Il n’existe que trois côtes de granit rose au monde : en Corse, en Chine et celle du Trégor. L’association la Côte de Granit Rose respect et protection espère obtenir la reconnaissance du site au patrimoine mondial de L’Unesco.    
     
La plage de Saint – Guirec en 1952. En son centre, l’oratoire abritant la statue du saint. Le Doaré – Archives – Châteaulin
E 2019, les rochers de granit rose encadrent la petite plage. Photo Nicolas Creach

Rue de Siam. L’âme de Brest

        Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Steven Le Roy

« Cette rue de Siam dont il ne reste rien. » Un vers qui sonne comme une messe pour ce Brest évanoui dans la guerre, les pas de Barbara, et dans le cri de Prévert. Un Brest qui va anoblir pourtant cette rue dans les crayons et les plans de Jean-Baptiste Mathon, architecte de la reconstruction, qui imagine cette voie que l’on dit coudée, avant la pluie de fer, en artère rectiligne, de l’improbable hôtel de ville à la promesse de la mer qui forme l’horizon. Qui imagine en faire la rue principale de la ville sortie de sa nouvelle chrysalide et de ses plaies incurables qui ont assassiné le vieux Brest.  Seule la flèche du monument aux morts de la ville, plantée en sentinelle sur le haut de la rue comme nécessaire souvenir aux sacrifiés, empêche aujourd’hui de voir totalement ce corridor comme une autoroute en pente vers le voyage en mer, une fois le phare du Minou, qui veille dans le lointain, dépassé.  

La belle endormie

La rue de Siam a longtemps fait office de lieu que l’on dit chic. Il fallait voir, il n’y a pas si longtemps, l’apprêt des Brestois et des Brestoises lorsqu’ils descendaient à Siam. S’y trouvaient les boutiques un peu luxueuses, les noms un peu cosy, les quelques fortunes locales. Un sentiment renforcé dans la lutte involontaire menée contre Jaurès, la populaire, l’industrieuse, celle qui accueilli les complexes commerciaux du centre –ville entre les années 80 et  le nouveau millénaire, et qui formait, avec elle, ce centre-ville en long. Long comme deux rues séparées par une place carrée. L’avènement du plateau des Capucins, l’essor du port de commerce et la relative somnolence de Siam a rebattu les cartes de la géographie centrale de Brest depuis une grosse poignée d’années. Aujourd’hui, Siam a quelque chose de belle endormie que secouent un peu les bistrots de son bas, surtout quand le soleil autorise les terrasses à donner  le rythme, en attendant que la rénovation des toutes proches halles Saint-Louis poursuive le réveil. Mais elle reste Siam,  ce nom fantasmé au-delà des frontières du Ponant, où les fontaines alors décriées de Marta pan apportent l’eau au minéral. Siam, dont il reste encore quelque chose.        

 Le saviez-vous ?

La rue de Siam doit son nom à la visite de trois ambassadeurs du roi de Siam en 1686, qui débarquèrent à Brest pour se rendre à Versailles, auprès de Louis XIV. Auparavant nommée rue Saint-Pierre, il est dit que cette visite fut tellement marquante que les Brestois rebaptisèrent rapidement l’artère.

Après la guerre, la rue de Siam devient une des artères centrales de la ville. Archive Le Doaré-Châteaulin
La rue de Siam en 2019 Photo Claude Prigent

Belle-île-en-Mer. Les couleurs du port de Sauzon


Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   





<
Soizick Boulch avec Gwen Rastoll

Situé au nord-ouest de l’île, à 7km de Palais, le port de pêche et de plaisance de Sauzon offre un paysage de carte postale, avec ses bateaux et ses maisons aux couleurs vives qui encadrent l’église Saint-Nicolas, saint patron de la Russie, mais aussi des marins, et des petits enfants. Sauzon a une longue histoire, marquée au XIᵉ siècle par l’arrivée des moines bénédictins. Le bourg devient alors un prieuré de cure. L’église, construite en 1894 et rénovée en 2003, abrite notamment des ex-voto, fidèles maquette de navires.

Le port, protégé des vents dominants, fut pendant deux siècles le siège des pillards saxons, avant qu’ils n’en soient chassés au Vᵉ siècle. Le port subit par la suite l’invasion des Hollandais en 1674, puis des Anglais en 1761.

De Louis Philippe à Sarah Bernhardt

En 1883, le port connaît un nouvel aménagement grâce au crédit du roi Louis Philippe. Les nombreux naufrages dans les parages de la pointe des Poulains, notamment en 1886, émeuvent la population. Mais il faut attendre 1908 pour que le port soit équipé une station de sauvetage grâce au don important de Mme Léon Bret. Le bâtiment avec sa rampe est toujours visible sur la rive droite de la ria.

À partir de 1843, trois conserveries de poissons, dont celle des Amieux Frères, s’installent face au port qui connaît alors un fort développement urbain et voit la construction ou la rénovation des maisons situées le long du quai, caractérisées par leur structure à deux étages, voire plus, leur petit balcon et les couleurs des volets qui ponctuent les murs blanchis.

L’économie touristique, qui a aujourd’hui supplanté l’activité maritime, s’organise depuis la fin du XIXᵉ siècle, portée par la présence de nombreuses célébrités, dont la grande Sarah Bernhardt qui possédait une vaste propriété à la pointe des Poulains, ou François Mitterrand, qui déambulait, sans être importuné, le long des quais de Sauzon.

Le port de Sauzon en 1955. Archives Le Doaré-Châteaulin

Les maisons de couleurs vivent offrent un paysage de carte postale

Photo Soizick Boulch

⧨  Le saviez-vous ?

⧨  Le saviez-vous ?

Sauzon, commune du canton de Belle-Île depuis 1790, second port de L’île après le Palais, est rebaptisé en 1841 « Port Philippe » avant de retrouver son nom actuel vers 1894. Sauzon vient du breton « Saozon », forme pluriel de Sauz (en dialecte vannetais) ou de « saoz », (en dialecte cornouaillais) qui signifie : « Saxon », En effet, dès la fin de l’IIIᵉ siècle, les pirates saxons firent de Sauzon une base opérationnelle.

Térénez. Des ponts d’exception

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   


René Pérez

Térénez. Des ponts d’exception

La France est une nation majeure dans les ouvrages de génie civil, et Térénez en constitue une étonnante vitrine. En 80 ans, trois ponts remarquables ont été construits à cette entrée nord de la presqu’île de Crozon et l’actuel, achevé par Vinci en 2011, a même un temps détenu un record du monde de portance en courbe pour un pont à haubans. 285 mètres sans le moindre pilier de support dans l’eau, lui donnant un profil aérien qui attire la curiosité de nombreux visiteurs.  

Dynamité pendant la guerre

Pendant des siècles, ce fut un simple bac qui assura le passage (Trez en breton, d’où Térénez), à l’ombre de l’abbaye de Landévennec. Ici, dès l’IXᵉ siècle, des moines se sont installés entre rivière paisible et forêts giboyeuses, site aujourd’hui préservé et parmi les plus admirables de Bretagne. En 1913 vint l’heure de construire le premier pont. La guerre interrompt l’ouvrage qui ne sera achevé qu’en 1925. Avec ses deux piles impressionnantes, hautes comme des phares, il est alors le plus long pont suspendu d’Europe.

Mais la Seconde guerre mondiale lui sera fatale. Pour stopper l’avancée des Américains vers la presqu’île, les Allemands le dynamitent en 1944. Le bac reprend du service jusqu’à l’achèvement du nouveau pont, en 1952, construit avec des matériaux de fortune dans cet après – guerre nécessiteux. La conséquence cinglera  quarante ans plus tard : l’ouvrage est victime de l’alcali réaction, le cancer du béton.

Un ouvrage à haubans majestueux

Le conseil général du Finistère fait alors un choix audacieux. Pour une bonne intégration dans ce site protégé et pour en finir avec les descentes étroites et dangereuses menant aux deux ponts précédents, il opte pour un ouvrage à haubans en courbe. Le résultat est majestueux. Mais même les puissants ordinateurs eurent la migraine, tant il fallut réaliser des milliards d’opérations, au fil des travaux, pour une réalisation aussi complexe, aujourd’hui œuvre d’art contemporaine, dans un site que les moines, dès le IXᵉ siècle, avaient trouvé hors du commun.

     Le saviez-vous 

Pendant des siècles, c’est aux moines de Landévennec que furent concédés les droits de passage à Térénez. Des passeurs assuraient pour eux le service sur des embarcations sommaires. Les moines se faisaient payer en sols et en barriques d’huîtres.  

Le premier pont de Térénez, ici en 1938, était à l’époque plus long pont suspendu d’Europe. Archives Le Doaré – Châteaulin

L’actuel pont, achevé en 2011, a détenu un record du monde de portance en courbe pour un pont à haubans Photo Claude Prigent