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Brest d’ hier et d’aujourd’hui. David Cormier. Le Télégramme de Brest

Rive gauche de Brest: perspective de la rue de Siam et de la rue Louis-Pasteur, des Brestois et le tramway empruntant le pont national ou grand pont. 1919
Editions LL (Paris), collection Archives de Brest.

Une descente par des murs de soutènement que l’on voit déjà très  bien sur ce vieux cliché.   

Le bas de Siam a tant changé

Le bas de la rue de Siam pont de Recouvrance n’ont pas toujours eu leur aspect actuel.

La carte postale date de 1919 et il est précisé, aux Archives de Brest, qu’elle est écrite en espagnol. L’image est prise depuis Recouvrance, en hauteur, à l’entrée de ce qu’on désignait comme « le Grand pont » et montre les anciennes rues de Siam et pasteur.

Brest Le Grand Pont

Brest -Place Etienne Dolet et rue Louis Pasteur

C’était le temps des grandes publicités sur les pignons. La rue de Siam était bien étriquée par rapport à celle que nous connaissons aujourd’hui.

Publicité sur la maison

Et le tramway y passe à nouveau, depuis huit ans.

La rue de Siam Le tramway y passe

Il reste de vieux bâtiments à Recouvrance. En face, tout a changé ou presque. Seul le château, immuable, reste planté là comme jadis.  


Le château de Brest, l’un des plus importants sites fortifiés de Bretagne, présente la particularité d’avoir conservé, tout au long des 1 700 ans de son histoire, sa vocation originelle : celle d’une forteresse sans cesse adaptée à l’évolution de l’art de la guerre.
Textes et clichés Didier Faure.

« Le Quartier des sept-Saints (au centre de Brest, autour de l’église du même nom, qui a disparu) a été détruit entre 1865 et 1900, environ, pour donner accès au quai, par la descente », explique l’historien brestois Olivier Polard.

Quartier  (détruit) puis boulevard de la Marine, Sept-Saints, Quartier intra-muros de la rive gauche (Brest) – Vue du quartier des Sept-Saints à Brest en 1895 : maison au 31 rue Monge acquise par la ville en 1880, détruit en 1897 (propriété Le Moal). Rue neuve des Sept-Saints, entrée de l’école des Frères. Poste de Police. Hôtel garni. Archives municipales et communautaires Brest Métropole Océane


Scène de racolage à recouvrance (Tous droits réservés Archives de Brest).

L’ancien quartier chaud

« Un boulevard Thiers a été créé, devenu Jean-Moulin », jusqu’à la récente station du téléphérique et boulevard des Français-Libres.  « On voit l’ancienne Grand-Rue, la porte Tourville, tous les bars des matelots, le quartier chaud », celui de la prostitution. « À l’emplacement du timbre, il devait y avoir la Banque de France ».      

Ancienne Banque de France (Dessous le timbre). Photo du Haut.

Pour la vue contemporaine, il était difficile de se positionner de façon à retrouver à peu près la même perspective : le pont de Recouvrance en cache une bonne partie et il aurait fallu se retrouver à mi-hauteur. Nous avons préféré retrouver une photo prise l’an dernier du haut du pont (lui-même déjà bien connu), lieu d’ordinaire inaccessible mais qu’on nous a ouvert pour une double page sur les points de vue surélevés de Brest.   

Les rues de Siam et Louis Pasteur vus depuis le haut du pont de Recouvrance. Photo David Cormier

Le pont tournant puis levant : summums de modernité

« Le quartier a été considérablement modifié dans les années 1850, 1860 », commence l’historien brestois Yves Coativy. « On a abandonné la traversée en bac pour un pont impérial tournant, qui permette de faire passer les bateaux.  Recouvrance était resté un peu dans son jus, avec des maisons de pêcheurs, mais on a abattu des immeubles, fait de nouvelles routes. Et donc ce nouveau pont à côté de la tour Tanguy. Là où il y a maintenant le pont de Recouvrance. On voit d’ailleurs, surtout côté Recouvrance des traces de l’ancien pont.  Les Allemands l’ont pétardé en 1944 pour bloquer les Américains ». C’était côté ouest, tandis qu’une bombe américaine a détruit l’ouvrage côté Brest. Celui qu’on appelait alors pont National ou Grand pont. L’option choisie pour la reconstruction a été celle du pont levant, et non plus tournant. « Ce sont des ouvrages d’art remarquables, souvent cités à leur époque en exemple de modernité au niveau  national voire international », poursuit l’historien. « C’était unique au monde, un prodige. Le top de la modernité », embraie Olivier Polard. « En quinze minutes, il était ouvert, grâce aux vétérans de la Marine et à un système de manivelles. Les Brestois en étaient très fiers ». Il a notamment été présenté à l’exposition universelle de Bruxelles en 1958.  

Un pont qui épouse l’histoire de la ville

Le pont à l’entrée de la Penfeld, emblème de Brest, dont il a épousé les soubresauts depuis un siècle et demi, a vu se succéder plusieurs versions, pour relier ce qui était au début deux villes, Brest et Recouvrance. Les habitants de cette dernière ont pétitionné, en 1836, pour qu’un ouvrage d’art leur permette de traverser .Inauguré le 23 juin 1861, le premier baptisé pont National, a vite été appelé le Grand pont par la population. Il faut dire que, par rapport aux passerelles ou au pont Gueydon (1856) flottant qui traversaient la Penfeld, il faisait de l’effet (lire ci contre).


Auteur de l’illustration
Pont Gueydon
Archives municipales et communautaires Brest Métropole Océane (reproduction)

Auteur du document reproduit
Inconnu


Reconstruit après la guerre, inaugurée en juillet 1954, le pont de Recouvrance a vu son tablier remplacé en 2011 en vue du passage du tramway. Ajourée, sa nouvelle balustrade chante, dit on, sous l’effet du vent. Il inspire peintres et photographes et ses abords ont été réaménagés, habillés d’une œuvre d’art de chaque côté : l’arbre empathique qui tarde encore à s’habiller de vert (et que d’aucuns ont projeté d’abattre)

l’arbre empathique qui tarde encore à s’habiller de vert (et que d’aucuns ont projeté d’abattre)

Et la statue en bronze de Fanny de Laninon et Jean Quéméneur,  personnages de deux chansons emblématiques de la ville.


Et la statue en bronze de Fanny de Laninon et Jean Quéméneur 

Brest d’ hier et d’aujourd’hui. David Cormier. Le Télégramme de Brest

Le bâtiment de la gare « Ouest-État » de Brest construit selon les instructions du Génie est édifié en briques et en bois et inauguré en 1865.

Gare-Ouest État à Brest en 1867. Source du document Gilles Cardinal

La « gare du chemin de fer d’État à Brest ». Albumine, entre 1890 et 1900, d’auteur inconnu. Collection des Archives de Brest

La gare de Brest vers 1890 et 1900
Il ne mettait pas trois heures mais près de 17 pour rallier Brest à la capitale. Le train est arrivé en 1865 dans une grande gare.
Brest d’Hier et d’aujourd’hui
David Cormier
L’actuelle gare de Brest épouse le mouvement art déco en vogue à l’époque de son érection (les années 1930), y compris dans la cité du Ponant, qui en garde de nombreux témoignages. Mais la première gare de l’histoire de la ville, quand le train est arrivé à la pointe bretonne, semblait plus impressionnante, hymne à la révolution industrielle mais non dénuée de charme. On s’y promenait volontiers, sous les ombrelles. L’époque n’était pas encore au teint hâlé chez ces dames.
« Cette photo date de la fin du XIXe siècle.
On aperçoit, derrière la gare, le (récent boulevard Gambetta, sans immeubles », détaille l’historien brestois Olivier Polard. « Elle était grande, en briques. Elle a été détruite juste avant la Deuxième Guerre mondiale, pour la moderniser. C’est dommage, elle était belle ! ». Une grande verrière centrale en imposait. « Il y avait aussi, déjà, à côté, une gare routière, pour les calèches et les diligences. Puis les autocars, après la Première Guerre mondiale. Brest était relié à Paris, c’était super – important… »     

Refaire le haut du bas-relief ?
La nouvelle version, en béton, a très vite été mise à rude épreuve. « Le plus étonnant, c’est que lors du siège et des bombardements, les monuments récents sont passés au travers. L’hôpital Morvan aussi, par exemple », ajoute Yves Coativy, historien brestois également. « Mais le bas-relief en granit rose a perdu sa partie haute », souligne – t’il. « Ce serait sympa de la refaire », reprend Olivier polard, « ou au moins de peindre la partie manquante ». L’édifice a été refait à l’identique (à cette fresque près, donc), après la fin du conflit. L’endroit évolue encore doucement, avec un projet de restaurant gastronomique retardé par le confinement. Il proposera une vue imprenable sur la rade de Brest.    
 
Une inauguration en grande pompe
La gare de Brest a été inaugurée le 25 avril 1865. En grande pompe ! « Ce jour-là, à cinq heures vingt du soir, deux locomotives parées de fleurs et de guirlandes
emmenaient en gare de Brest le train officiel dans lequel avait pris place M. Béhic, ministre des Travaux publics, revêtu de son grand costume », écrivait Louis Delourmel, bibliothécaire, archiviste honoraire de la Ville de Brest, dans son ouvrage « Le Vieux Brest à travers ses rues », aux éditions de Bretagne, en 1946. Le ministre a estimé, dans son discours, que « la nature a tout fait pour Brest. Relégué naguère à l’une des extrémités les moins fréquentées de la France, voici Brest devenu tout à coup la tête de ligne et la gare maritime des deux plus grandes voies du transit internationales, “ Syphons“ immenses qui vont plonger directement au nord, au sud, à l’est, dans les principaux réservoirs de la consommation et de la production en Europe ».

Le bond dans la modernité
« Le curé archiprêtre de Saint – Louis a béni leur union avec l’océan », poétisait un reporter sur place, avant une retraite aux flambeaux accompagnant un grand banquet, en présence des ministres des États – Unis, de Suisse et de Siam, sans oublier les consuls généraux de Prusse, d’Angleterre et d’Autriche. Les festivités ont duré trois jours, avec notamment la visite de vaisseaux de la marine, des promenades en rade, un feu d’artifice.  

Deux locomotives parées de fleurs et de guirlandes
emmenaient en gare de Brest le train officiel

17. En heures, le temps de trajet pour faire un Brest – Paris en train en 1865. Bien plus rapide que les 53 heures qu’il fallait effectuer pour rejoindre les deux villes en malle-poste, ancienne voiture postale hippomobile qui embarquait parfois quelques voyageurs. 

la malle poste

Brest la gare

Gare de Brest détruite

Une-nouvelle-gare-a-ete-construite-a-la-fin-des-annees-30

Brest d’ hier et d’aujourd’hui. David Cormier. Le Télégramme de Brest

Le pont transbordeur et le croiseur « Marseillaise », vue d’une partie des bâtiments de l’arsenal dans l’enceinte du port militaire, 1909-1944. (Archives municipales de Brest)

Le Pont Transbordeur et le croiseur « Marseillaise »

Du Transbordeur au pont de l’Harteloire

La photo ci-dessus, jaunie à souhait, date d’environ 1910, juste après l’installation du pont transbordeur. Cet ouvrage d’art représente une des fiertés industrielles du Brest de l’époque (bien qu’il ait été construit à Bizerte, en Tunisie, alors protectorat français), avec le pont tournant

en aval. Le pont transbordeur était destiné à l’usage exclusif de l’armée. Il a péri par les armes en 1944, démoli définitivement trois ans plus tard. « On voit le plateau du Bouguen, au fond, l’énorme hangar et la construction de navires de guerre », note l’historien brestois Olivier Polard. «  Également les corderies, à droite, déjà inutilisées depuis la fin de la marine à voile. C’était tout près de l’hôpital militaire ». Et du bagne, rive gauche aussi, donc à droite sur les images prises de la pointe du plateau des capucins.   


Pont National (pont tournant Schneider et Compagnie Creusot) puis pont de Recouvrance (pont levant), la Penfeld (Brest) – Vue générale de l’arsenal de Brest après 1861 (date d’achèvement du pont) : le pont tournant ou Pont National. Il est constitué de deux volées tournantes qui permettent aux bateaux à haute mâture de remonter la Penfeld

624 mètres, la longueur du pont de l’Harteloire, dont la première pierre fut posée par Vincent Auriol, alors président de la République, en 1948. Il coûta à l’époque 335 millions de francs.

La Pose de la première pierre du Pont de l’Harteloire. Vincent Auriol Président de la République 1948. collection. Archives Municipales de Brest.

Le pont transbordeur

Le Pont Transbordeur
Le Pont Transbordeur
Le Pont Transbordeur

Le pont de l’Harteloire à la place et en recours

L’actuel pont de l’Harteloire se situe quasiment au même endroit. Le président de la République Vincent Auriol est venu en sceller la première pierre le 30 mai 1948, sur le plateau de Quéliverzan. Son prix a fait grand bruit : 335 millions de francs. Mais il venait remplacer l Grand pont, près de la tour Tanguy, détruit en septembre 1944.

Les personnes qui désiraient franchir la Penfeld ont, un temps, été contraintes… de la contourner par le Bouguen. Avant que le pont de Kervallon, réservé à l’armée lui aussi, soit provisoirement ouvert aux civils… aux heures d’ouverture de l’arsenal. La reconstruction d’un ouvrage d’art, le pont de Recouvrance, a permis de mieux relier les deux rives.

Pont de Recouvrance
Le pont de L’Harteloire collection Studio L Le Bigot Saint- Pierre Brest

Avec ses 624 m, le pont de l’Harteloire (dit parfois, à l’époque, « de l’hôpital ») est le plus long de Brest. Il a été largement restauré il y a un peu plus de deux ans.   

Le pont vu depuis les Capucins.
On ne peut pas tout à fait prendre la photo du même endroit : la jetée qui s’avance dans la Penfeld est fermée.

Vous avez dit Bizerte ?

Bizerte- L’amiral Duperré sous le Transbordeur

Un des plus célèbres ponts de l’histoire de Brest (qui en compte quand même quelques-uns) a, en fait, été construit à Bizerte (au nord de Tunis, dans l’empire colonial d’alors), de 1896 à 1898, pour remplacer l’incessant et un peu fastidieux service de bacs. Il a dû finalement être démonté au bout de …cinq ans : il fallait élargir le chenal, de 109 à 200 m, pour faciliter le passage des navires de guerre. Ballot ! En outre, les autorités se sont dit que l’ouvrage serait visible de trop loin, sur la Méditerranée, et conduirait trop facilement des navires ennemis sur la flotte française. Justement, comme un fait exprès, Brest avait, à cette époque, besoin d’un tel équipement  de 109 m. Pile la longueur du pont ! Vous avez dit Bizerte ? Il a donc été décidé de remonter dans la cité di Ponant, en 1909, le savant enchevêtrement d’acier de l’entreprise Arnodin, dans le style eiffélien propre à l’époque.

Le téléphérique l’a emporté sur un nouveau pont.

Le téléphérique entre les Capucins et la rue de Siam

Il y a dix ans, alors que se poursuivait la rénovation des Capucins, la municipalité a émis l’idée de relier ce futur quartier à la rive gauche par un pont, pourquoi pas transbordeur, réservé aux piétons, rollers et cyclistes. Il se serait levé pour laisser passer les navires sur la Penfeld, comme son voisin de Recouvrance et, autrefois, le grand transbordeur situé en amont. Au final, on l’a vu, c’est le projet d’un téléphérique qui a été retenu. Il    est devenu un autre symbole de Brest.

  

Brest d’hier et d’aujourd’hui

D’après le Télégramme de Brest

L’entrée du camp de « Ponty », à la fin de la première Guerre mondiale. Un peu au nord de l’actuel quartier de Pontanézen. Collection des Archives de Brest

Pontanézen : des camions militaires au tramway

Les camions américains stationnés dans le parc automobile du camp de Pontanézen (Archives municipales de Brest)

David Cormier

« C’était il y a un siècle, il y a une éternité », chanterait le Franco-américain Joe Dassin. On imagine assez mal aujourd’hui l’impact sur Brest et ses enivrons de la présence massive et soudaine des soldats américains, deux ans durant, de la fin 1917 à décembre 1919.

Des dizaines de baraques au bas mot

Il faut se figurer ces bateaux bondés de jeunes hommes ne parlant français, encore moins breton, venus prêter main-forte aux troupes européennes dans ce premier conflit mondial qui s’enlisait. Ces dizaines de baraques, au bas mot, construites à la va-vite à lambé, le fameux camp de Pontanézen. «  En fait, cela se trouvait un peu au-dessus de l’actuel quartier de Pontanézen, où l’on trouve les immeubles, plutôt sur la route de Gouesnou », précise Olivier Polard, historien. Là où se sont dressés un Hôpital puis un camp de Napoléon (où étaient enfermés des Noirs venus des Antilles pour ne pas qu’ils se mélangent à la population) devenu caserne à l’inconfort notoire, et un champ de manœuvres.

Entre L’Hermitage et Kergaradec

Aujourd’hui, on y trouve le quartier Buquet de la gendarmerie, l’école d’ingénieurs Ensta, la maison d’arrêt et la zone économique de l’Hermitage, en développement. Le tramway monte vers Gouesnou, à peu près à l’endroit où se trouvait l’entrée du camp.

De nos jours, la montée du tramway sur la route de Gouesnou se trouve à peu près sur le bord est de l’ancien camp militaire américain.

« Broadway Boulevard » ou le « Boulevard du retour », disait –on à l’époque. Les deux étoiles du commandant Smedley D. Butler s’affichaient sur la porte, comme le 8 d’argent traversé d’une flèche, insigne de la 8e division, dite Pathfinder et l écusson du camp, avec ses caillebotis essentiels à son bon fonctionnement, pour dompter la boue. Côté intérieur était écrit, au lieu de « Welcomme » (bienvenue), « América go speed » (Amérique va vite »).              

638 structures provisoires, des centaines de milliers de soldats

Camp de Pontanézen

Des dizaines de milliers de « doughboys » (soldats américains) ont débarqué dans le port de Brest en quelques mois. Rien qu’en juillet et août 1918, il y en a eu plus de 200 000, se relayant jusqu’à dépasser les 110 000 en même temps sur le site, soit les populations de Brest et Lambézellec réunies. Sur  687 ha, en quatre mois, ce sont dressées 638 structurés, dont « 48 quartiers des officiers, 48 salles de mess, quatorze grandes cuisines, quatre foyers, 125 latrines et des locaux religieux », selon le passionné d’histoire Marcel Hervé, notamment dans les cahiers de l’Iroise 225, en 2017.     

Inspection du général américain Pershing: vue du rassemblement des soldats sur les quais du port de commerce de Brest (Archives municipales de Brest)
Le Far West aux portes de Brest

1,2 million d’entrée au cinéma en mars 1919

Le rituel, pour les « Sammies », leur autre surnom, était le suivant : douche, badigeonnage, douche à nouveau pour une bonne désinfection, au   rythme de 4 000 à l’heure. Puis remise de l’uniforme. Jusqu’à 7500 repas pouvaient être servis à l’heure. Il fallait aussi occuper les soldats, pour les dissuader de trop traîner en ville. Un auditorium de 3000 places, douze foyers YMCA (les fameux Youg Men’s Christian Association-genre d’auberges de la jeunesse- chantés plus tard par les Villages People), onze de la Croix-Rouge. Le cinéma aurait cumulé en mars 1919 environ 1,2 million d’entrées ! Autre époque…  

Cinéma théâtre

 La population locale passe de l’espoir au rejet

Passés l ‘exotisme, le modernisme (les premières notes de jazz en Europe), l’espoir de victoire surtout et, localement et prosaïquement, le débouché commercial amenés par ces troupes américaines, la population locale a commencé à déchanter, jusqu’à réclamer leur départ L’arrivée par bateaux, courant 1918, de la ravageuse grippe dite « espagnole »,

causant la mort de milliers de soldats et de Bretons, a sans doute constitué un tournant. La hausse des prix induite par cette nouvelle population,  les méfaits de l’alcool, le développement de la prostitution et des violences, le fait que d’aucuns s’affichent en ville avec de jeunes Brestoises, munis de signes extérieurs de relative richesse, le développement de bars clandestins à Lambé, Gouesnou et Guipavas pour ce que l’on n’appelait sans doute pas encore des « after », après l’extinction des feux à 23 h, ont posé problème. À  noter que la communauté chinoise (un millier de personnes ?) mise à disposition des soldats américains, à dû plier bagage également, et rentrer au pays.

La Grippe Espagnole
la grippe Espagnole
Grippe espagnole, cimetière de Pen-Ar Vally (Lambézellec)

1917 est une année charnière dans la guerre de 1914-1918, notamment grâce à l’entrée en guerre des Etats-Unis. Le débarquement à Brest, et la vie autour de Brest des soldats américains arrivés en 1917 et 1918. Avec l’histoire de la musique (l’arrivée du jazz, et le lien entre cette musique et le développement de l’industrie du disque).

L’arrivée du Jazz
On considère que plus d’un millier de musiciens noirs ont joué en France durant 1918 et 1919 dans ces orchestres militaires. Ceux-ci jouaient à peu près tous le même répertoire, qui comprenaient de la musique classique européenne, de la musique « légère » américaine, de la musique militaire, de compositions de ragtime, quelques morceaux que l’Original Dixieland Jazz Band avait enregistrés en février 1917 à New York, et de la musique du Sud des Etats-Unis (spirituals et plantation mélodies).


l’arrivée du jazz, et le lien entre cette musique et le développement de l’industrie du disque.

Famille Hendrycks. Hendrycks (rue Arthur) Quartier Du Bouguen

En 1979, la municipalité décide d’honorer un Brestois d’adoption qui a été à plusieurs titres un honneur pour la ville. Arthur Hendrycks naît en 1891 en Belgique, où son père est rémouleur et parcourt les rues des bourgs, poussant sa charrette pour affûter les couteaux.

  
 

Un jour, ce même père par à pieds avec sa famille pour chercher fortune. Ils marchent en direction de l’ouest et parcourent en quelques semaines les 1 200 kilomètres qui les amènent à Brest. Arthur a 13 ans. Il assiste déjà son père, notamment pour appuyer sur les pédales et faire tourner la meule. En 1911, « Tutur » (surnom amical) a 20 ans et, bien que devenu « Ti zef » (brestois en langage populaire), il est toujours belge. Il doit reprendre le chemin de son pays pour effectuer son service militaire. Le premier conflit mondial  éclatant, c’est sous l’uniforme  belge qu’il enchaîne la Grande Guerre. En mars 1917, il se marie avec une Française, Marie Weiss.

Marie Weiss

Le 19 avril 1919, il est démobilisé. Il est maréchal des logis. Mais lorsqu’on a vécu à Brest, on a envie d’y revenir. C’est donc ce que fait « Tutur Hendrycks » dès sa libération. Employant sa prime à l’achat de matériel, il reprend son métier de rémouleur entre Saint – Pierre et Saint – Marc. Puis très vite, il va avoir un coup de foudre. Comme d’autres peuvent découvrir le pôle Nord, lui découvre le vélo.

Quartier du Bouguen. Photo collection Famille Hendrycks, avril 1954, devant la baraque de ma tante Mme Le Gall Robert, baraque A 6 Bis Bouguen Nord Est, le jour du circuit du Bouguen, avril 1954. Le circuit le 25 avril 1954, avec pour vainqueurs, 1er Mel Francis, 2er Hamon, 3er Kermarrec R.

Ayant acquis une bicyclette rutilante, il participe en 1920 à sa première course. À près de 30 ans, sans jamais s’être entraîné, il termine troisième. Son destin de cycliste est en route. En 1924, il a déjà gagné plus de 200 courses dans tout l’Ouest. C’est la consécration. Il va disputer le Tour de France dans la catégorie des touristes routiers.

Pourquoi l’article sur la Famille Hendrycks, ayant habité, quartier Du Bouguen, cette Famille des baraques,   glorifie, aussi le peuple des quartiers des logements provisoires. Respect à vous et à vos anciens.      

Tour de France 1926.


Tour de France 1926.

Malheureusement, souffrant des chevilles, il doit abandonner lors de l’étape Brest/Les Sables d’Olonne. L’année suivante lui sourira davantage. Il se classe vingt – deuxième de la grande boucle, qui est alors une véritable odyssée. Il subit 72 crevaisons. Les dérailleurs n’existent pas. Pour des étapes de 450 kilomètres, on part à 2 heures du matin pour arriver à 8 heures du soir. E tant que coureur indépendant, Hendrycks doit s’occuper  de tout : sa nourriture, son couchage à l’étape, les pièces de rechange, etc. (Que feraient nos sportifs d’aujourd’hui ?) Il prend encore le départ du Tour de 1926, mais victime d’une chute collective et blessé, désespéré, il ne pourra terminer. Il a maintenant 35 ans, et il faut penser à l’avenir. Pour entrer à l’arsenal, il se tait naturaliser français. Il y sera riveur pneumatique jusqu’en 1942,

date à laquelle il prend sa retraite. En parallèle, il anime des courses locales au vélodrome de Kerabecam.

Il en deviendra la coqueluche jusqu’à sa fermeture en 1936. Ne pouvant rester inactif, il reprend son métier de rémouleur, mais les bombardements détruisent son matériel. Il en faut plus pour le décourager. Il entre dans la défense passive et aura une activité de propagandiste résistant. Il s’occupe également de l’hébergement de résistants en mission. Il fait ainsi son devoir et même un peu plus. Le ministre de l’Intérieur lui adressera personnellement sa gratitude. Après la guerre, on le retrouve de nouveau rémouleur, et en 1946, « Tutur » se motorise. Il achète une 301 qu’il modifie en atelier.

La Peugeot, 301.

Il parcourt encore longtemps les routes du Finistère avant de disparaître à Brest en 1977.      

Article Gérard Cissé Brest au coin des rues, (Petites histoires des quartiers Brestois).  

  

Arthur Hendrycks

Les tours de France d’Arthur HENDRYCKS
D’après le site http://www.memoire-du-cyclisme.net
1924
Engagé dans la catégorie  » Touristes routiers  » avec le dossard n °266 sous la nationalité Belge (naturalisé français le 11/11/1925).
Les étapes du 22/06/1924 au 20/07/1924
1. Paris-Le Havre, 381 km, 73ème à 1h 17mn 4s
2. Le Havre-Cherbourg, 371 km, 77ème à 1h 27mn 21s
3. Cherbourg-Brest, 405 km, 63ème à 1h 03mn 55s
4. Brest-Les Sables d’Olonne, 412 km, non classé, au-delà du 97ème rang ou abandonne…
5. Les Sables d’Olonne-Bayonne, 482 km.
6. Bayonne-Luchon, 326 km.
7. Luchon-Perpignan, 323 km.
8. Perpignan-Toulon, 427 km.
9. Toulon-Nice, 280 km.
10. Nice-Briançon, 275 km.
11. Briançon-Gex, 307 km.
12. Gex-Strasbourg, 360 km.
13. Strasbourg-Metz, 300 km.
14. Metz-Dunkerque, 433 km.
15. Dunkerque-Paris, 343 km.
1925
Engagé dans la catégorie  » Touristes routiers  » avec le dossard n °142 sous la nationalité Belge (naturalisé français le 11/11/1925).
Les étapes du 21/06/1925 au 19/07/1925
1. Paris-Le Havre, 340 km, classé 83ème à 2h 07mn 02s
2. Le Havre-Cherbourg, 371 km, classé 88ème à 2h 04mn
3. Cherbourg-Brest, 405 km, classé 69ème à 2h 08mn 05s
4. Brest-Vannes, 208 km, classé 56ème à 56mn 52s
5. Vannes-Les Sables d’Olonne, 204 km, classé 64ème à 19mn 25s
6. Les Sables d’Olonne-Bordeaux, 293 km, classé 64ème à 24mn 02s
7. Bordeaux-Bayonne, 189 km, classé 61ème à 43mn 55s
8. Bayonne-Luchon, 326 km, classé 59ème à 4h 32mn 54s
9. Luchon-Perpignan, 323 km, classé 52ème à 3h 17mn 06s
10. Perpignan-Nîmes, 215 km, classé 55ème à 46mn 29s
11. Nîmes-Toulon, 215 km, classé 40ème à 51mn 26s
12. Toulon-Nice, 280 km, classé 48ème à 1h 11mn 05s
13. Nice-Briançon, 275 km, classé 51ème (et dernier) à 3h 29mn 37s
14. Briançon-Evian, 303 km, classé 48ème à 2h 31mn 26s
15. Evian-Mulhouse, 373 km, classé 49ème à 2h 17mn 15s
16. Mulhouse-Metz, 334 km, classé 44ème à 1h 02mn 31s
17. Metz-Dunkerque, 433 km, classé 39ème 1h 52mn 35s
18. Dunkerque-Paris, 343 km, classé 43ème à 46mn 53s
Finalement :
 » 130 partants
 » 49 classés
 » Arthur Hendrycks est 47ème à 30h 26mn 16s, après 5430 km à la moyenne de 24,775 km/h pour le vainqueur Ottavio BOTTECCHIA en 219h 10mn 18s
1926
Engagé dans la catégorie  » Touristes routiers  » avec le dossard n °164 sous la nationalité française (naturalisé français le 11/11/1925).
Les étapes du 20/06 au 18/07/1926
1. Evian-Mulhouse, 373 km, 67ème à 2h 16mn 37s
2. Mulhouse-Metz, 334 km, 85ème à 1h 34mn 38s
3. Metz-Dunkerque, 433 km, 88ème à 3h 36mn 47s
4. Dunkerque-Le Havre, 361 km, non classé (abandon ?)
5. Le Havre-Cherbourg, 357 km
6. Cherbourg-Brest, 405 km
7. Brest-Les Sables d’Olonne, 412 km
8. Les Sables d’Olonne-Bordeaux, 285 km
9. Bordeaux-Bayonne, 189 km
10. Bayonne-Luchon, 323 km
11. Luchon-Perpignan, 323 km
12. Perpignan-Toulon, 427 km
13. Toulon-Nice, 280 km
14. Nice-Briançon, 275 km
15. Briançon-Evian, 303 km
16. Evian-Dijon, 321 km
17. Dijon-Paris, 341 km

C’est beau, c’est tendre, ça raconte des histoires d’hommes et de baraques. Celles de la reconstruction, de l’après-guerre. À Lorient, ça nous parle. Une expo à voir absolument à l’Hôtel Gabriel. Article Ouest France

Elisabeth Blanchet, photographe.

À L’Hôtel Gabriel, en immersion dans une baraque: Vanessa Hue, directrice adjointe du Patrimoine, Mickaël Sendras, président de Mémoire de Soye: Xavier Argotti, président de l’association Préfab; Elisabeth Blanchet, photographe; Bruno Blanchard, adjoint; Patricia Drenou, directrice du Patrimoine; Emmanuelle Williams adjointe Article ouest France avec les photos.

À Lorient, 2019, c’est l’année des baraques. Après l’inauguration, lors des Journées du patrimoine, d’une baraque reconstruite près des lavoirs du Rouho, voilà l’acte II. Une expo qui s’appelle Préfabuleux, à découvrir absolument à l’Hôtel Gabriel. Bien joli nom qui met autant l’homme que le bâti au cœur des photos.

« Elles étaient censées durer dix ans. Soixante-quinze ans après, elles sont des milliers encore habitées. » Elisabeth Blanchet a baladé son œil et son appareil photos au Royaume-Uni, – elle a résidé quinze ans à Londres -, et aux États-Unis. En quelque sorte, elle est devenue une « experte des baraques d’après-guerre », glisse-t-elle dans un large sourire. En 2014, elle a même créé un musée.

À ce jeu de passionnés, elle a trouvé un compère « dénicheur de baraques » dans la personne de Mickaël Sandra. 36 ans. La moitié de sa vie à présider Mémoires de Soye. Association bien connue, ici, dans le pays de Lorient, où le mot « baraques » a une place si particulière dans les cœurs de nombreuses familles.

« Comment j’habite ma maison »

Ces maisons si fragiles, « ce patrimoine mal connu, mal perçu », renvoient à l’heure où des villes étaient quasiment rayées de la carte, où des populations ont dû être évacuées. Et puis, quand sonne le retour, il a fallu « reconstruire. » Vite. Comme on pouvait. Dans ces baraques, – « on les appelle maisons de cartons au Havre » -, des solidarités se sont construites sur de la précarité. Oui, c’est de l’architecture (on est en plein dans la semaine), mais c’est aussi notre héritage.

Et c’est actuel. « Cela nous pose cette question : comment j’habite ma maison ? » Emmanuelle Williamson, adjointe à la culture, met en exergue que Lorient a joint le club Prismes des villes reconstruites (18 adhérentes). « L’idée est de partager avec les autres communes les problématiques d’architecture. » Cela interroge le vieillissement des bâtis, leurs isolations, l’accessibilité pour des populations de plus en plus âgées. Avec l’envie de « garder le cachet » propre à ces habitations. 

Outre l’implication de Xavier Argotti, président de l’association Préfab, l’exposition offre un tendre regard sur ces baraques d’ici et d’ailleurs. À travers des animations pour les enfants, des visites découvertes, le public pourra affiner ses connaissances. Et pour aller plus loin, une journée d’étude a lieu le 6 février sur les préfabriqués.

visite commentée de l’exposition, à l’Hôtel Gabriel, dans l’enclos du port. Entrée libre. Exposition visible jusqu’au 14 juin.

Baraques type UK 100, ville de Lorient
Un quartier de Baraques Lorient, source photos Archives Lorient, Télégramme, Ouest France
Lorient
Soye Baraque
Olivier et Georges, de Brest en visite à Lorient pour l’exposition.

Brest- La nouvelle gare

La nouvelle Gare de Brest. Le chemin de fer est arrivé à Brest en 1865 après la construction du viaduc de Morlaix. La première gare est inaugurée le 25 avril 1865. Le trajet pour Paris durait alors 18 heures. Le bâtiment voyageur actuel est construit en 1936 et 1937 par Urbain Cassan dans un style Art déco.

Brest- La nouvelle Gare. Source Photo Famille Le Goff.
Photo de la gare de Brest (Finistère) prise par Claxton Ray US Army en 1944.

 
La gare de Brest 2019.

Hommage aux fusillés du Bouguen

Jean Pierre Le Roi. Guilers. Rends un hommage pour les 75 ans de la libération, de la ville de Brest à des hommes qu’ils sont pour lui à juste raison des héros.

Les Souvenirs d’un Ancien du Bouguen un devoir de mémoire pour lui, jean Pierre le Roi.
Il y avait au Bouguen, une grande église une baraque en bois noir.

La grande église du Bouguen

Où s’installaient les cirques ambulants, avec leurs chevaux et roulottes. Sur cette même pelouse dans les années 50, nos parents étalaient des couvertures pour causer surveillant les enfants qui jouaient. Sans imaginer que sous leurs pieds, dans le sol, reposés des héros, des martyres, des inconnus pour le moment. En juin 1962 au moment de la construction de L’IUT, des ouvriers découvraient une fosse refermant de nombreux ossements.

Grâce à certains objets personnels trouvés parmi ces ossements, on arrivait à identifier les restes, grâce à leur alliance notamment, comme étant ceux des résistants Sainpolitains, mêlés à ceux de résistants brestois. C’est donc non loin d’ici, dans les douves de la prison du Bouguen dont les Allemands avaient pris possession dès l’été 1940 et où ils avaient dressé les poteaux d’exécution, que s’est achevé le combat de ces héros. Leurs corps furent ensuite enterrés pêle-mêle quelque part dans le champ de tir proche de la prison, là où nous nous trouvons.
Nous avons, nous association des Anciens du Bouguen, organisé une cérémonie, en hommage aux valeureux Martyres. Mis une plaque en bronze en hommage aux fusillés du Bouguen. Pour l’histoire cette plaque, volée par des personnes amorales. La stupidité humaine se trouve aussi là, dans cette action.


Nous possédions un dossier complet retrouvé dans des archives, retraçant cet épisode tragique, en toute confiance nous l’avions confié, à un étudiant de Saint Pol, pour son travail personnel, avec la promesse d’un retour. En guise de retour, nous n’avons rien vu revenir, comment ensuite faire confiance à d’autres personnes de bonne fois.

Selon Guy Caraes, c’est très probablement faute d’avoir pu constituer à temps un convoi susceptible de quitter Brest avant que les Américains n’y mettent le siège qu’un commandant allemand (non identifié à ce jour) a donné l’ordre de « liquider » les 52 prévenus de l’enclave de Pontaniou, arrêtés depuis la fin du mois de juin 1944 et, donc, en attente de jugement. Les 52 personnes seront toutes fusillées sans autre forme de procès au Bouguen. Parmi elles, les résistants brestois Viaron, Hily et Kervella, membres du corps franc “Défense de la France”.
Un habitant de la rue de Roubaix, évacué avec quelque irréductibles le 14 août 1944 apporte un témoignage vécu qui permet de préciser certains points du récit.
Les fusillés de 1944 : Fin 1943 ou début 1944, l’occupant, envisageant une possible attaque de la citadelle brestoise par voie de terre, décida de fermer, côté douve, par des murs de béton, les tunnels de la porte Castelnau et de l’abri côté Moulin à Poudre. Ceci au grand dam des usagers qui ne se sentaient plus en sécurité dans l’abri à une seule issue. Conséquence de cette décision : l’accès aux douves par la porte de Castelnau

La porte Castelnau
Nos anciens prisonniers

n’étant plus possible, les exécutions eurent lieu désormais dans le stand de tir, situé non loin de là, à l’intérieur des fortifications où furent dressés les poteaux d’exécution. Le père de ce témoin, alors chef de bureau à la Mairie, lui a confié que l’occupant exigeait la présence du Maire de Brest, Monsieur Euzen, à ces exécutions.

Plus de photos, et de souvenirs, sur le site nos souvenirs d’hier
En prolongement du présent article, la page « LE BOUGUEN Souvenirs ! »

Jean Pierre Le Roi

La prison du Bouguen





Châteauneuf-du-Faou. Le pont du Roy

      Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   
Jean-Noël Potin

Bâti en schiste et granite, le vieux pont de Châteauneuf-du-Faou, aussi appelé pont du Roy (ou pont de la Nation durant la révolution), enjambe, non sans élégance, l’Aulne canalisé. La rivière était sans doute moins apprivoisée à l’époque de sa construction, sous Louis XIII, vers 1638. L’ouvrage, qui tenait son nom du moulin du Roy situé non loin, a remplacé un gué datant de l’Antiquité, facilitant ainsi les déplacements en direction du Sud-Finistère. Quand le canal a été rendu  navigable à partir de 1836, la rivière a été élargie et le tablier du pont a été prolongé, côté sud. Parallèlement, l’ouvrage a été amputé de l’arche la plus au nord, en 1871, afin de permettre le passage des péniches. Un parapet en fer a remplacé celui d’origine, réalisé en maçonnerie. Signe distinctif du pont, ses six avant-becs, en forme d’éperon, destinées à protéger l’ouvrage du courant et contribuant grandement à son esthétique.   

Commerce florissant

Le canal de Nantes à Brest fut voie commerciale d’importance. « Autour du pont, toutes les maisons avaient des portes cochères car elles servaient d’entrepôt », Souligne Marie-José Duigou, présidente des Amis de Châteauneuf. On importait du vin, du maërl, de l’engrais, et on exportait du bois, des pommes de terre, et les ardoises de Saint-Goazec et Châteauneuf. Au bout du pont, côté sud, se dresse toujours la maison de Lisle, famille de négociants. La propriété fut par la suite rachetée par James de Kerjégu, propriétaire du domaine de Trévarez situé un peu plus au sud. Une façon peut-être de se ménager un accès au canal, par où allaient transiter les matériaux utiles à la construction du futur château à partir de 1847.

Une cale à proximité du pont a longtemps servi de lieu de baignade dont parlent encore les anciens. Une vocation aujourd’hui reprise par la base nautique située de l’autre côté du nouveau pont, parallèle à l’ancien. Sa construction a débuté en 1928. C’est dans ce cadre vert et fleuri en bordure de l’Aulne qu’une guinguette s’est nichée et que se tient chaque année le fameux Fest Jazz.

 Le saviez-vous ?

Le peintre Paul Sérusier, qui a beaucoup vécu à Châteauneuf à partir de 1893, est tombé sous le charme du pont de Roy et de ses abords. En 1894, il avait campé l’édifice dans son tableau « Le pardon de Notre-Dame des Portes à Châteauneuf-du-Faou », Aujourd’hui exposé au musée des beaux Arts à Quimper.  

Le pont du Roy a été construit au XVIIᵉ siècle. Archive Le Doaré-Châteaulin
Le nouveau pont a été construit à la fin des années 20. Photo Claude Prigent

Écluses de Pontivy. Témoins de l’histoire

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Pierre Bernard

Elles sont l’empreinte de l’histoire et la griffe d’un certain Napoléon. Édifiées sous l’Empire, les écluses de Pontivy, comme toutes les autres bâties sur le canal de Nantes à Brest ou sur le Blavet, avaient, à l’origine, un objectif strictement économique : désenclaver le cœur de la Bretagne en permettant le transport fluvial de denrées et de marchandises à l’intérieur de la région. Et donc délaisser les impraticables chemins de l’époque entre Saint-Malo, Lorient, Brest et le centre-Bretagne.

Désormais, elles servent à la navigation fluviale touristique et sont les témoins de la vie pontivyenne, si paisible le long de son halage, un tortueux corridor bucolique où, à chaque kilomètre ou presque, on longe ces écluses, faites de 40 m3 de pierres taillées. Des monuments de solidité à l’enjeu hydraulique, sportif et touristique pour la ville de Pontivy, et qui forment un patrimoine bâti horizontal exceptionnel en Bretagne. « Les bâtisseurs de ces écluses nous ont laissé en legs le plus grand château d’eau horizontal de toute la région », pense d’ailleurs le Costarmoricain Kader Benferhat, passionné du canal de Nantes à Brest et auteur d’ouvrages sur le sujet.    

Le charme et les rencontres.

Autrefois en perpétuel fonctionnement, les écluses de Pontivy sont désormais ouvertes à la navigation entre avril et octobre. Avec les beaux jours, la cité napoléonienne voit ainsi bateaux et péniches naviguer doucettement le long de ses quais fleuris. Des traversées qui ont la cote : l’écluse des Récollets, en plein centre – ville, a vu 98 bateaux en 2016 puis 140 l’an passé ! Autant de touristes qui apprécient, aussi, le charme des maisons éclusières. Entre Pontivy et Guerlédan, huit ont d’ailleurs été récemment restaurées. Certaines personnes s’y rencontrent pour échanger autour de ce formidable patrimoine local. Nées il y a si longtemps, les écluses ont encore une belle vie devant elles. À Pontivy, l’histoire ne s’arrête jamais vraiment…     

        Le saviez-vous ?

Qui dit écluse, généralement, maisons éclusière, avec son petit verger de pommiers en fleurs. Des espaces qui n’ont pas été conçus par hasard. En effet, les ingénieurs – paysagistes de l’époque voulaient avant tout prévenir l’oisiveté des éclusiers, tout en améliorant leur sort : s’occuper d’un potager ou d’un verger exige un travail méticuleux dont on tire les fruits pour en faire profiter sa famille !    

En 1963, la grande époque du canal de Nantes à Brest est déjà révolue. Archive Le Doaré – Châteaulin
Le canal, aujourd’hui un corridor bucolique apprécié des touristes et promeneurs. Photo François Destoc