Les bateaux des records : des navires de 500 000 tonnes, record absolu Les plus gros navires construits par la main de l’homme sont français. Depuis 1979, on n’a pas fait mieux.

Source de L’article Le Télégramme de Brest.

Jean-Yves Brouard


Sur cette photographie des Chantiers de l’Atlantique, le Batillus, le plus gros navire du monde, est à couple d’un petit pétrolier, qui est, lui, de la taille du plus gros pétrolier du monde, dans les années 1920… (Collection Jean-Yves Brouard)

La course au gigantisme dans le domaine maritime n’en finit pas, depuis le lendemain de la Première guerre mondiale. En particulier, les pétroliers américains, anglais et français rivalisent pour transporter les plus grosses quantités de pétrole. Dans les années 1960, le cap des supertankers (plus de 200 000 tonnes) est franchi, puis celui des 300 000 tonnes.

Au début des années 1970, les chantiers de Saint-Nazaire projettent de lancer des supertankers tellement énormes qu’on les appelle des ULCC (Ultra large crude carriers) : plus de 500 000 tonnes. Ils mesurent 410 mètres de longueur (100 mètres de plus que les paquebots France ou Normandie -, 63 mètres de largeur, et entre la quille et le sommet du mât, ce sont 75 mètres de dénivelé (soit un immeuble de 25 étages).

28 mètres de tirant d’eau

Le tirant d’eau (hauteur de la coque sous la surface de la mer) dépasse les 28 mètres, ce qui signifie qu’en Manche, par exemple, lorsqu’un tel pétrolier est plein, il ne peut se rendre partout. Dès 1967, le port du Havre, par où transitent 45 % de la consommation française en pétrole grâce aux appontements de la CIM, décide d’étudier les travaux à réaliser pour permettre la réception de navires de 500 000 tonnes, et même d’1 000 000 de tonnes ! C’est pourquoi un site de déchargement en eaux profondes est construit aussi, à Antifer, au nord du Havre.

Un élément majeur vient se greffer à l’affaire : à cause du blocage du canal de Suez depuis 1967, à la suite de la « guerre des Six jours » israélo-arabe ; il ne sera rouvert qu’en 1975. En attendant, tous les navires qui y transitaient – les pétroliers en particulier -, doivent contourner l’Afrique par le sud. Aussi, tant qu’à faire un si long voyage, envisage-t-on de lancer des navires spécialisés plus gros pour transporter la plus grande quantité de pétrole.

Les premiers 500 000 tonnes

C’est ainsi que la compagnie Shell envisage deux premiers 500 000 tonnes : le Batillus d’abord, puis le Bellamya. Les Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire (44), reçoivent la commande. Chaque navire nécessite 77 300 tonnes d’acier (la tour Eiffel pèse 7 000 tonnes seulement). À bord de ces navires, tout est pensé en double, par mesure de sécurité : deux machines, deux chaudières, deux hélices (de 52 tonnes chacune !), deux appareils à gouverner.

Une autre société française, la Compagnie nationale de navigation, commande aux mêmes chantiers deux autres unités, les Pierre Guillaumat et Prairial. Avec ceux de la Shell, ce seront les quatre plus gros au monde… Hélas, arrive un imprévu : la crise pétrolière de 1973. Les cours flambent, l’Europe revoit sa stratégie en matière de consommation de pétrole. Et La Shell remet en cause la construction de ses pétroliers de 500 000 tonnes, au point de vouloir annuler le contrat. Les chantiers ne sont pas d’accord, et les pénalités demandées sont d’un tel niveau que la Shell préfère laisser faire : les ULCC seront bien lancés (en 1976). Un peu plus tard, les Pierre Guillaumat et Prairial aussi seront mis en service, en 1977 et 1979.


Le « Prairial », un des quatre 500 000 tonnes qui échappera à la démolition consécutive aux crises pétrolières des années 1970.
 (Collection Jean-Yves Brouard)

Saint-Nazaire, capitale du gigantisme

C’est alors qu’intervient un deuxième choc pétrolier, en 1979. Après un début de navigations normales sur le golfe Persique, les quatre géants réduisent leur vitesse à partir de 1980, et, vers le milieu de la décennie, ils seront désarmés. Le premier à partir à la casse est le Pierre Guillaumat, en 1983 ; après avoir livré une dernière cargaison à Antifer, la compagnie l’envoie vers le Moyen-Orient. Mais le voyage ne se passe pas comme prévu. L’attente dans le Golfe dure des mois et, finalement, un chantier sud-coréen achète le navire, pour récupérer ses 77 000 tonnes d’acier, au prix de 9 200 000 dollars. Ce sera le plus grand navire au monde à être démoli. Mais pas le seul.

Aux côtés d’autres géants de « seulement » 400 000 tonnes devenus, eux aussi, inutiles, les trois autres 500 000 tonnes mouillent pendant des mois dans un… fjord norvégien – il faut beaucoup de place dans un vaste plan d’eau pour ces énormes navires ! Seul le Prairial, en 1985, trouve un acheteur : en Grèce, où des fêtes accueillent fièrement l’arrivée du plus gros navire du monde. Il sera rebaptisé Sea Brilliance, puis, très vite, Hellas Fos (sous ce nouveau nom grec, il se rendra lui aussi au terminal d’Antifer) et, enfin, Sea Giant, avant sa démolition, en 2003, en Inde.

Un seul navire a dépassé – de peu – le tonnage des quatre ULCC : le Jahre Viking. Mais à l’origine, c’est un 420 000 tonnes ; or, une « jumboïsation » (addition d’un tronçon de coque) a augmenté son port en lourd jusqu’à 564 000 tonnes. En réalité, les plus gros navires construits par l’homme restent les quatre des Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire.

Depuis en 2021 nous avons cette belle coque.


 

Le 30 novembre dernier 2021, Samsung Heavy Industries a mis à l’eau la coque de la future plateforme géante de Shell , à Geoje en Corée. Les mensurations sont impressionnantes : 600 000 tonnes, 468 mètres de long, 74 mètres de large, 110 mètres de haut. A titre de comparaison, le porte-avion français Charles de Gaulle affiche un « modeste » 261,5 mètres de long pour 64 mètres de large. 

le Saint Stanislas, le cargo aux dix noms

Source de l’article Le Télégramme de Brest. Jean – Yves Brouard

Koufra, Saint Stanislas, Capo Olmo… Un cargo français a battu un record particulier : il a porté une dizaine de noms différents au cours de sa carrière. Du jamais vu…

Alors appelé Koufra, le cargo français, ici dans le port de Marseille, a porté dix noms en 53 ans de carrière. (Photo E. Nossof)

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la compagnie française SNO (Société navale de l’ouest) commande une série de quatre cargos similaires au chantier anglais William Gray & Co (à West Hartlepool). 110 mètres de long, 4 700 tonnes de jauge brute : ce sont d’assez gros navires pour l’époque. L’installation d’un large portique sur le pont avant et d’un autre sur le pont arrière leur donne une silhouette caractéristique qu’ils conserveront tout au long de leur carrière.
Conformément à son habitude, la SNO prévoit de baptiser ces unités de noms de saints. Ainsi, l’un des quatre doit s’appeler Saint Stanislas. Le chantier est en train de les construire, en 1922 et début 1923, lorsque, changement de programme : ils sont vendus sur cale à la compagnie britannique Strick Line, de Liverpool. Le Saint Stanislas est finalement lancé le 2 février 1923 et baptisé Bardistan. Sous pavillon britannique, il fréquentera la ligne du golfe Persi
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cargo Recherche, dans un port d’Océanie. (Collection Michel Mathieu)

Bardistan, Saint Roch, Recherche…

Cinq ans plus tard, les cargos sont revendus à une compagnie… française, la Compagnie navale de l’Océanie, qui leur attribue à nouveau des noms de saints. Notre Bardistan est ainsi rebaptisé Saint Roch. En 1930, les quatre, finalement peu rentables, passent dans la flotte d’une autre compagnie française, les Services contractuels des Messageries maritimes, pour la ligne Dunkerque-Nouvelle Calédonie via le canal de Panama. Ils sont transformés à Bordeaux en cargos mixtes (pour l’emport de quelques dizaines de passagers) avec l’allongement du château entre les deux mâts, la modification des roufs et l’installation de deux machines frigorifiques. L’ex-Saint-Roch est rebaptisé Recherche (et les trois autres : Boussole et Astrolabe – du nom des bâtiments du navigateur La Pérouse – et Espérance ; la Recherche et l’Espérance sont les noms des deux bâtiments dirigés par D’Entrecasteaux, partis de Brest à la recherche de La Pérouse justement).

… Capo Olmo, Empire fighter…

La Recherche fréquente peu de temps la ligne de Nouméa car la crise économique oblige les compagnies à désarmer nombre de leurs navires. Immobilisé à Marseille, il est revendu en 1935 à la compagnie Genovese de navigation, à Gênes, en même temps que la Boussole et l’Astrolabe. Les voilà rebaptisés du nom de caps de la péninsule italienne : la Recherche prend ainsi le nom de Capo Olmo. La guerre arrive et en juin 1940, le cargo est en escale à Marseille, avec de la bauxite dans ses cales, lorsqu’il est saisi par le gouvernement français suite à la déclaration de guerre par l’Italie. Confié à la gérance de l’armement Worms, le Capo Olmo appareille le 23 juin de Marseille pour Oran en convoi. En chemin, son équipage français le déroute sur Gibraltar, possession britannique ; ce sera l’un des tout premiers navires marchands ralliés aux Forces navales de la France libre de De Gaulle. Il arrive en Angleterre où les autorités le saisissent au prétexte qu’il est italien, et le renomment Empire Fighter (les navires saisis par les Britanniques prennent un nouveau nom composé avec le mot « Empire »). Ceci dure très peu de temps car les Forces navales françaises libres (FNFL) le récupèrent et lui redonnent son nom de Capo Olmo ; il navigue pour le Ministry of war transport, géré par l’armement Moss Hutchinson.

… Koufra, Madali, Léon Mazella, Seferoglu

Le 8 novembre 1942, alors que le cargo se rend du Cap (Afrique du Sud) à Halifax, le sous-marin allemand U-67 le torpille dans les parages de Trinidad. La victime peut rejoindre ce port puis, de là, Baltimore pour sa remise en état définitive. Réarmé à Londres le 14 août 1944, confié à la compagnie française Schiaffino, le cargo se retrouve désarmé à Marseille le 20 avril 1945. Peu après, la compagnie Worms le reprend et le rebaptise Koufra (du nom d’un site libyen où s’étaient illustrés, en 1941, les Français libres de la colonne Leclerc, face aux Italiens).

En 1948, il est revendu à la compagnie des Cargos algériens et rebaptisé Madali (deux précédents cargos de la même compagnie ont successivement porté ce nom, composé à partir du début du prénom des deux filles du directeur avant-guerre : Madeleine et Alice). Le cargo, le plus gros de la compagnie, va, dans un premier temps, transporter surtout du vin entre l’Algérie et la France.

Mais ce n’est pas fini car un autre armement français basé en Algérie, Mazzella, l’achète en juin 1951 et le renomme Léon Mazzella, du nom du patriarche de cette société créée en 1932. Le cargo a le temps de fréquenter la ligne entre l’Algérie et Rouen, avant que la compagnie le revende, en 1954, à un armateur turc ; cette fois, quittant le pavillon français, l’ex-Saint Stanislas est rebaptisé Seferoglu. Nom qu’il conservera jusqu’en 1976, année de sa démolition à Izmir, et nom qui n’est autre que celui de son armateur turc : le propriétaire Rami Seferoglu jusqu’en 1957, puis la société Seferoglu ve Demirel Vapurculuk Sti jusqu’en 1976.

53 ans de carrière, six pavillons et surtout dix noms portés par ce cargo : riche carrière et rare exploit.

AVIS D E RECHERCHE

Qu’est devenue l’adolescente qu’il a sauvée à Brest en 1986 ?

Il y a trente-six ans ce samedi, Joël Lagadec sauvait du suicide une adolescente de quinze ans, sous le pont de Recouvrance. Il voudrait savoir si elle est encore en vie, ce qu’elle est devenue. Il confie aussi avoir souffert de cet épisode.

Joël Lagadec aimerait savoir si l’adolescente qu’il a sauvée du suicide le 22 janvier 1986 est encore en vie et ce qu’elle est devenue. Il l’a vue sauter de sous le pont de Recouvrance, depuis le bâtiment jaune, à droite de la photo. (Photo Le Télégramme/David Cormier)

Il fait froid sur Brest, ce 22 janvier 1986, il y a 36 ans ce samedi. Un mélange de pluie et de neige tombe sur la Penfeld, dans le courant de l’après-midi. « Soudain, j’aperçois depuis l’une des fenêtres de mon bureau une silhouette qui se tient debout et immobile sous le tablier du pont de Recouvrance », se rappelle Joël Lagadec, alors technicien en préparation du travail à la DCAN de Brest, au premier étage d’un bâtiment de la rive droite. « Je la vois se lancer à la verticale dans la Penfeld. J’avertis immédiatement les marins pompiers. Je dévale les escaliers de l’immeuble. Arrivé en bas, j’aperçois qu’une tête surnage au milieu de la Penfeld et je rejoins le pont flottant Gueydon qui la traverse sous le pont de Recouvrance ».

Il plonge dans l’eau à 8 °C

Joël hésite alors. « Si en tant qu’ex-nageur du Club nautique brestois, aller chercher quelqu’un dans une eau calme à vingt mètres ne présente pas de difficulté, je suis pleinement conscient du risque important d’hydrocution auquel je m’expose en plongeant dans une eau à 8 °C, notamment après avoir fourni un effort aussi important ».

Mais cette tête surnage encore à une vingtaine de mètres, « sans d’ailleurs émettre le moindre appel au secours ». Il enlève ses chaussures et sa montre et plonge, en jean et chemise. Il est saisi mais nage sans difficulté. « Quand je saisis le corps par la taille?, je suis surpris qu’il soit aussi léger et impassible… ».

Un quidam l’aide à son tour

« Lorsque j’arrive au pont, les marins-pompiers sont déjà là. Ils agrippent le corps que je leur tends et ils l’emmènent vers leur ambulance, sans même se retourner vers moi, ni se préoccuper de mon état (j’apprendrai plus tard que ce corps frêle et léger était celui d’une adolescente de 15 ans…). Je ne m’en offusque pas sur l’instant mais lorsque je tire sur mes bras, je n’ai plus aucune force pour me sortir seul de l’eau. Je suis dans un état de sévère hypothermie et je me rends compte, a posteriori, que j‘ai eu de la chance de bénéficier de l’aide d’un quidam resté sur place après le départ des pompiers. Sans doute que le témoignage de cette personne ne serait pas superflu si elle est toujours en vie ».

C’est notre article du 23 décembre, sur l’appel à témoins de deux sœurs au sujet d’une noyade de trois personnes et le sauvetage de plusieurs autres, à Saint-Pol de Léon, en août 1958, qui a convaincu Joël Lagadec, jusque-là réticent, ne voulant pas se faire passer pour un héros, de raconter son histoire. Il aimerait savoir ce qu’est devenue l’adolescente d’alors. « Sa maman m’avait envoyé 100 francs pour me remercier. Je lui avais renvoyé mais j’ai perdu son adresse », regrette-t-il.?

Une indifférence quasi-générale

Peut-être le fait de témoigner permet-il aussi à notre Brestois d’exorciser ce moment qui l’émeut encore. « J’ai reçu les sincères félicitations de Claude Le Roy qui dirigeait le chantier réparations et m’avait déposé en fin d’après-midi à mon domicile ». Mais « ni l’entreprise ni la mairie » ne se sont inquiétées de sa situation, ni guère son entourage. Il recevra plus tard une distinction de la fondation Carnegie après qu’un policier des renseignements généraux ait signalé son geste de bravoure. « L’article du Télégramme m’a fait un bien énorme à l’époque, au regard de l’indifférence générale que j’ai reçue ». Imagine-t-on que l’auteur de pareil geste puisse en souffrir ensuite ?

« Je n’ai pas dormi après cet évènement que j’ai eu beaucoup de mal à digérer, même si je n’étais pas peu fier d’avoir évité une mort certaine à cette jeune fille. J’étais le papa d’un petit garçon prénommé Sylvain, âgé de huit mois, et je m’en voulais a posteriori d’avoir pris le risque d’en faire un orphelin. Tout comme d’avoir pris celui de faire une veuve de sa maman Nicole, avec qui je m’étais marié dix-sept mois plus tôt ».

Contact

Toute personne détenant une information sur cette personne peut envoyer un mail à la rédaction (brest@letelegramme.fr) qui fera suivre.

Quand l’Émile Miguet était le plus grand pétrolier du monde

Source de l’article le Télégramme de Brest

Jean-Yves Brouard.

Le pétrolier Émile Miguet à son lancement, à Dunkerque (Nord) le 12 avril 1937 Photo DR



Le Lancement l’Émile Miguet fut le plus grand du monde, à son lancement en 1937. Mais il a mal terminé sa carrière.
176 mètres de long et 22,5 m de large : le pétrolier Émile Miguet est un géant pour l’époque. (Photo Collection Michel Mathieu)

Le lancement du pétrolier Émile Miguet, à Dunkerque, jalonne la course au gigantisme, commencée dès le début de l’entre-deux-guerres, dans la conception des navires citernes. La demande de produits extraits des champs pétrolifères du Moyen-Orient, de la mer Noire et du pourtour du golfe du Mexique explose après le premier conflit mondial. Et, pendant des décennies, la France sera d’ailleurs toujours à la pointe de la technologie dans la construction des transporteurs de brut. Cela commence en 1922, avec le premier pétrolier « géant », le Saint Boniface. Dans les années 1930, arrivent un deuxième record de taille (mise en service du Marguerite Finaly), puis un troisième, avec l’Émile Miguet, destiné, lui, à étoffer la flotte de la Compagnie navale des Pétroles (CNP).

Le plus grand tanker d’Europe

C’est Madame Miguet, veuve d’un ancien directeur de la Compagnie française de raffinage, filiale de la CNP, qui baptise le navire le 12 avril 1937, aux Ateliers et Chantiers de France. Le pétrolier est tellement imposant – pour l’époque -, avec ses 176 mètres de long et ses 9,75 mètres de tirant d’eau, que seul le port du Havre peut l’accueillir (aux appontements pétroliers de la Compagnie industrielle et maritime). Il est le plus grand tanker d’Europe. Le Journal de la Marine marchande de l’époque s’enthousiasme : « Sa prochaine mise en service apportera une contribution appréciable au rayonnement de la France à travers le monde ».

C’est aussi le pétrolier le plus moderne, doté d’aménagements confortables et, en particulier, de systèmes de protection contre les incendies, la hantise des équipages depuis que plusieurs drames spectaculaires ont frappé les esprits, les années précédentes. La loi du 16 juin 1933 impose qu’à bord, soit également prévu un hôpital complètement isolé, ainsi qu’une cabine pour un infirmier. Livré fin mai 1937, le navire entame ses voyages : il en effectuera 22, avec peu d’anicroches, sinon un heurt assez violent, le 5 mars 1938, contre la porte d’entrée du bassin de Saint-Nazaire, qui occasionne quelques dégâts tant au navire qu’à la porte elle-même…

« Mais un sous – marin allemand rôde: l’U-48 du Korvettenkapitän Herbert Schultze. Soudain, en fin d’après – midi, le sous marin attaque au canon, à plusieurs reprises ».

Sur cette photo prise depuis le cargo sauveteur Président Hardling, le pétrolier Émile Miguet en feu, le 13 octobre 1939, au lendemain de son torpillage. (Photo DR)

Sous-marin allemand

L’Émile Miguet n’effectuera pas davantage de navigations, car il deviendra tristement célèbre avec un autre record dont il se serait bien passé. Un autre conflit – la Seconde Guerre mondiale, cette fois – éclate en septembre 1939. Le pétrolier est alors à Corpus Christi (Texas) et doit revenir en France avec un nouveau chargement complet. Mais les conditions des voyages ont désormais changé. En raison des risques dus à la guerre, les navires marchands doivent se rassembler en convois protégés par des escorteurs. Ceci ralentit certains d’entre eux, car, pour rester groupés, il faut adapter la vitesse des plus rapides, comme l’Émile Miguet justement, à celle des plus lents ou des plus fatigués.

Parti, le 17 septembre 1939, de Corpus Christi, l’Émile Miguet semble se traîner au milieu de son convoi où, hasard des circonstances, a pris place le Marguerite Finaly, cité plus haut. Un événement vient perturber la traversée : un mini-ouragan souffle sur l’Atlantique nord. La mer est grosse, les navires gouvernent mal. Le commandant du pétrolier, Robert Andrade, doit différencier les deux hélices et, bientôt, le 6 octobre, sous les rafales violentes et les grains, se mettre à la cape, pour sauvegarder ses embarcations. Les autres navires se dispersent, se perdent de vue.

Avec ses deux moteurs diesel capables de le propulser à 14 nœuds, l’Émile Miguet peut reprendre le voyage, seul. Le commandant, impatient de livrer ses 20 000 tonnes de pétrole, est sûr de lui grâce à la vitesse de son navire. Le 12 octobre, ce dernier se trouve à 500 milles devant le convoi et à 300 milles de la pointe sud-est de l’Angleterre. Mais un sous-marin allemand rôde : l’U-48 du Korvettenkapitän Herbert Schultze. Soudain, en fin d’après-midi, le sous-marin attaque au canon, à plusieurs reprises. Un des obus atteint le poste tribord arrière et tue un jeune marin de 18 ans, Joseph Le Maou, littéralement coupé en deux. Le novice meurt pratiquement dans les bras du second capitaine, Léon Caron.

Le commandant Andrade ordonne l’abandon de son navire, que le sous-marin torpille peu après pour achever le travail. L’Émile Miguet reste à flot toute la nuit et le lendemain, puis prend feu. L’équipage, qui avait pris place dans les embarcations de sauvetage en état, sera recueilli par un navire allié de passage. Le record de l’Émile Miguet à cette occasion ? C’est le premier pétrolier torpillé de toute la guerre 1939-1945.

Une fois la paix revenue, la Compagnie navale des Pétroles lancera de nouveaux pétroliers, dont un qu’elle baptisera Novice Le Maou, en hommage au malheureux jeune marin breton.

     

À Plougonvelin, du lavoir au jardin aménagé de Gaby Quellec

Voici le premier volet de notre série consacrée à ces passionnés, dans la région brestoise, qui construisent de leurs propres mains. Depuis 2004, Gaby Quellec passe toutes ses journées à aménager le jardin du Vaéré, à Plougonvelin. L’octogénaire ne manque pas d’idées pour continuer à le faire fructifier.

Ils l’ont construit eux-mêmes !

Source de l’article Le Télégramme de Brest.

Lauryane Arzel

Pratique

Accès depuis la D85, sortie Kerouman. Entrée libre. Ouvert tous les jours. Attention : le lieu n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite, ni aux familles avec poussette.

Le moulin est la dernière maquette installée par Gaby Quellec au jardin du Vaéré à Plougonvelin. (Le Télégramme/Lauryane Arzel)

« Les idées, ça me vient la nuit généralement, quand je ne dors pas », explique en souriant Gaby Quellec. Les propos de l’octogénaire semblent difficiles à croire, tant le jardin du Vaéré, situé dans la commune de Plougonvelin, fourmille d’idées et de projets en tous genres : plantations, jardins aromatiques et maquettes.


Les maquettes se cachent au milieu d’une végétation luxuriante. (Le Télégramme/Lauryane Arzel)

L’infatigable Gaby Quellec

« Gaby habite au Conquet, mais souvent, si on veut le trouver, on sait qu’il faut passer par son jardin, on est sûr qu’il y sera », s’amuse Sylvie Gillouard, filleule de Gaby. Bonnet vissé sur les oreilles, et grandes bottes aux pieds, l’ancien agriculteur « y passe toutes ses journées, très tôt le matin jusqu’à tard le soir », toujours en quête de quelque chose à améliorer. « Le travail, ça me plaît, j’ai tout construit de mes mains. Avant, ici, il n’y avait rien, c’était une friche ». En 2004, Gaby Quellec demande à son cousin de pouvoir utiliser le terrain pour en faire un jardin. Lui-même a travaillé juste à côté, comme agriculteur, jusqu’à l’âge de 56 ans.

Une première étape avait déjà été franchie avec l’association PHASE (Plougonvelin, Histoire et Avenir, Souvenirs et Écoute). Elle s’occupe de la conservation du patrimoine culturel de la commune. « À cause du remembrement, le lavoir où travaillait ma tante avait été enseveli sous les gravats », raconte Gaby Quellec. « J’ai commencé par déblayer, puis j’ai installé un système d’irrigation. Je suis d’ailleurs le seul à comprendre comment il fonctionne », notamment grâce à une expérience acquise en tant qu’agriculteur puis comme ouvrier agricole. La passion de Gaby Quellec pour les voyages nourrit son imaginaire. « J’en rapporte des projets d’installation de variétés de plantes encore absentes de mon jardin. Je suis, par exemple, en train de bâtir une serre à orchidées et plantes grasses ». L’année dernière, juste avant le confinement, Gaby Quellec s’est retrouvé coincé sur un bateau de croisière en Asie, une mésaventure qui l’amuse aujourd’hui. « C’est vraiment dommage, je n’avais pas encore vu l’Inde et la Chine ».

Le lavoir a été le point de départ de l’aménagement du jardin. (Le Télégramme/Lauryane Arzel

Voir toujours plus loin

Gaby Quellec s’est surtout inspiré de son environnement immédiat pour mettre en scène son jardin. En témoigne par exemple cette maquette du café du Vaéré, fréquenté par les marins avant-guerre et connu par un Gaby Quellec encore enfant. « Pour le réaliser, j’ai récupéré et taillé des pierres qui viennent du remembrement. Pierre Lannuzel, un copain couvreur, m’a aidé pour les ardoises ». Et aussi pour la maquette du fort de Bertheaume, où le détail a été poussé jusqu’à l’installation d’une petite navette SNSM.

Les maquettes reproduisent fidèlement les constructions d’origine. (Le Télégramme/Lauryane Arzel)

Voir toujours plus loin

Gaby Quellec s’est surtout inspiré de son environnement immédiat pour mettre en scène son jardin. En témoigne par exemple cette maquette du café du Vaéré, fréquenté par les marins avant-guerre et connu par un Gaby Quellec encore enfant. « Pour le réaliser, j’ai récupéré et taillé des pierres qui viennent du remembrement. Pierre Lannuzel, un copain couvreur, m’a aidé pour les ardoises ».

La maquette du fort de Bertheaume séduit les visiteurs. (Le Télégramme. Photo Lauryane Arzel
 

Et aussi pour la maquette du fort de Bertheaume, où le détail a été poussé jusqu’à l’installation d’une petite navette SNSM.

Voir toujours plus loin

Les choix de Gaby ont séduit Éric et Sandrine, venus de Dunkerque et arrivés par hasard dans le jardin. « Franchement, c’est fantastique, une belle parenthèse dans notre marche alors que nous sommes vraiment venus par hasard ! ». Chaque maquette nécessite entre deux et trois semaines de travail. Dernière venue au jardin du Vaéré, une maquette de moulin, similaire à ceux d’Ouessant, réalisée avec le menuisier Didier Jollec : « Il manque encore du drap pour les ailes, mais il a déjà fière allure. Je vais régulièrement sur l’île, que j’ai connue grâce à des marins qui se rendaient à Plougonvelin ». Gaby Quellec a déjà en tête son prochain projet : réaliser une maquette de la chapelle Saint-Mathieu.

POUR DOMINIQUE LEROUX,« Brest, c’est la mixité et la liberté»

Source de l’article. Le télégramme de Brest

Lauryane Arzel

Pour Dominique Leroux, photographe, Brest est une « ville qui bouge ». (Photo Le Télégramme / Lauryane Arzel)

Le photographe Dominique Leroux a ses racines fermement plantées dans le sol du Haut-Jaurès, à Brest. Il revendique sa fierté d’habiter un quartier multiculturel, dans une ville dynamique.

Mon Brest à moi

Lauryane Arzel

Un lieu du déconfinement ?

« Le 9 juin, à 12 h tapantes, j’étais devant la porte du restaurant Casa Nostra, rue Magenta, à attendre la réouverture. Même si j’ai beaucoup de bonnes adresses, c’est vraiment mon restaurant favori et, en plus, j’habite à 50 m. C’est aussi un des seuls qui servent après minuit. Quand j’étais jeune, c’était un ancien magasin Honda où je passais très souvent. Le Haut-Jaurès, c’est chez moi, il y a une diversité qu’on ne retrouve pas ailleurs à Brest »

haut de la rue Jean-Jaurès, où Dominique Leroux connaît toutes les bonnes adresses. (Photo Le Télégramme / Lauryane Arzel)

Un endroit qui vous a manqué cette année ?

« Pendant les périodes de confinement, j’ai beaucoup cuisiné et, pourtant, j’ai quand même perdu du poids ! Ce qui m’a manqué, c’est d’aller dans un vrai restaurant gastronomique où on sert quelque chose de très travaillé. Je pense à L’Embrun, rue de Lyon, par exemple, même si je n’y suis pas encore allé finalement ».

Le restaurant gastronomique L’Embrun, situé au 48, rue de Lyon. (Photo Le Télégramme / Lauryane Arzel)

Un lieu qui illustre le dynamisme de Brest ?

« J’ai un vrai attachement aux Capucins, qui ont réussi à se faire approprier par les Brestois et qui sont réellement faits pour eux. C’est un endroit qui incarne le Brest qui bouge. Les Capucins et Brest, c’est la mixité et la liberté avant tout. On peut y voir des adolescents s’entraîner au hip-hop, au tai-chi, écouter des personnes jouer au piano, c’est ça que j’aime, ce mélange. Il y a aussi un écho avec mon histoire personnelle, car j’ai travaillé pendant quinze ans à l’arsenal, de 1977 à 1993, même si c’est l’école des Arpètes qui représente l’âme de l’arsenal pour moi ».


Brest (29) les Capucins , architecture

Dominique Leroux apprécie le dynamisme des Capucins. (Photo David Rochas)

Un premier souvenir de Brest ?

« Toute ma famille maternelle habitait rue Sébastopol, ma marraine, ma grand-mère et mes tantes. Mon oncle, le meilleur carrossier de Brest, était lui aussi un voisin. Un autre oncle travaillait à l’Économie Bretonne, une centrale d’achat située là où est aujourd’hui le parking Kerfautras. Le quartier était pour moi et mes frères un immense terrain de jeux. Je me rappelle aussi des GI américains qui passaient dans le quartier, l’image m’avait marqué ».

Le square Laennec jouxte le parking Kerfautras. (Photo Le Télégramme / Lauryane Arzel)

Un lieu d’enfance ?

« Je dirais même jardin d’enfance, le jardin de Kérinou. C’était un terrain assez sauvage et qui paraissait immense à l’époque. Il faut dire que, rue Marceau par exemple, il y avait encore une ferme. Avec mes trois frères, nous jouions souvent autour d’un immense bassin d’eau. Un oncle de mon père, charpentier de métier, nous avait fabriqué trois bateaux en bois, qui remportaient toutes les batailles navales en coulant les autres embarcations ».

Une idée de balade ?

« Ce qui me plaît à Brest, c’est d’avoir les deux côtés, mer et campagne. J’ai découvert le polder du Moulin-Blanc il n’y a pas si longtemps, et l’aménagement est exceptionnel. De nuit, j’y ai réalisé des photographies des hydroliennes dont les tubes étaient éclairés par d’immenses projecteurs. Du Moulin-Blanc, on peut aller au parc de Kérallan à Lambézellec, un lieu incroyable où il y a un bois, une rivière, un terrain de basket pour les jeunes… ».

Dominique Leroux a déjà photographié le polder du Moulin-Blanc pour son travail. (Photo Le Télégramme / Lauryane Arzel)

« Raconter une métamorphose ».

Dominique Leroux, photographe, ne manque pas d’idées ni de projet. En décembre prochain, un livre et une exposition auront en commun le récit du changement vécu par Brest et ses habitants.

« L’idée était de raconter l’histoire d’une métamorphose, car il n’y aura plus de construction navale à Brest, c’est un fait», explique Dominique Leroux. Une future exposition de l’ancien apprenti à l’arsenal investira les Capucins de décembre 2021 à février 2022. Objectif : faire le récit de la construction navale mais aussi se projeter vers l’avenir.

Monter des échafaudages aux Arpètes

 «Nous sommes entrain de construire la scénographie de l’exposition. Elle s’appuiera sur des tubes qui seront disposés dans le passage des arpètes», complète le photographe. «Elle abordera également le sujet des sous – marins nucléaires et de leur déconstruction. Nous avons pour cela fait appel à plusieurs partenaires : Navaléo, la mairie, les Capucins et Marc Échafaudages». Selon lui, l’exposition cherche également à mettre en valeur l’écologie et le recyclage, par exemple sur le sujet du désamiantage des sous – marins.

Autre projet à venir, un livre édité par Dialogues aux Éditions du parapluie jaune, à paraître en décembre 2021. Dominique Leroux dit avoir  «cherché à créer un travail d’auteur où (il) dirige cinq photographes, tous brestois, et deux écrivains. Leur point commun est de dépeindre l’évolution et la métamorphose de la ville».

Dominique Leroux rêve enfin de« pouvoir trouver une salle pour exposer des photos. Je veux faire venir encore davantage la photo à Brest, comme le travail accompli avec l’association Capab-Pluie d’images. Il faut mutualiser les forces ».     

Mon commentaire de visiteur (Ancien Métallo)  

 Un voyage merveilleux dans le monde de la photo,  les portraits, un moment d’émotion intense, nous projette dans notre ancien univers de la réparation navale, nous retrouvons les visages d’amis, de camarades de travail, une promenade dans une vie de labeur, de souvenirs heureux. Une redécouverte. Seul  un artiste de la photographie qui parle avec son cœur, pouvait nous faire revivre ce moment là. Merci Dominique Leroux, l’artiste de nos souvenirs. À la manière des grands peintres ton œuvre mérite  de figurer  dans le musée de la photo Brestoise.  Musée à créer par tout les amoureux de la photo. Ce lieu manque oui à Brest.

Un Ancien Métallo  

Entrez dans le lavoir de Pontaniou, situé rue Saint-Malo, à Recouvrance. Le dernier survivant des lavoirs brestois.

Source de l’article

LE TÉLÉGRAMME DE BREST

Lauryane Arzel

L’association La Carrée porte aujourd’hui un projet de réhabilitation de la loge de la gardienne. (Photo Adeupa de Brest/Collection des Archives de Brest)

En 1884, le lavoir de Pontaniou ouvre enfin ses portes rue de St Malo. Il traduit une prise de conscience : celle de l’importance de l’hygiène dans la lutte contre les épidémies. Le lavoir perdurera jusqu’en 2000, après plus d’un siècle d’utilisation par les femmes de Recouvrance.

Un demi-siècle pour se concrétiser

En 1830, la municipalité envisage déjà de construire un nouveau quartier sur les hauteurs de Pontaniou, où le lavoir sera un équipement indispensable. « C’est un budget énorme pour une ville », expose Olivier Polard. « L’équipement devait durer, d’où la présence d’une charpente en chêne par exemple ». Le lavoir doit être construit rapidement pour remplacer celui de la rue de la Porte, mais le réseau d’eau potable, défectueux, et la densité du maillage urbain ralentissent le projet. La municipalité ne rachète le terrain qu’en 1882. D’une surface de 1 000 m2, en pente, il s’avère idéal pour capter les eaux de la rivière du Carpon.

Un lieu réservé aux femmes

Le lavoir incarne la modernité dans le quartier de Pontaniou, « un quartier insalubre où la rue Saint-Malo était régulièrement inondée », précise Olivier Polard. « C’était des égouts à ciel ouvert ». Les ménagères de Recouvrance en apprécient d’autant plus le confort offert par le lavoir dès son ouverture en 1884. Le bassin, long d’une trentaine de mètres, est divisé en deux parties : le rinçoir et l’abreuvoir pour savonner le linge. « Le lavoir était même protégé de la pluie. Il comprenait aussi trois latrines, une rareté et un luxe pour l’époque », énumère Olivier Polard. La clôture protège le linge des voleurs, tandis que les remblais des fortifications servent d’espaces supplémentaires pour faire sécher le linge. Toutes ces caractéristiques distinguent le plus grand lavoir de Brest des autres lavoirs construits à la fin du XIXe  siècle.

Jusqu’à 250 femmes pouvaient venir laver leur linge chaque jour pendant l’été. Il y avait les mères de famille mais aussi les lavandières professionnelles, ce qui créait des conflits au sujet du manque de place.

». Mais aussi en raison d’horaires d’ouverture trop restreints, de 8 h à 17 h en hiver et de 6 h à 18 h en été. Une gardienne est là pour gérer les conflits. À partir de mars 1901, elle est même reliée directement par téléphone au poste de police de Recouvrance.

Le lavoir n’est pas qu’un lieu de conflits mais aussi de discussions souvent animées. « C’est la première fois qu’on a une concentration de femmes dans un endroit qui leur est dédié », souligne Olivier Polard. « Cela a forcément contribué à l’émancipation féministe. Les discussions donnent de l’élan à une prise de conscience ». Ces journées passées au lavoir créent une émulation inédite.

Un déclin progressif

En 1913, la mairie vote enfin le budget pour construire un deuxième bassin. Le problème de l’espace est réglé mais pas celui de la darrée, dont le mot est spécifique au quartier de Pontaniou. Cette eau, sale et gorgée de savon, dévale la rue Saint-Malo, posant des problèmes d’assainissement. 30 000 litres d’eau étaient utilisés chaque jour. Après guerre, Pontaniou est un des rares quartiers encore relativement intacts. Le lavoir est reconstruit entre 1947 et 1953 avec un nouveau mur d’enceinte.

Le nombre de lavandières ne fait ensuite que diminuer. Les progrès technologiques s’ajoutent au départ de la population vers de nouveaux quartiers. « La ville aurait voulu se débarrasser du lavoir dès les années 1970 », raconte Olivier Polard. En 1985, la mairie doit pourtant reculer devant la colère des usagères du lavoir, qui s’étaient retrouvées face à une porte close. Le lavoir ne fermera ses portes qu’en 2000.

À la plage des Curés, de l’eau bénite ? Le Télégramme de Brest

Plusieurs plages de curés existent en Bretagne. Certaines tirent leur nom de la présence passée et discrète de religieux, d’autres pas.

PHOTO Lionel Le Saux

La commune de Plougonvelin et sa plage des Curés se situent à 20km à l’ouest de Brest, tout proche de la pointe St Mathieu.


Pendant plusieurs siècles, religieuses et religieux appréciaient de vivre souvent sur de beaux domaines près de la mer. On peut citer par exemple l’abbaye de Landévennec ou celle de Beauport, à Paimpol. Certains profitaient de cette proximité avec des plages pour aller discrètement se baigner, en veillant à ne pas trop se faire remarquer. Depuis, quelques plages ont même été rebaptisées en fonction de ces habitudes anciennes d’hommes et de femmes d’Église.
La plage des Curés, Plougonvelin

La plage des Curés à Plougonvelin (29), s’appelle ainsi car certains ecclésiastiques venaient s’y baigner à l’abri des regards. Son accès est particulièrement difficile. Il faut descendre un escalier pentu d’une soixantaine de marches et quelques rochers. La crique des Curés offre un espace d’intimité entre deux sites par ailleurs très fréquentés : le fort de Bertheaume et la plage du Trez Hir. Elle est entourée de falaises et ses eaux turquoise invitent à la baignade, ou à la contemplation… Il s’agit incontestablement de l’une des plus belles plages de Bretagne.

PHOTO Lionel Le Saux / CLEDER (29) : Crique de Theven Braz a Cleder. Surnommée aussi plage des sœurs.

La plage des Sœurs, Cléder

La plage située à Kerfiat sur la commune de Cléder (29) est connue localement pour s’appeler la plage des Sœurs. « À marée basse, de l’eau stagne dans un vaste trou naturel au milieu des rochers. Dans les années 1950, les bonnes sœurs venaient y tremper leurs pieds à l’abri des regards », explique Michel Quéré, guide-conférencier dans le Léon. Depuis leur maison située dans le bourg de Cléder, elles marchaient pendant environ trois kilomètres en empruntant un chemin creux. Sur cette plage, la douzaine de sœurs se pensait relativement éloignée des autres plagistes et curieux. À l’époque, il n’était pas question de voir le mollet d’une religieuse. Mais c’était sans compter, sûrement, sur les tailleurs de pierre qui exploitaient du granit à proximité. Cette anecdote ne manquait pas de faire sourire dans la commune. Et l’histoire nourrit encore des conversations aujourd’hui.

Quelques petits coins de sable fins permettent aussi de bronzer en toute tranquillité sur cette plage cléderoise assez peu fréquentée. Photo Lionel Le Saux.

La plage des Curés, Plestin-les-Grèves À Plestin-les-Grèves (22), on trouve également une plage des Curés. Mais ce nom officiel n’est pas directement lié à la présence passée de religieux. En réalité, les curés sont des petits poissons que l’on trouvait à une certaine époque en abondance dans ces eaux. Le nom exact de cette espèce est l’Atherina presbyter, appelée aussi prêtre ou petit curé. L’Atherina presbyter, qui dépasse rarement 20 centimètres, est apprécié par de nombreux pêcheurs amateurs. L’histoire ne dit pas si, à Plestin-les-Grèves, on y faisait des pêches miraculeuses…

PHOTO Lionel Le Saux / PLESTIN-LES-GREVES (22) : Plage des cures a Plestin-Les-Greves, se situe juste en face du port de Locquirec son accès est facile. Cette plage est bien fréquentée en été

PHOTO Lionel Le Saux / PLESTIN-LES-GREVES (22) : Cette plage plestinaise est particulièrement étendue. Des espaces en renfoncement au bord des falaises permettent de bien s’abriter du vent.

Hommage aux combattantes pour la liberté, de la part d’une personne, Anonyme le 1/ 11/ 2021, au cimetière de Brest St Martin. Un grand merci de notre part.

Brest. Le 01/11/2021

Alice,

Cette année, vous auriez eu 98 ans. Mais vous aurez 21 ans à jamais, d’autres en ont décidé ainsi pour vous.

On a beaucoup brodé autour de votre histoire. On a voulu faire de vous une sorte d’étendard. Comme si vous n’étiez pas déjà assez brillante, forte et courageuse. Comme si votre engagement n’était pas déjà si impressionnant !  

Combien dans votre situation ont détourné le regard et le cœur ? Combien à votre âge n’ont pas saisi le sens de l’histoire ? La majorité semble –t-il. En cela, vous êtes une exception qui confirme la terrible règle.

Certains ont dansé sur votre histoire pour arracher un peu de votre lumière et d’accoler à leur poitrine maigre. Ils ont Sali ce que, par votre engagement désintéressé, vous avez bâti. Une sorte de légende, au sens noble du terme.

Comme beaucoup, c’est par le truchement d’un homme engagé que vous intégrez la Résistance en 1941. Le pharmacien George Roudaut vous voit bénéficier de cette relative liberté dévolue aux femmes en cette seconde année de guerre. Les nazis, machistes parmi d’autres, n’imaginent pas encore que de femmes, faibles créatures puissent résistez. La guerre est une chose sérieuse, une chose d’homme n’est-ce pas !

A aucun moment vous ne vous déroberez à ce que vous considérez comme un devoir pour qu’un autre possible existe dans votre pays, sur votre territoire. Jusqu’à payer le plus lourd prix, celui de votre propre vie.

Madame, vous qui aurez 21 ans pour toujours, nous venons en ce jour vous rendre le femmage et les honneurs qui vous sont dus, à vous comme à tant d’autres femmes et hommes en Bretagne et dans le pays brestois.

C’est grâce à vous que nous, femmes et hommes de 2021, nous pouvons nous tenir debout. Que nous foulons, en toute liberté, chaque jours la terre qui vous a portée et que vous avez su si bien honorer.

Longue vie à votre souvenir, nous sommes peu-mais il vaut mieux peu que rien, à ne pas vous oublier, pour que continuent les jours heureux !  

Molène et Ouessant :Le paysan entre deux îles Le Télégramme de Brest

Vincent Pichon est maraîcher à Molène et Ouessant. Il avait lancé son activité sur ces îles voisines, dans le cadre d’un vaste projet de relance de l’agriculture insulaire. Les îliens peuvent désormais déguster des légumes produits sur place. Une première.

L’Île d’Ouessant

Vincent Pichon cultive pommes de terre et oignons à Molène, et légumes et tomates à Ouessant (Photo Céline Diais)
Plusieurs fois par semaine, pantalon de ciré kaki et bonnet rouge bien enfoncé sur la tête, Vincent Pichon débarque au port du Stiff, à Ouessant. Le paysan a commencé à cultiver des légumes sur l’île, il y a deux ans. « Ici, c’est une bonne terre pour les légumes, comme à Molène. L’an dernier, j’ai produit deux tonnes de tomates ! », sourit-il.
À Molène, Vincent cultive ses patates ou oignons en plein champ sur 3,5 hectares. À Ouessant, les tomates et autres légumes poussent sous 900 m2 de serres, à deux pas du bourg. Le rythme du travail agricole, habituellement intense durant la période du printemps et de l’été, l’est encore davantage pour cet agriculteur pas comme les autres, qui doit rejoindre ses cultures… en bateau. Auparavant, Vincent Pichon empruntait la navette de la Penn ar Bed. Une organisation épuisante, au rythme des horaires des traversées. Heureusement, il a récemment acquis un bateau d’occasion. « C’est une coque rapide de 450 chevaux pour pouvoir passer le Fromveur », précise-t-il- il. Le passage du Fromveur, situé entre Molène et Ouessant, est en effet traversé par de très violents courants et la navigation y est particulièrement dangereuse.


Alors qu’il empruntait la navette de la Penn ar Bed, il a récemment acquis un bateau d’occasion pour traverser le redoutable passage du Fromveur. Photo C.D.
Vincent Pichon , au milieu de son champ de poireaux, à Molène. Photo Céline Diais

L’île de Molène

Des difficultés liées à l’insularité

Vincent Pichon n’a pas toujours été paysan. Il y a cinq ans, après avoir travaillé dans des élevages sur le continent et dans le milieu de la pêche, ce touche-à-tout décide de se lancer dans le maraîchage à Molène, d’où sa femme est originaire. « Je suis allé voir le maire, on a regardé s’il y avait une parcelle de disponible ». À Ouessant, l’île voisine, son installation a été favorisée par un appel d’offres, lancé en 2018, par la commune, soucieuse de favoriser l’activité agricole sur l’île. « Ici, la plupart des terres, qui étaient cultivées jusqu’à la moitié du XXe siècle, se sont progressivement transformées en friches. Certaines parcelles sont inaccessibles à cause des ronces ! On s’est dit qu’il serait bien de les mettre à disposition de paysans car, en réalité, ce sont de bonnes terres, propices à l‘agriculture », explique Dominique Moigne, adjointe au maire chargée de l’environnement. Vincent n’est d’ailleurs plus le seul paysan de l’île : une jeune éleveuse de brebis et un couple d’éleveurs laitiers l’ont rejoint, dans le cadre d’un nouvel appel d’offres lancé par la commune.

Vincent Pichon a installé plusieurs serres au centre de l’île d’Ouessant, où poussent ses tomates, radis et courgettes. Elles sont distribuées en circuit court dans une des supérettes de l’île et sur le marché. Photo C.D.

Bientôt des panneaux photovoltaïques

Toutefois, être paysan sur une île n’est pas de tout repos. À la difficulté d’accès à la terre s’ajoute le problème de l’accès à l’eau, bien rare sur ces terres insulaires. Autre équation à résoudre : le logement, inexistant voire inaccessible en dehors de l’offre touristique. « Oh, j’ai souvent dormi sur mon clic-clac dans mon appentis ! raconte Vincent Pichon. Maintenant, je me débrouille en dormant à droite et à gauche. » Depuis le mois de juin, les trois producteurs se réunissent pour un petit marché de plein vent dans le bourg d’Ouessant. Et, bientôt, le maraîcher pourra encore davantage augmenter sa production : dans le cadre de la boucle énergétique locale mise en place à Ouessant, ses serres seront chauffées par des panneaux photovoltaïques. De quoi remplir les assiettes des insulaires de légumes frais, cultivés sur place, tout au long de l’année.

Être paysan sur une île n’est pas de tout repos. À la difficulté d’accès à la terre s’ajoute le problème de l’accès à l’eau, bien rare sur ces terres insulaires. Photo C.D.