Châteauneuf-du-Faou. Le pont du Roy

      Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   
Jean-Noël Potin

Bâti en schiste et granite, le vieux pont de Châteauneuf-du-Faou, aussi appelé pont du Roy (ou pont de la Nation durant la révolution), enjambe, non sans élégance, l’Aulne canalisé. La rivière était sans doute moins apprivoisée à l’époque de sa construction, sous Louis XIII, vers 1638. L’ouvrage, qui tenait son nom du moulin du Roy situé non loin, a remplacé un gué datant de l’Antiquité, facilitant ainsi les déplacements en direction du Sud-Finistère. Quand le canal a été rendu  navigable à partir de 1836, la rivière a été élargie et le tablier du pont a été prolongé, côté sud. Parallèlement, l’ouvrage a été amputé de l’arche la plus au nord, en 1871, afin de permettre le passage des péniches. Un parapet en fer a remplacé celui d’origine, réalisé en maçonnerie. Signe distinctif du pont, ses six avant-becs, en forme d’éperon, destinées à protéger l’ouvrage du courant et contribuant grandement à son esthétique.   

Commerce florissant

Le canal de Nantes à Brest fut voie commerciale d’importance. « Autour du pont, toutes les maisons avaient des portes cochères car elles servaient d’entrepôt », Souligne Marie-José Duigou, présidente des Amis de Châteauneuf. On importait du vin, du maërl, de l’engrais, et on exportait du bois, des pommes de terre, et les ardoises de Saint-Goazec et Châteauneuf. Au bout du pont, côté sud, se dresse toujours la maison de Lisle, famille de négociants. La propriété fut par la suite rachetée par James de Kerjégu, propriétaire du domaine de Trévarez situé un peu plus au sud. Une façon peut-être de se ménager un accès au canal, par où allaient transiter les matériaux utiles à la construction du futur château à partir de 1847.

Une cale à proximité du pont a longtemps servi de lieu de baignade dont parlent encore les anciens. Une vocation aujourd’hui reprise par la base nautique située de l’autre côté du nouveau pont, parallèle à l’ancien. Sa construction a débuté en 1928. C’est dans ce cadre vert et fleuri en bordure de l’Aulne qu’une guinguette s’est nichée et que se tient chaque année le fameux Fest Jazz.

 Le saviez-vous ?

Le peintre Paul Sérusier, qui a beaucoup vécu à Châteauneuf à partir de 1893, est tombé sous le charme du pont de Roy et de ses abords. En 1894, il avait campé l’édifice dans son tableau « Le pardon de Notre-Dame des Portes à Châteauneuf-du-Faou », Aujourd’hui exposé au musée des beaux Arts à Quimper.  

Le pont du Roy a été construit au XVIIᵉ siècle. Archive Le Doaré-Châteaulin
Le nouveau pont a été construit à la fin des années 20. Photo Claude Prigent

Châteaulin. Les belles courbes du viaduc

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   
Loïc L’Haridon

Franchir l’Aulne,  à Châteaulin, n’a jamais été une sinécure. Depuis l’avènement de l’automobile, ça coince. Sur cette dernière portion du canal de Nantes à Brest, les projets de nouveaux ponts, serpents de mer quinquagénaires, prennent régulièrement le bouillon.

Cœur de la cité Pen Eog (tête de saumon), il y a trois façons de changer de rive : La passerelle piétonne de 2009, aussi imposante que controversée ; l’étroit pont routier qui a failli sauter pendant la guerre ; et, depuis 1906, le viaduc, ouvrage d’art remarquable aux courbes originales.  Ce pont curviligne de 165 mètres de long compte onze arches de maçonnerie. Sa construction, en pierre de Kersanton (Logonna-Daoulas) et granite de Pontivy, s’est étalée de 1905 à 1906. Elle a nécessité d’importants moyens pour l’époque. Des moyens mis en œuvre par Eugène Sanson, ingénieur des ponts et Chaussées. C’est que l’enjeu était de taille : désenclaver le Centre- Bretagne. Il s’agissait de relier la ligne Carhaix-Châteaulin du réseau breton à la gare d’Orléans. Pour ce faire, il fallait donc raccorder la gare de Châteaulin-ville (rive-droite) à celle de Châteaulin-embranchement (rive gauche). 

Le « petit train » comme l’appelaient les gens d’ici, transportait aussi bien les passagers que les marchandises, et notamment les nombreuses denrées agricoles produites dans la région.

Ligne fermée en 1967

Dans les années 60, les campagnes se vident en même temps que les routes se remplissent, sonnant le glas pour le petit train. La voie métrique et les coûts de transbordement qui lui sont liés ne sont plus rentables. En 1967, 60 ans après le premier franchissement de l’Aulne, la ligne ferme définitivement. Dès lors, le viaduc est ouvert à la circulation des véhicules, sur une voie unique. Quand à l’ancien tracé de la voie ferrée, il a été transformé par endroits en sentier de randonnée. On peut l’emprunter au départ du bien nommé plateau de la petite gare.

        Le saviez-vous ?

Dans les années 50, Châteaulin fut le premier centre d’expédition de pommes de terre de semence en France. Il n’était pas rare que trois trains quittent la ville, chaque soir, débordant du fameux tubercule. On les appelait les « trains patates ». C’est toute une société de paysans, de contrôleurs, de négociants, de coopératives et d’employés qui vivait ainsi de la pomme de terre.

Derrière le pont routier, on aperçoit le viaduc, construit en 1906 pour relier les deux gares châteaulinoises. Photo archive Le Doaré-Châteaulin
Dans l’ordre en partant du bas: la passerelle piétonne de 2009, le pont routier et le viaduc construit en 1905-1906.

Guipavas. L’aéroport Brest – Bretagne

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David Cormier

Guipavas. L’aéroport Brest – Bretagne

Évoquer  les premiers temps de l’aviation à Guipavas, c’est revenir à la présence massive de l’armée américaine en 1917 et parler dirigeables, garés dans deux hangars et utilisés pour repérer les mouvements de sous-marins  allemands. La guerre achevée, un film américain est projeté là, une découverte à l’époque pour la plupart des spectateurs.

L’armée française ne s’intéresse pas au site de Lanrus (pour privilégier Lanvéoc-Poulmic, de l’autre côté de la rade) et il faut attendre 1931 pour voir la création d’un aéroclub. La Chambre de commerce prend l’usufruit du terrain, y construit des bâtiments, et l’aéroport en tant  que tel est inauguré en juin 1937. L’avion a remplacé le dirigeable : les accidents, en particulier celui, dramatique, quelques semaines plus tôt, du Hindenburg près de New York, ont mis fin à son utilisation commerciale.   

La seconde Guerre mondiale laisse le lieu en piteux état mais la reconstruction ne tarde pas. Des meetings aériens régalent le public et des liaisons (vers l’Angleterre et l’Irlande pour transporter des fraises de Plougastel (29) puis Jersey ou Ouessant) commencent à se développer dans les années qui suivent. Mais celle vers Paris, quotidienne, créée en janvier 1961 par Air Inter, marque le véritable envol de l’aéroport de Guipavas. En 1986, il faut agrandir une première fois l’aérogare, tandis que la piste est allongée à plusieurs reprises. Une zone de fret  voit le jour en 1993.

Plus d’un million de passagers par an

Avant la fin du siècle, le nombre annuel de passagers franchit les 600 000 et l’aérogare se développe encore. Elle est complètement refaite en 2007, avec une architecture futuriste, pour une capacité d’1,4 million de passagers annuels. Le cap du million est atteint en 2012. Avec 1,1 million en 2018, l’aéroport Brest Bretagne, comme on l’appelle désormais, reste le premier de Bretagne. Il dessert huit pays en Europe en vol direct (en plus des quinze destinations françaises), ainsi que le Maroc et la Tunisie, avec des lignes régulières et des vols vacances.      

        Le saviez-vous ?

L’architecte alsacien Denis Dietschy a conçu l’aérogare actuelle, inaugurée en décembre 2007. Elle ressemble à une raie manta et, depuis 2008, la grande verrière, à l’entrée, montre une flotte aérienne naviguant en forme de banc de poissons. L’idée est de rappeler l’environnement maritime de Brest aux gens qui atterrissent et à ceux qui s’en vont.

En 1975, l’aéroport de Guipavas accueille déjà une liaison quotidienne avec Paris. Archive Le Doaré-Châteaulin
L’aérogare actuelle, en forme de raie manta, a été conçue par l’architecte Denis Dietschy. Photo Claude – Prigent

Écluses de Pontivy. Témoins de l’histoire

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Pierre Bernard

Elles sont l’empreinte de l’histoire et la griffe d’un certain Napoléon. Édifiées sous l’Empire, les écluses de Pontivy, comme toutes les autres bâties sur le canal de Nantes à Brest ou sur le Blavet, avaient, à l’origine, un objectif strictement économique : désenclaver le cœur de la Bretagne en permettant le transport fluvial de denrées et de marchandises à l’intérieur de la région. Et donc délaisser les impraticables chemins de l’époque entre Saint-Malo, Lorient, Brest et le centre-Bretagne.

Désormais, elles servent à la navigation fluviale touristique et sont les témoins de la vie pontivyenne, si paisible le long de son halage, un tortueux corridor bucolique où, à chaque kilomètre ou presque, on longe ces écluses, faites de 40 m3 de pierres taillées. Des monuments de solidité à l’enjeu hydraulique, sportif et touristique pour la ville de Pontivy, et qui forment un patrimoine bâti horizontal exceptionnel en Bretagne. « Les bâtisseurs de ces écluses nous ont laissé en legs le plus grand château d’eau horizontal de toute la région », pense d’ailleurs le Costarmoricain Kader Benferhat, passionné du canal de Nantes à Brest et auteur d’ouvrages sur le sujet.    

Le charme et les rencontres.

Autrefois en perpétuel fonctionnement, les écluses de Pontivy sont désormais ouvertes à la navigation entre avril et octobre. Avec les beaux jours, la cité napoléonienne voit ainsi bateaux et péniches naviguer doucettement le long de ses quais fleuris. Des traversées qui ont la cote : l’écluse des Récollets, en plein centre – ville, a vu 98 bateaux en 2016 puis 140 l’an passé ! Autant de touristes qui apprécient, aussi, le charme des maisons éclusières. Entre Pontivy et Guerlédan, huit ont d’ailleurs été récemment restaurées. Certaines personnes s’y rencontrent pour échanger autour de ce formidable patrimoine local. Nées il y a si longtemps, les écluses ont encore une belle vie devant elles. À Pontivy, l’histoire ne s’arrête jamais vraiment…     

        Le saviez-vous ?

Qui dit écluse, généralement, maisons éclusière, avec son petit verger de pommiers en fleurs. Des espaces qui n’ont pas été conçus par hasard. En effet, les ingénieurs – paysagistes de l’époque voulaient avant tout prévenir l’oisiveté des éclusiers, tout en améliorant leur sort : s’occuper d’un potager ou d’un verger exige un travail méticuleux dont on tire les fruits pour en faire profiter sa famille !    

En 1963, la grande époque du canal de Nantes à Brest est déjà révolue. Archive Le Doaré – Châteaulin
Le canal, aujourd’hui un corridor bucolique apprécié des touristes et promeneurs. Photo François Destoc

Le Faouët. Les trésors de Saint Fiacre

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Katell Brélivet

Avec Sainte – Barbe et l’église Notre – Dame à Kernascléden, La chapelle Saint – Fiacre au Faouët se place dans le trio de tête du patrimoine religieux du pays du roi Morvan. Certes, Sainte – Barbe est plus spectaculaire. Sa voisine, à deux kilomètres au sud de Faouët, sur la route de Quimperlé, est plus discrète, moins imposante. Dédié à saint Fiacre, moine venu d’Irlande au VIᵉ siècle (le saint patron des paysans et des jardiniers), l’édifice se découvre avant tout de l’intérieur.

La chapelle a été conçue entre 1450 et 1480 par la famille Boutteville, seigneurs du Faouët, de grands bâtisseurs, au goût prononcé pour les arts et l’architecture, au crédit desquels ou peut aussi mettre la chapelle Sainte – Barbe et les halles du Faouët. Ce chef – d’œuvre de l’art gothique flamboyant breton doit surtout sa renommée à son magnifique jubé en bois polychrome. Une véritable bande dessinée sculptée. « Parmi les plus beaux de Bretagne, les plus anciens et les plus richement décorés », diront les amoureux d’art sacré.  

La fontaine guérisseuse

« Saint – Fiacre a été autrefois  été  un gros village », rappelle Nathalie Le Pen, médiatrice du patrimoine à la communauté du pays du roi Morvan. On parlait même du bourg de Saint – Fiacre, qui connaissait de grosses affluences liées à la fontaine du même nom (deux bassins reliés par une rigole en pierre de 7 mètres)  à 500 mètres de la chapelle, réputée pour soigner les maladies de peau. Cette fontaine guérisseuse, vestige supposé d’une léproserie au Moyen Âge, a été réhabilitée par les habitants du secteur dans les années 1980.

Si le village, au fil du temps, s’est vidé de ses commerces et artisans, les artistes n’ont jamais déserté les lieux. Séduits par les scènes de marché et de foire sous les halles (autre lieu emblématique de la commune), les peintres ont immortalisé, dès le milieu du XIXᵉ siècle, les pardons et pèlerinages autour des chapelles faouëtaises.  Le musée du Faouët conserve une belle collection qui fait revivre l’effervescence culturelle de la cité.

        Le saviez-vous ?

En avril 1732. Louis Le Ravallec se rend au pardon de Saint-Fiacre. Un pêcheur découvrira le corps de l’homme sur les bords de l’Ellé. La piste accidentelle est retenue. 230 ans plus tard, Donatien Laurent exhume les carnets de notes de Théodore Hersart de la Villemarqué, qui contiennent la gwerz «  pardon Saint Fiaakr », qui affirme que Louis Le Ravallec, victime d’une rivalité amoureuse, aurait été assassiné.      

Saint-Fiacre (ici en 1949) a été un gros village, et même quasiment un bourg. Archive Le Doaré-Châteaulin
Les arbres ont poussé, mais la chapelle Saint-Fiacre reste prisée des touristes et habitants du Centre-Bretagne.

Sainte – Anne – d’Auray. Le sanctuaire évolue

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Gwen Rastoll

À l’origine,  il n’y avait rien. Ou presque. Un champ, celui du Bocéno, dans le village de Ker Anna, à Pluneret, sur lequel paissaient les bêtes d’un humble paysan, Yves Nicolazic, à qui sainte Anne serait donc apparue pour la première fois en 1623. Après d’autres apparitions, la sainte demande à Nicolazic, dans la nuit du 25 au 26 juillet 1624, de reconstruire son sanctuaire tombé en ruines. Ce sera l’œuvre de sa vie. Le culte prend racine et se développe. La basilique est construite au XIXᵉ  siècle d’après les plans de l’architecte Édouard Deperthes, à l’emplacement de l’ancienne chapelle. Le monument, propriété de la commune, est inscrit au titre des Monuments historiques en 1975. Dans son voisinage, de nombreux édifices vont germer, comme la Scala Santa (1660) ou l’imposant Mémorial de la Grande Guerre. Non loin, les pèlerins qui arrivent à Sainte – Anne d’Auray ne manquent pas de retrouver un peu de fraîcheur sous la fontaine, une source très ancienne, qui serait le lieu de la première apparition de sainte Anne en 1623.

Au chevet de Sainte – Anne d’Auray

Toutes ces constructions nous ramènent naturellement vers l’immense parvis qui ouvre sur la basilique. « C’est une vaste construction : 22 mètres de large, 63 mètres de long, et 73 mètres de haut. Elle a déjà fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration, menées notamment de 1965 à 1980 par l’architecte J. Cordonnier.   Cependant, depuis près de 30 ans, aucun programme d’ampleur n’a été entrepris », nous apprend Dominique Lizerand. L’architecte du Patrimoine a été appelée à la rescousse en 2015, pour se porter au chevet de la basilique : des fuites et un état de délabrement général contraignent les propriétaires – la commune pour la basilique et l’essentiel du site, mais aussi le diocèse pour la chapelle de l’immaculée, le parvis… -à sonner le tocsin. Un vaste plan de restauration est lancé. L’opération devrait encore s’étaler sur plusieurs années, pour environ 10 millions d’euros.

   Le saviez-vous ?

En 1944, le 5 août, le père le Barh, premier recteur de la paroisse est fusillé par les Allemands devant la maison Sainte – Marie, ainsi que le père Allanic, économe du petit séminaire et organiste de la basilique. Des soldats allemands pénètrent ensuite dans la basilique dans le but de l’incendier. Mais le feu ne prendra pas et la basilique restera debout. Des traces de l’incendie sont encore visibles aujourd’hui au niveau des confessionnaux.   

Le Sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray en 1959. Archive Le Doaré – Châteaulin
Le site fait aujourd’hui l’objet d’un vaste plan de restauration qui s’étala sur plusieurs années. Photo François Destoc

Bénodet. D’une rive de l’Odet à l’autre

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Jean Le Borgne

Le bruit sourd des chaînes guidant le bac d’une rive à l’autre de l’Odet, entre la cale du vieux port de Bénodet et celle de Sainte-Marine, le port bigouden de Combrit. Historien amateur, Renan Clorennec n’a pas oublié le va-et-vient du bateau qui, qui jour et nuit, transportait véhicules et passagers jusqu’en 1972, entre le pays fouesnantais et le pays bigouden. Un trait d’union indispensable pour le sud de la Cornouaille, évitant un détour de près de 40 km par le centre ville de Quimper.
Malgré le fort courant qui charrie les eaux de l’Odet entre les deux petits ports, la traversée s’est rapidement imposée comme une activité indispensable à la vie de la Cornouaille. Un droit de passage partagé sous l’ancien régime  entre le marquis de Kersalaün, propriétaire du château du Cosquer à Combrit et le marquis de  Cheffontaines son « voisin », dont la riche demeure dominait l’Odet depuis la rive de Clohars-Fouesnant. Évoqués en 1984 par la revue Cap Caval, les tarifs de 1816 détaillaient le prix de la traversée pour un cheval et son cavalier, un veau ou un mouton.
Naufrage
Un bac à charretier a été ajouté aux barques dédiées au transport de passagers à la fin du XIXᵉ siècle. « Les rames utilisées par trois marins étaient aussi longues que la coque », détaille Renan Clorennec. La vapeur fait son apparition en 1911, sur le modèle du bateau de servitude  de l’Elorn. Une époque dont témoigne encore la citerne à eau, conservée tout près de la grève de Sainte-Marie, où le bateau embarquait et débarquait ses passagers, avant que le trajet ne se fasse de cale à cale.
L’exploitation du bac est marquée par un naufrage. En 1929, le bac à vapeur, mouillé dans l’Odet pour la nuit, coule après une violente tempête. Il sera renfloué par les scaphandriers brestois, aidés d’une des goélettes de l’armement Donat de Sainte-Marie.
Le début de la mécanisation sera synonyme d’une intensification du trafic entre les deux rives, jusqu’à la mise en service du pont de Cornouaille en mai 1972, reléguant le bac de l’Odet au rang des activités touristiques.
  ⧨  Le saviez-vous ?
Depuis trois ans, les Vedettes de l’Odet proposent, l’été de traverser l’Odet à bord du P’tit bac. Une traversée assurée jusque – là par le Picot qui a transporté près de 65 000 passagers en 15 ans. Le nouveau bac perpétue la tradition, chaque jour de 9 h 30 à 19 h 30, du 8 juillet au 25 août.

En 1968, le bac était un passage obligé pour rejoindre Bénodet depuis Saint – Marine. Archive Le Doaré – Châteaulin
Le pont de Cornouaille a rendu le bac facultatif mais les touristes apprécient toujours la traversée. Photo Claude Prigent

Port du Légué. Le trait d’union

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Laurent Marc

C’est un trait d’union entre Saint-Brieuc et Plérin. Un port de plaisance et de commerce qui rapproche autant qu’il a divisé. Un lieu à part que se partagent Briochins et Plérinais. Loin des centres-villes respectifs, le port du Légué vit sa vie à flanc de falaises. Là où le Gouët finit sa course pour se jeter dans la mer. En bas, à l’ombre du viaduc du Gouët, pont autoroutier qui enjambe la vallée, on n’est ni de Saint-Brieuc, ni de Plérin, on est d’abord du Légué. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Les anciens se souviennent des rivalités qui existaient entre les habitants des deux rives. Au point d’aller se « castagner » de temps en temps. Sorti de sa torpeur ces dernières années, le port du Légué est devenu « the place to be ». Restaurateur étoilé, épicerie fine, magasin de disques, bar à bières… Le côté plérinais, celui où le soleil se couche, la joue dolce vita. À tel point qu’une résidence de luxe est en cours de construction. En face, startupers, architectes, restaurateur et patron de boîte de nuit profitent eux aussi de l’emplacement. Mais le port du Légué n’a pas toujours été tendance. En 2004, le Wagon, squat et repaire de la culture punk locale est rasé, après plusieurs années de tolérance. Le début de la mutation.

Brioc, le moine gallois

L’histoire retiendra que les premières traces d’existence du port remontent à l’Antiquité et que c’est par l’estuaire de Gouët que Brioc Glamus, moine gallois serait arrivé pour fonder un monastère. L’endroit est donc lié à jamais à la création de Saint –Brieuc au Vᵉsiècle. Pour autant, ce n’est pas le port qui a créé la ville, mais bien l’inverse. Un port sans quais, avec juste quelques ouvrages en bois. D’ailleurs, étymologiquement Légué veut dire « le gué que l’on traverse ». Plus tard, il deviendra un lieu de commerce. Les toiles bretonnes, confectionnées à Quintin et Loudéac, y sont acheminées en direction des Amériques et de l’Inde.

Base arrière de terre-neuvas au XVIIᵉ siècle, le Légué deviendra un haut lieu de la reconstruction automobile, début XXᵉ, grâce au génial inventeur, Lucien Rosengart.

   Le saviez-vous ?

Le Grand Léjon est le bateau emblématique de la baie de Saint-Brieuc. C’est une réplique d’un lougre de travail, la Jeanne d’Arc, un petit caboteur construit en 1896. Le Grand Léjon a été construits entre 1988 et 1992. Il porte le nom du phare qui se situe au large de Saint-Quay-Portrieux.

Le port du Légué, entre Saint-Brieuc et Plérin, en 1955. Archive Le Doaré-Châteaulin
Le Légué, en 2019, est devenu un lieu prisé des Briochins. Photo Nicolas Créach

Camaret. La double renommée

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René Pérez

Comme Saint-Tropez ou Montcuq, Camaret fait partie des petites cités à forte notoriété. Le port finistérien, à la pointe de la presqu’île de Crozon (Finistère) doit la sienne à une chanson paillarde, œuvre vengeresse d’un journaliste parisien après des  démêlés avec la population locale. Du curé à la statue d’Hercule, ce célèbre chant enfile gaillardement les rimes les plus irrévérencieuses.

De la langouste à fond de cale et une Tour à l’Unesco

Mais Camaret doit aussi son renom à ces livres scolaires nous apprenant jadis que c’était le premier port langoustier d’Europe, ce qui l’élevait au rang de pépite nationale. Durant quelques décennies, la langouste bretonne, puis mauritanienne, fit les beaux jours de la commune et les belles recettes de tous les estaminets. Quand les bateaux rentraient, chargés de langoustes jusqu’à la gueule, on chantait fort au rythme des tournées s’enchaînant à un jet de bigorneau de la mer nourricière. On ignorait alors que tout cela n’aurait qu’un temps, tant les fonds marins s’épuisaient silencieusement au rythme d’une pêche trop intense.

À la fin des années 80, le déclin s’avéra inéluctable et les quais entamèrent une nécessaire reconversion, avec création d’un port de plaisance, ouvrant de nouveaux horizons vers l’activité touristique. Du classement par l’Unesco de sa Tour Vauban à son quartier d’artistes, de son quai aux restaurants alignés comme des cabines de plage jusqu’au Tas de Pois défiant l’océan, la cité de caractère trace sa nouvelle route.     

Les Filles de Camaret

Mais la mer ne la nourrit plus et les paillardes ne résonnent plus comme avant, privées de ces caisses de résonance qu’étaient les banquets des grandes noces de jadis. Tous les convives devaient réviser leurs classiques et les Filles de Camaret revenaient invariablement au répertoire, comme les vagues à la pointe du Toulinguet. Mais les grandes noces se font rares, les paillardes sont moins gaillardes et il n’y a plus de curé à Camaret.

 Le saviez-vous 

Le 18 juin 1694, les Anglais attaquent Camaret et débarquent en force pour assiéger Brest. Grave erreur. Les chaloupes touchent terre à marée descendante et sont à sec quand la contre-attaque est lancée de la côte. Un carnage. Au moins 1 000 morts côté anglais.

La langouste fit les belles heures du port de Camaret dans la première moitié du XXᵉ siècle. Archive Le Doaré-Châteaulin 
Aujourd’hui plus touristique, Camaret trace sa nouvelle route. Photo Claude Prigent


Baie des Trépassés. Force des légendes

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Rodolphe Pochet

Assis au beau milieu de la longue plage de la baie des Trépassés, le spectacle qui s’offre est incroyable : à gauche la pointe du Raz, à droite la pointe du Van, et devant nous l’île de Sein et les phares de Tévennec et de la vieille. Face à une telle puissance, l’homme est, pour une fois, resté modeste. L’hôtel situé en son cœur a grandi, certes, la route s’est développée et les voitures ont changé. Pour le reste, tout semble éternel dans cette baie des Trépassés, cadre mythique qui a tant inspiré les artistes.

Son nom provient d’une déformation de Boe An Aon (« baie du ruisseau ») en Boe an Anaon (« baie des âmes en peine »). De quoi charrier son lot de sinistres légendes, comme celle qui raconte que des cadavres des naufragés venaient s’y échouer à intervalles réguliers. Des morts qui reviendraient chaque 2 novembre à la recherche des vivants qu’ils aimaient sur cette terre… « Son sable pâle est fait des ossements broyés, et les bruits de ses bords sont les cris des noyés », écrira même Auguste Brizeux, un tantinet impressionnable sur le coup.     

Hôtel né avant la Seconde Guerre mondiale

La baie sépare les communes de Cléden-Cap-Sizun et Plogoff, et les deux flèches vers l’océan que sont la pointe de Raz et la pointe du Van, que le promeneur peut rejoindre par de magnifiques sentiers. La plage s’est imposée comme un spot important pour les surfeurs, baigneurs ou même créateurs de Land art et comme un site touristique incontournable. Deux hôtels deux étoiles y ont édifiés, à 200 mètres l’un de l’autre, dont ce fameux hôtel-restaurant de la baie des Trépassés, créé par Clet et Marie Normant avant la seconde Guerre mondiale.

Ce havre séduit depuis les amoureux de solitude et de nature, un hôtel où il faut savoir se lever tôt pour profiter du lever de soleil sur la baie, moment magique. Le site est protégé : la baie des Trépassés, fait partie du périmètre original du Grand Site de France de la pointe du Raz. Tout l’enjeu, pour le syndicat mixte, est de concilier la protection de l’espace dunaire avec l’accès du public à la plage. Encore faut-il que les défunts ne reviennent pas trop piétiner les lieux…

    Le saviez-vous ?

Dans les années 60, la baie des Trépassés était un lieu de villégiature prisé par Johnny Hallyday, plusieurs fois venu avec Sylvie Vartan et le photographe Jean-Marie Périer. Il séjournait dans l’hôtel voisin, alors nommé Ville d’Ys. Il aimait notamment partir en mer remonter les casiers de homards.

L’hôtel de la baie des Trépassés a été édifié avant la Seconde Guerre mondiale. Photo archives Le Doaré
Il reste aujourd’hui un havre de paix pour les solitaires et les amoureux de la nature. Photo Claude Prigent