Quand l’Émile Miguet était le plus grand pétrolier du monde

Source de l’article le Télégramme de Brest

Jean-Yves Brouard.

Le pétrolier Émile Miguet à son lancement, à Dunkerque (Nord) le 12 avril 1937 Photo DR



Le Lancement l’Émile Miguet fut le plus grand du monde, à son lancement en 1937. Mais il a mal terminé sa carrière.
176 mètres de long et 22,5 m de large : le pétrolier Émile Miguet est un géant pour l’époque. (Photo Collection Michel Mathieu)

Le lancement du pétrolier Émile Miguet, à Dunkerque, jalonne la course au gigantisme, commencée dès le début de l’entre-deux-guerres, dans la conception des navires citernes. La demande de produits extraits des champs pétrolifères du Moyen-Orient, de la mer Noire et du pourtour du golfe du Mexique explose après le premier conflit mondial. Et, pendant des décennies, la France sera d’ailleurs toujours à la pointe de la technologie dans la construction des transporteurs de brut. Cela commence en 1922, avec le premier pétrolier « géant », le Saint Boniface. Dans les années 1930, arrivent un deuxième record de taille (mise en service du Marguerite Finaly), puis un troisième, avec l’Émile Miguet, destiné, lui, à étoffer la flotte de la Compagnie navale des Pétroles (CNP).

Le plus grand tanker d’Europe

C’est Madame Miguet, veuve d’un ancien directeur de la Compagnie française de raffinage, filiale de la CNP, qui baptise le navire le 12 avril 1937, aux Ateliers et Chantiers de France. Le pétrolier est tellement imposant – pour l’époque -, avec ses 176 mètres de long et ses 9,75 mètres de tirant d’eau, que seul le port du Havre peut l’accueillir (aux appontements pétroliers de la Compagnie industrielle et maritime). Il est le plus grand tanker d’Europe. Le Journal de la Marine marchande de l’époque s’enthousiasme : « Sa prochaine mise en service apportera une contribution appréciable au rayonnement de la France à travers le monde ».

C’est aussi le pétrolier le plus moderne, doté d’aménagements confortables et, en particulier, de systèmes de protection contre les incendies, la hantise des équipages depuis que plusieurs drames spectaculaires ont frappé les esprits, les années précédentes. La loi du 16 juin 1933 impose qu’à bord, soit également prévu un hôpital complètement isolé, ainsi qu’une cabine pour un infirmier. Livré fin mai 1937, le navire entame ses voyages : il en effectuera 22, avec peu d’anicroches, sinon un heurt assez violent, le 5 mars 1938, contre la porte d’entrée du bassin de Saint-Nazaire, qui occasionne quelques dégâts tant au navire qu’à la porte elle-même…

« Mais un sous – marin allemand rôde: l’U-48 du Korvettenkapitän Herbert Schultze. Soudain, en fin d’après – midi, le sous marin attaque au canon, à plusieurs reprises ».

Sur cette photo prise depuis le cargo sauveteur Président Hardling, le pétrolier Émile Miguet en feu, le 13 octobre 1939, au lendemain de son torpillage. (Photo DR)

Sous-marin allemand

L’Émile Miguet n’effectuera pas davantage de navigations, car il deviendra tristement célèbre avec un autre record dont il se serait bien passé. Un autre conflit – la Seconde Guerre mondiale, cette fois – éclate en septembre 1939. Le pétrolier est alors à Corpus Christi (Texas) et doit revenir en France avec un nouveau chargement complet. Mais les conditions des voyages ont désormais changé. En raison des risques dus à la guerre, les navires marchands doivent se rassembler en convois protégés par des escorteurs. Ceci ralentit certains d’entre eux, car, pour rester groupés, il faut adapter la vitesse des plus rapides, comme l’Émile Miguet justement, à celle des plus lents ou des plus fatigués.

Parti, le 17 septembre 1939, de Corpus Christi, l’Émile Miguet semble se traîner au milieu de son convoi où, hasard des circonstances, a pris place le Marguerite Finaly, cité plus haut. Un événement vient perturber la traversée : un mini-ouragan souffle sur l’Atlantique nord. La mer est grosse, les navires gouvernent mal. Le commandant du pétrolier, Robert Andrade, doit différencier les deux hélices et, bientôt, le 6 octobre, sous les rafales violentes et les grains, se mettre à la cape, pour sauvegarder ses embarcations. Les autres navires se dispersent, se perdent de vue.

Avec ses deux moteurs diesel capables de le propulser à 14 nœuds, l’Émile Miguet peut reprendre le voyage, seul. Le commandant, impatient de livrer ses 20 000 tonnes de pétrole, est sûr de lui grâce à la vitesse de son navire. Le 12 octobre, ce dernier se trouve à 500 milles devant le convoi et à 300 milles de la pointe sud-est de l’Angleterre. Mais un sous-marin allemand rôde : l’U-48 du Korvettenkapitän Herbert Schultze. Soudain, en fin d’après-midi, le sous-marin attaque au canon, à plusieurs reprises. Un des obus atteint le poste tribord arrière et tue un jeune marin de 18 ans, Joseph Le Maou, littéralement coupé en deux. Le novice meurt pratiquement dans les bras du second capitaine, Léon Caron.

Le commandant Andrade ordonne l’abandon de son navire, que le sous-marin torpille peu après pour achever le travail. L’Émile Miguet reste à flot toute la nuit et le lendemain, puis prend feu. L’équipage, qui avait pris place dans les embarcations de sauvetage en état, sera recueilli par un navire allié de passage. Le record de l’Émile Miguet à cette occasion ? C’est le premier pétrolier torpillé de toute la guerre 1939-1945.

Une fois la paix revenue, la Compagnie navale des Pétroles lancera de nouveaux pétroliers, dont un qu’elle baptisera Novice Le Maou, en hommage au malheureux jeune marin breton.

     

À Plougonvelin, du lavoir au jardin aménagé de Gaby Quellec

Voici le premier volet de notre série consacrée à ces passionnés, dans la région brestoise, qui construisent de leurs propres mains. Depuis 2004, Gaby Quellec passe toutes ses journées à aménager le jardin du Vaéré, à Plougonvelin. L’octogénaire ne manque pas d’idées pour continuer à le faire fructifier.

Ils l’ont construit eux-mêmes !

Source de l’article Le Télégramme de Brest.

Lauryane Arzel

Pratique

Accès depuis la D85, sortie Kerouman. Entrée libre. Ouvert tous les jours. Attention : le lieu n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite, ni aux familles avec poussette.

Le moulin est la dernière maquette installée par Gaby Quellec au jardin du Vaéré à Plougonvelin. (Le Télégramme/Lauryane Arzel)

« Les idées, ça me vient la nuit généralement, quand je ne dors pas », explique en souriant Gaby Quellec. Les propos de l’octogénaire semblent difficiles à croire, tant le jardin du Vaéré, situé dans la commune de Plougonvelin, fourmille d’idées et de projets en tous genres : plantations, jardins aromatiques et maquettes.


Les maquettes se cachent au milieu d’une végétation luxuriante. (Le Télégramme/Lauryane Arzel)

L’infatigable Gaby Quellec

« Gaby habite au Conquet, mais souvent, si on veut le trouver, on sait qu’il faut passer par son jardin, on est sûr qu’il y sera », s’amuse Sylvie Gillouard, filleule de Gaby. Bonnet vissé sur les oreilles, et grandes bottes aux pieds, l’ancien agriculteur « y passe toutes ses journées, très tôt le matin jusqu’à tard le soir », toujours en quête de quelque chose à améliorer. « Le travail, ça me plaît, j’ai tout construit de mes mains. Avant, ici, il n’y avait rien, c’était une friche ». En 2004, Gaby Quellec demande à son cousin de pouvoir utiliser le terrain pour en faire un jardin. Lui-même a travaillé juste à côté, comme agriculteur, jusqu’à l’âge de 56 ans.

Une première étape avait déjà été franchie avec l’association PHASE (Plougonvelin, Histoire et Avenir, Souvenirs et Écoute). Elle s’occupe de la conservation du patrimoine culturel de la commune. « À cause du remembrement, le lavoir où travaillait ma tante avait été enseveli sous les gravats », raconte Gaby Quellec. « J’ai commencé par déblayer, puis j’ai installé un système d’irrigation. Je suis d’ailleurs le seul à comprendre comment il fonctionne », notamment grâce à une expérience acquise en tant qu’agriculteur puis comme ouvrier agricole. La passion de Gaby Quellec pour les voyages nourrit son imaginaire. « J’en rapporte des projets d’installation de variétés de plantes encore absentes de mon jardin. Je suis, par exemple, en train de bâtir une serre à orchidées et plantes grasses ». L’année dernière, juste avant le confinement, Gaby Quellec s’est retrouvé coincé sur un bateau de croisière en Asie, une mésaventure qui l’amuse aujourd’hui. « C’est vraiment dommage, je n’avais pas encore vu l’Inde et la Chine ».

Le lavoir a été le point de départ de l’aménagement du jardin. (Le Télégramme/Lauryane Arzel

Voir toujours plus loin

Gaby Quellec s’est surtout inspiré de son environnement immédiat pour mettre en scène son jardin. En témoigne par exemple cette maquette du café du Vaéré, fréquenté par les marins avant-guerre et connu par un Gaby Quellec encore enfant. « Pour le réaliser, j’ai récupéré et taillé des pierres qui viennent du remembrement. Pierre Lannuzel, un copain couvreur, m’a aidé pour les ardoises ». Et aussi pour la maquette du fort de Bertheaume, où le détail a été poussé jusqu’à l’installation d’une petite navette SNSM.

Les maquettes reproduisent fidèlement les constructions d’origine. (Le Télégramme/Lauryane Arzel)

Voir toujours plus loin

Gaby Quellec s’est surtout inspiré de son environnement immédiat pour mettre en scène son jardin. En témoigne par exemple cette maquette du café du Vaéré, fréquenté par les marins avant-guerre et connu par un Gaby Quellec encore enfant. « Pour le réaliser, j’ai récupéré et taillé des pierres qui viennent du remembrement. Pierre Lannuzel, un copain couvreur, m’a aidé pour les ardoises ».

La maquette du fort de Bertheaume séduit les visiteurs. (Le Télégramme. Photo Lauryane Arzel
 

Et aussi pour la maquette du fort de Bertheaume, où le détail a été poussé jusqu’à l’installation d’une petite navette SNSM.

Voir toujours plus loin

Les choix de Gaby ont séduit Éric et Sandrine, venus de Dunkerque et arrivés par hasard dans le jardin. « Franchement, c’est fantastique, une belle parenthèse dans notre marche alors que nous sommes vraiment venus par hasard ! ». Chaque maquette nécessite entre deux et trois semaines de travail. Dernière venue au jardin du Vaéré, une maquette de moulin, similaire à ceux d’Ouessant, réalisée avec le menuisier Didier Jollec : « Il manque encore du drap pour les ailes, mais il a déjà fière allure. Je vais régulièrement sur l’île, que j’ai connue grâce à des marins qui se rendaient à Plougonvelin ». Gaby Quellec a déjà en tête son prochain projet : réaliser une maquette de la chapelle Saint-Mathieu.

POUR DOMINIQUE LEROUX,« Brest, c’est la mixité et la liberté»

Source de l’article. Le télégramme de Brest

Lauryane Arzel

Pour Dominique Leroux, photographe, Brest est une « ville qui bouge ». (Photo Le Télégramme / Lauryane Arzel)

Le photographe Dominique Leroux a ses racines fermement plantées dans le sol du Haut-Jaurès, à Brest. Il revendique sa fierté d’habiter un quartier multiculturel, dans une ville dynamique.

Mon Brest à moi

Lauryane Arzel

Un lieu du déconfinement ?

« Le 9 juin, à 12 h tapantes, j’étais devant la porte du restaurant Casa Nostra, rue Magenta, à attendre la réouverture. Même si j’ai beaucoup de bonnes adresses, c’est vraiment mon restaurant favori et, en plus, j’habite à 50 m. C’est aussi un des seuls qui servent après minuit. Quand j’étais jeune, c’était un ancien magasin Honda où je passais très souvent. Le Haut-Jaurès, c’est chez moi, il y a une diversité qu’on ne retrouve pas ailleurs à Brest »

haut de la rue Jean-Jaurès, où Dominique Leroux connaît toutes les bonnes adresses. (Photo Le Télégramme / Lauryane Arzel)

Un endroit qui vous a manqué cette année ?

« Pendant les périodes de confinement, j’ai beaucoup cuisiné et, pourtant, j’ai quand même perdu du poids ! Ce qui m’a manqué, c’est d’aller dans un vrai restaurant gastronomique où on sert quelque chose de très travaillé. Je pense à L’Embrun, rue de Lyon, par exemple, même si je n’y suis pas encore allé finalement ».

Le restaurant gastronomique L’Embrun, situé au 48, rue de Lyon. (Photo Le Télégramme / Lauryane Arzel)

Un lieu qui illustre le dynamisme de Brest ?

« J’ai un vrai attachement aux Capucins, qui ont réussi à se faire approprier par les Brestois et qui sont réellement faits pour eux. C’est un endroit qui incarne le Brest qui bouge. Les Capucins et Brest, c’est la mixité et la liberté avant tout. On peut y voir des adolescents s’entraîner au hip-hop, au tai-chi, écouter des personnes jouer au piano, c’est ça que j’aime, ce mélange. Il y a aussi un écho avec mon histoire personnelle, car j’ai travaillé pendant quinze ans à l’arsenal, de 1977 à 1993, même si c’est l’école des Arpètes qui représente l’âme de l’arsenal pour moi ».


Brest (29) les Capucins , architecture

Dominique Leroux apprécie le dynamisme des Capucins. (Photo David Rochas)

Un premier souvenir de Brest ?

« Toute ma famille maternelle habitait rue Sébastopol, ma marraine, ma grand-mère et mes tantes. Mon oncle, le meilleur carrossier de Brest, était lui aussi un voisin. Un autre oncle travaillait à l’Économie Bretonne, une centrale d’achat située là où est aujourd’hui le parking Kerfautras. Le quartier était pour moi et mes frères un immense terrain de jeux. Je me rappelle aussi des GI américains qui passaient dans le quartier, l’image m’avait marqué ».

Le square Laennec jouxte le parking Kerfautras. (Photo Le Télégramme / Lauryane Arzel)

Un lieu d’enfance ?

« Je dirais même jardin d’enfance, le jardin de Kérinou. C’était un terrain assez sauvage et qui paraissait immense à l’époque. Il faut dire que, rue Marceau par exemple, il y avait encore une ferme. Avec mes trois frères, nous jouions souvent autour d’un immense bassin d’eau. Un oncle de mon père, charpentier de métier, nous avait fabriqué trois bateaux en bois, qui remportaient toutes les batailles navales en coulant les autres embarcations ».

Une idée de balade ?

« Ce qui me plaît à Brest, c’est d’avoir les deux côtés, mer et campagne. J’ai découvert le polder du Moulin-Blanc il n’y a pas si longtemps, et l’aménagement est exceptionnel. De nuit, j’y ai réalisé des photographies des hydroliennes dont les tubes étaient éclairés par d’immenses projecteurs. Du Moulin-Blanc, on peut aller au parc de Kérallan à Lambézellec, un lieu incroyable où il y a un bois, une rivière, un terrain de basket pour les jeunes… ».

Dominique Leroux a déjà photographié le polder du Moulin-Blanc pour son travail. (Photo Le Télégramme / Lauryane Arzel)

« Raconter une métamorphose ».

Dominique Leroux, photographe, ne manque pas d’idées ni de projet. En décembre prochain, un livre et une exposition auront en commun le récit du changement vécu par Brest et ses habitants.

« L’idée était de raconter l’histoire d’une métamorphose, car il n’y aura plus de construction navale à Brest, c’est un fait», explique Dominique Leroux. Une future exposition de l’ancien apprenti à l’arsenal investira les Capucins de décembre 2021 à février 2022. Objectif : faire le récit de la construction navale mais aussi se projeter vers l’avenir.

Monter des échafaudages aux Arpètes

 «Nous sommes entrain de construire la scénographie de l’exposition. Elle s’appuiera sur des tubes qui seront disposés dans le passage des arpètes», complète le photographe. «Elle abordera également le sujet des sous – marins nucléaires et de leur déconstruction. Nous avons pour cela fait appel à plusieurs partenaires : Navaléo, la mairie, les Capucins et Marc Échafaudages». Selon lui, l’exposition cherche également à mettre en valeur l’écologie et le recyclage, par exemple sur le sujet du désamiantage des sous – marins.

Autre projet à venir, un livre édité par Dialogues aux Éditions du parapluie jaune, à paraître en décembre 2021. Dominique Leroux dit avoir  «cherché à créer un travail d’auteur où (il) dirige cinq photographes, tous brestois, et deux écrivains. Leur point commun est de dépeindre l’évolution et la métamorphose de la ville».

Dominique Leroux rêve enfin de« pouvoir trouver une salle pour exposer des photos. Je veux faire venir encore davantage la photo à Brest, comme le travail accompli avec l’association Capab-Pluie d’images. Il faut mutualiser les forces ».     

Mon commentaire de visiteur (Ancien Métallo)  

 Un voyage merveilleux dans le monde de la photo,  les portraits, un moment d’émotion intense, nous projette dans notre ancien univers de la réparation navale, nous retrouvons les visages d’amis, de camarades de travail, une promenade dans une vie de labeur, de souvenirs heureux. Une redécouverte. Seul  un artiste de la photographie qui parle avec son cœur, pouvait nous faire revivre ce moment là. Merci Dominique Leroux, l’artiste de nos souvenirs. À la manière des grands peintres ton œuvre mérite  de figurer  dans le musée de la photo Brestoise.  Musée à créer par tout les amoureux de la photo. Ce lieu manque oui à Brest.

Un Ancien Métallo  

Entrez dans le lavoir de Pontaniou, situé rue Saint-Malo, à Recouvrance. Le dernier survivant des lavoirs brestois.

Source de l’article

LE TÉLÉGRAMME DE BREST

Lauryane Arzel

L’association La Carrée porte aujourd’hui un projet de réhabilitation de la loge de la gardienne. (Photo Adeupa de Brest/Collection des Archives de Brest)

En 1884, le lavoir de Pontaniou ouvre enfin ses portes rue de St Malo. Il traduit une prise de conscience : celle de l’importance de l’hygiène dans la lutte contre les épidémies. Le lavoir perdurera jusqu’en 2000, après plus d’un siècle d’utilisation par les femmes de Recouvrance.

Un demi-siècle pour se concrétiser

En 1830, la municipalité envisage déjà de construire un nouveau quartier sur les hauteurs de Pontaniou, où le lavoir sera un équipement indispensable. « C’est un budget énorme pour une ville », expose Olivier Polard. « L’équipement devait durer, d’où la présence d’une charpente en chêne par exemple ». Le lavoir doit être construit rapidement pour remplacer celui de la rue de la Porte, mais le réseau d’eau potable, défectueux, et la densité du maillage urbain ralentissent le projet. La municipalité ne rachète le terrain qu’en 1882. D’une surface de 1 000 m2, en pente, il s’avère idéal pour capter les eaux de la rivière du Carpon.

Un lieu réservé aux femmes

Le lavoir incarne la modernité dans le quartier de Pontaniou, « un quartier insalubre où la rue Saint-Malo était régulièrement inondée », précise Olivier Polard. « C’était des égouts à ciel ouvert ». Les ménagères de Recouvrance en apprécient d’autant plus le confort offert par le lavoir dès son ouverture en 1884. Le bassin, long d’une trentaine de mètres, est divisé en deux parties : le rinçoir et l’abreuvoir pour savonner le linge. « Le lavoir était même protégé de la pluie. Il comprenait aussi trois latrines, une rareté et un luxe pour l’époque », énumère Olivier Polard. La clôture protège le linge des voleurs, tandis que les remblais des fortifications servent d’espaces supplémentaires pour faire sécher le linge. Toutes ces caractéristiques distinguent le plus grand lavoir de Brest des autres lavoirs construits à la fin du XIXe  siècle.

Jusqu’à 250 femmes pouvaient venir laver leur linge chaque jour pendant l’été. Il y avait les mères de famille mais aussi les lavandières professionnelles, ce qui créait des conflits au sujet du manque de place.

». Mais aussi en raison d’horaires d’ouverture trop restreints, de 8 h à 17 h en hiver et de 6 h à 18 h en été. Une gardienne est là pour gérer les conflits. À partir de mars 1901, elle est même reliée directement par téléphone au poste de police de Recouvrance.

Le lavoir n’est pas qu’un lieu de conflits mais aussi de discussions souvent animées. « C’est la première fois qu’on a une concentration de femmes dans un endroit qui leur est dédié », souligne Olivier Polard. « Cela a forcément contribué à l’émancipation féministe. Les discussions donnent de l’élan à une prise de conscience ». Ces journées passées au lavoir créent une émulation inédite.

Un déclin progressif

En 1913, la mairie vote enfin le budget pour construire un deuxième bassin. Le problème de l’espace est réglé mais pas celui de la darrée, dont le mot est spécifique au quartier de Pontaniou. Cette eau, sale et gorgée de savon, dévale la rue Saint-Malo, posant des problèmes d’assainissement. 30 000 litres d’eau étaient utilisés chaque jour. Après guerre, Pontaniou est un des rares quartiers encore relativement intacts. Le lavoir est reconstruit entre 1947 et 1953 avec un nouveau mur d’enceinte.

Le nombre de lavandières ne fait ensuite que diminuer. Les progrès technologiques s’ajoutent au départ de la population vers de nouveaux quartiers. « La ville aurait voulu se débarrasser du lavoir dès les années 1970 », raconte Olivier Polard. En 1985, la mairie doit pourtant reculer devant la colère des usagères du lavoir, qui s’étaient retrouvées face à une porte close. Le lavoir ne fermera ses portes qu’en 2000.

À la plage des Curés, de l’eau bénite ? Le Télégramme de Brest

Plusieurs plages de curés existent en Bretagne. Certaines tirent leur nom de la présence passée et discrète de religieux, d’autres pas.

PHOTO Lionel Le Saux

La commune de Plougonvelin et sa plage des Curés se situent à 20km à l’ouest de Brest, tout proche de la pointe St Mathieu.


Pendant plusieurs siècles, religieuses et religieux appréciaient de vivre souvent sur de beaux domaines près de la mer. On peut citer par exemple l’abbaye de Landévennec ou celle de Beauport, à Paimpol. Certains profitaient de cette proximité avec des plages pour aller discrètement se baigner, en veillant à ne pas trop se faire remarquer. Depuis, quelques plages ont même été rebaptisées en fonction de ces habitudes anciennes d’hommes et de femmes d’Église.
La plage des Curés, Plougonvelin

La plage des Curés à Plougonvelin (29), s’appelle ainsi car certains ecclésiastiques venaient s’y baigner à l’abri des regards. Son accès est particulièrement difficile. Il faut descendre un escalier pentu d’une soixantaine de marches et quelques rochers. La crique des Curés offre un espace d’intimité entre deux sites par ailleurs très fréquentés : le fort de Bertheaume et la plage du Trez Hir. Elle est entourée de falaises et ses eaux turquoise invitent à la baignade, ou à la contemplation… Il s’agit incontestablement de l’une des plus belles plages de Bretagne.

PHOTO Lionel Le Saux / CLEDER (29) : Crique de Theven Braz a Cleder. Surnommée aussi plage des sœurs.

La plage des Sœurs, Cléder

La plage située à Kerfiat sur la commune de Cléder (29) est connue localement pour s’appeler la plage des Sœurs. « À marée basse, de l’eau stagne dans un vaste trou naturel au milieu des rochers. Dans les années 1950, les bonnes sœurs venaient y tremper leurs pieds à l’abri des regards », explique Michel Quéré, guide-conférencier dans le Léon. Depuis leur maison située dans le bourg de Cléder, elles marchaient pendant environ trois kilomètres en empruntant un chemin creux. Sur cette plage, la douzaine de sœurs se pensait relativement éloignée des autres plagistes et curieux. À l’époque, il n’était pas question de voir le mollet d’une religieuse. Mais c’était sans compter, sûrement, sur les tailleurs de pierre qui exploitaient du granit à proximité. Cette anecdote ne manquait pas de faire sourire dans la commune. Et l’histoire nourrit encore des conversations aujourd’hui.

Quelques petits coins de sable fins permettent aussi de bronzer en toute tranquillité sur cette plage cléderoise assez peu fréquentée. Photo Lionel Le Saux.

La plage des Curés, Plestin-les-Grèves À Plestin-les-Grèves (22), on trouve également une plage des Curés. Mais ce nom officiel n’est pas directement lié à la présence passée de religieux. En réalité, les curés sont des petits poissons que l’on trouvait à une certaine époque en abondance dans ces eaux. Le nom exact de cette espèce est l’Atherina presbyter, appelée aussi prêtre ou petit curé. L’Atherina presbyter, qui dépasse rarement 20 centimètres, est apprécié par de nombreux pêcheurs amateurs. L’histoire ne dit pas si, à Plestin-les-Grèves, on y faisait des pêches miraculeuses…

PHOTO Lionel Le Saux / PLESTIN-LES-GREVES (22) : Plage des cures a Plestin-Les-Greves, se situe juste en face du port de Locquirec son accès est facile. Cette plage est bien fréquentée en été

PHOTO Lionel Le Saux / PLESTIN-LES-GREVES (22) : Cette plage plestinaise est particulièrement étendue. Des espaces en renfoncement au bord des falaises permettent de bien s’abriter du vent.

Hommage aux combattantes pour la liberté, de la part d’une personne, Anonyme le 1/ 11/ 2021, au cimetière de Brest St Martin. Un grand merci de notre part.

Brest. Le 01/11/2021

Alice,

Cette année, vous auriez eu 98 ans. Mais vous aurez 21 ans à jamais, d’autres en ont décidé ainsi pour vous.

On a beaucoup brodé autour de votre histoire. On a voulu faire de vous une sorte d’étendard. Comme si vous n’étiez pas déjà assez brillante, forte et courageuse. Comme si votre engagement n’était pas déjà si impressionnant !  

Combien dans votre situation ont détourné le regard et le cœur ? Combien à votre âge n’ont pas saisi le sens de l’histoire ? La majorité semble –t-il. En cela, vous êtes une exception qui confirme la terrible règle.

Certains ont dansé sur votre histoire pour arracher un peu de votre lumière et d’accoler à leur poitrine maigre. Ils ont Sali ce que, par votre engagement désintéressé, vous avez bâti. Une sorte de légende, au sens noble du terme.

Comme beaucoup, c’est par le truchement d’un homme engagé que vous intégrez la Résistance en 1941. Le pharmacien George Roudaut vous voit bénéficier de cette relative liberté dévolue aux femmes en cette seconde année de guerre. Les nazis, machistes parmi d’autres, n’imaginent pas encore que de femmes, faibles créatures puissent résistez. La guerre est une chose sérieuse, une chose d’homme n’est-ce pas !

A aucun moment vous ne vous déroberez à ce que vous considérez comme un devoir pour qu’un autre possible existe dans votre pays, sur votre territoire. Jusqu’à payer le plus lourd prix, celui de votre propre vie.

Madame, vous qui aurez 21 ans pour toujours, nous venons en ce jour vous rendre le femmage et les honneurs qui vous sont dus, à vous comme à tant d’autres femmes et hommes en Bretagne et dans le pays brestois.

C’est grâce à vous que nous, femmes et hommes de 2021, nous pouvons nous tenir debout. Que nous foulons, en toute liberté, chaque jours la terre qui vous a portée et que vous avez su si bien honorer.

Longue vie à votre souvenir, nous sommes peu-mais il vaut mieux peu que rien, à ne pas vous oublier, pour que continuent les jours heureux !  

Molène et Ouessant :Le paysan entre deux îles Le Télégramme de Brest

Vincent Pichon est maraîcher à Molène et Ouessant. Il avait lancé son activité sur ces îles voisines, dans le cadre d’un vaste projet de relance de l’agriculture insulaire. Les îliens peuvent désormais déguster des légumes produits sur place. Une première.

L’Île d’Ouessant

Vincent Pichon cultive pommes de terre et oignons à Molène, et légumes et tomates à Ouessant (Photo Céline Diais)
Plusieurs fois par semaine, pantalon de ciré kaki et bonnet rouge bien enfoncé sur la tête, Vincent Pichon débarque au port du Stiff, à Ouessant. Le paysan a commencé à cultiver des légumes sur l’île, il y a deux ans. « Ici, c’est une bonne terre pour les légumes, comme à Molène. L’an dernier, j’ai produit deux tonnes de tomates ! », sourit-il.
À Molène, Vincent cultive ses patates ou oignons en plein champ sur 3,5 hectares. À Ouessant, les tomates et autres légumes poussent sous 900 m2 de serres, à deux pas du bourg. Le rythme du travail agricole, habituellement intense durant la période du printemps et de l’été, l’est encore davantage pour cet agriculteur pas comme les autres, qui doit rejoindre ses cultures… en bateau. Auparavant, Vincent Pichon empruntait la navette de la Penn ar Bed. Une organisation épuisante, au rythme des horaires des traversées. Heureusement, il a récemment acquis un bateau d’occasion. « C’est une coque rapide de 450 chevaux pour pouvoir passer le Fromveur », précise-t-il- il. Le passage du Fromveur, situé entre Molène et Ouessant, est en effet traversé par de très violents courants et la navigation y est particulièrement dangereuse.


Alors qu’il empruntait la navette de la Penn ar Bed, il a récemment acquis un bateau d’occasion pour traverser le redoutable passage du Fromveur. Photo C.D.
Vincent Pichon , au milieu de son champ de poireaux, à Molène. Photo Céline Diais

L’île de Molène

Des difficultés liées à l’insularité

Vincent Pichon n’a pas toujours été paysan. Il y a cinq ans, après avoir travaillé dans des élevages sur le continent et dans le milieu de la pêche, ce touche-à-tout décide de se lancer dans le maraîchage à Molène, d’où sa femme est originaire. « Je suis allé voir le maire, on a regardé s’il y avait une parcelle de disponible ». À Ouessant, l’île voisine, son installation a été favorisée par un appel d’offres, lancé en 2018, par la commune, soucieuse de favoriser l’activité agricole sur l’île. « Ici, la plupart des terres, qui étaient cultivées jusqu’à la moitié du XXe siècle, se sont progressivement transformées en friches. Certaines parcelles sont inaccessibles à cause des ronces ! On s’est dit qu’il serait bien de les mettre à disposition de paysans car, en réalité, ce sont de bonnes terres, propices à l‘agriculture », explique Dominique Moigne, adjointe au maire chargée de l’environnement. Vincent n’est d’ailleurs plus le seul paysan de l’île : une jeune éleveuse de brebis et un couple d’éleveurs laitiers l’ont rejoint, dans le cadre d’un nouvel appel d’offres lancé par la commune.

Vincent Pichon a installé plusieurs serres au centre de l’île d’Ouessant, où poussent ses tomates, radis et courgettes. Elles sont distribuées en circuit court dans une des supérettes de l’île et sur le marché. Photo C.D.

Bientôt des panneaux photovoltaïques

Toutefois, être paysan sur une île n’est pas de tout repos. À la difficulté d’accès à la terre s’ajoute le problème de l’accès à l’eau, bien rare sur ces terres insulaires. Autre équation à résoudre : le logement, inexistant voire inaccessible en dehors de l’offre touristique. « Oh, j’ai souvent dormi sur mon clic-clac dans mon appentis ! raconte Vincent Pichon. Maintenant, je me débrouille en dormant à droite et à gauche. » Depuis le mois de juin, les trois producteurs se réunissent pour un petit marché de plein vent dans le bourg d’Ouessant. Et, bientôt, le maraîcher pourra encore davantage augmenter sa production : dans le cadre de la boucle énergétique locale mise en place à Ouessant, ses serres seront chauffées par des panneaux photovoltaïques. De quoi remplir les assiettes des insulaires de légumes frais, cultivés sur place, tout au long de l’année.

Être paysan sur une île n’est pas de tout repos. À la difficulté d’accès à la terre s’ajoute le problème de l’accès à l’eau, bien rare sur ces terres insulaires. Photo C.D.

La place de la Liberté, de Lambézellec au centre-ville de Brest

Ce cliché, pris dans les années 1960, montre bien la perspective néoclassique dessinée par Jean-Baptiste Mathon. (Crédit Blandeau – DR/Collection des Archives de Brest)

La place de la liberté, un terrain vague, est aujourd’hui synonyme du centre-ville à Brest. Au début du XIXe siècle, elle n’est pourtant qu’un vaste terrain non constructible, situé en dehors des fortifications et propriété de la Marine nationale. L’armée se sert des glacis pour défendre la ville. À partir de la fin du XIXe siècle, la place de la Liberté parvient, peu à peu, à s’imposer comme le nouveau centre-ville de la cité du Ponant.

Un nom aux origines inconnues

La place de la Liberté change de nom à chaque nouveau régime politique. En l’honneur du fils de Napoléon, elle est dénommée place du Roi de Rome en 1811. Elle devient la place Bourbon en 1815 à la Restauration et n’acquiert le nom définitif de place de la Liberté qu’en 1870, d’après l’historien brestois Gérard Cissé. Le terrain est aplani et planté avec des ormes au début du XIXe siècle. « Des spectacles forains et des artistes ambulants s’y produisent dès 1811 »,

signale Gilles Cardinal, ( Chroniques d’un Brest Disparu) passionné par l’histoire de Brest. « L’endroit est très cosmopolite ». Les badauds peuvent assister à des spectacles de cirque ou de théâtre, qui exposent des animaux ou des êtres humains comme la femme à barbe. « Parmi les itinérants, les forains forment une sorte de classe moyenne. Il y a aussi des nomades, sans résidence fixe, qui sont vanniers ou réparateurs de faïence ». La place, qui appartient à la Marine, est aussi en partie dédiée à des manœuvres militaires.

XIXe siècle, la place de la Liberté était connue pour ses foires, très populaires auprès des Brestois. (Crédit Éditeur Andrieu/Collection des Archives de Brest)

Place de la liberté avant.

La place de la Liberté rejoint Brest

Entre 1861 et 1867, Brest annexe la commune de Lambézellec où se trouve la place de la Liberté. La Ville ne devient propriétaire du terrain qu’en 1892, mais elle se retrouve alors sans véritable centre-ville. « La Penfeld était le véritable centre-ville mais elle est peu à peu confisquée par la Marine », retrace Daniel Le Couédic, ancien directeur de l’Institut de géoarchitecture de Brest. « Après 1865, la Marine prend tout le fleuve et Brest est privée de centre ».

En 1919, la loi Cornudet oblige les villes de plus de 10 000 habitants à se doter d’un plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension. Mission est confiée à l’architecte Georges Milineau de redessiner la ville, alors que les fortifications peuvent être détruites depuis 1921. Dans ses premières esquisses, l’architecte de la ville envisage de réunir les principaux monuments publics autour d’une place de la Liberté qui aurait alors été fermée.

L’architecte Jean-Baptiste Mathon dessine en réalité les plans de Versailles pour reconstruire Brest.

Une perspective à la Versailles

Après la guerre, Jean-Baptiste Mathon est chargé du plan de reconstruction de Brest. Il s’inscrit dans la lignée de Georges Milineau en gardant l’idée d’un centre comme articulation entre les différents quartiers de la ville. « Il bâtit aussi la ville quadrillée que Vauban avait imaginée. Les gravats des immeubles et des fortifications servent à remblayer le sol vallonné », relate Daniel Le Couédic. L’église Saint-Louis et l’hôtel de ville sont les nouveaux monuments de la Brest reconstruite.

« Après 1865, la marine prend tout le fleuve et Brest est privée de centre »

En réalité, Mathon fait de la place de la Liberté une esplanade. En effet, d’après Daniel Le Couédic, « une place est un endroit fermé où on se retrouve lors de grandes occasions. Mathon avait renoncé à appliquer cette définition à la place de la Liberté pour en faire un lieu ouvert sur la ville, avec, par exemple, une coulée verte au cœur de Brest ». L’architecte, grand prix de Rome en 1923, s’inspire de la culture classique pour tracer les perspectives du centre-ville. « Mathon dessine les plans de Versailles. Si vous faites bien attention, la place regarde Brest comme le château de Versailles regarde Versailles ». Une fois achevée, la place est la plus grande place dans une ville reconstruite en France. Des travaux ambitieux entamés dans les années 1980 donneront à la place son visage d’aujourd’hui.

Place de la liberté

Dans le quartier de Pontaniou à Brest, l’histoire de la salle de Venise devenue le cinéma Armor. Le Télégramme

Aujourd’hui, la forme en dôme du cinéma Armor est toujours visible

Incursion dans la salle de Venise, un haut lieu de la vie de la bourgeoisie brestoise à Pontaniou.

À la fin du XIXe siècle, la salle de Venise anime le quartier de Pontaniou entre la rue Armorique et la rue Jean-Bart (à quelques encablures de l’actuel pont de Recouvrance, en pénétrant Rive droite). Inauguré officiellement à l’été 1862, l’édifice principal est une salle de bals et de spectacles fréquentée par la bourgeoisie militaire. Les lieux tirent leur nom du rideau de fond de scène, qui représente la place Saint-Marc de la Cité des Doges.

Un nouveau lieu de divertissement

Henri Le Scieller rachète le terrain au grand propriétaire terrien Joseph Trischler pour diriger un projet architectural d’ampleur, qui se déploie sur une dizaine d’édifices différents. Parmi eux, on trouve des logements, un café et une salle de bal de plus de 300 m2, capable d’accueillir plus de 2 000 personnes.

« Il y a alors un gouffre entre les petites gens de Recouvrance qui parlent breton, avec leur coiffe et leurs sabots, et la bourgeoisie ».

En 1856, la construction du Pont impérial a déjà marqué un tournant dans les relations entre les deux rives. Désormais, les habitants aisés de la rive gauche franchissent la Penfeld en calèche. La richesse des soldats de la Marine et de leurs familles contraste avec la situation de Pontaniou. « Le quartier est le plus populaire et le plus pauvre de Brest », rappelle l’historien Olivier Polard. « Il y a un gouffre entre les petites gens de Recouvrance qui parlent breton, avec leur coiffe et leurs sabots, et la bourgeoisie ».

En décembre 1861, alors que les travaux se terminent, les musiciens de la Flotte animent le bal des Apprentis canonniers de la Marine impériale. Ce premier événement marque le début d’une ère de prospérité pour la salle de Venise. Le Théâtre de Variétés ouvre d’ailleurs ses portes le 22 juin 1865.

La salle de Venise va ensuite « péricliter dans sa forme d’origine, après l’arrivée du tramway à la fin du siècle. Elle n’a alors plus de raison d’être », explique Olivier Polard. Le tram emmène les badauds jusqu’au casino Kermor, situé au port de commerce. En comparaison, résume Olivier Polard, la salle de Venise apparaît comme un « endroit guindé, vieillot et peu glamour ».

salle de Venise servait de point de départ aux manifestations ouvrières, comme ici en 1903. (Collection des Archives de Brest)

Point de ralliement pour les ouvriers
En 1892, la salle de Venise change de propriétaires et devient un lieu de débats et de meetings politiques. En avril 1900, 2 000 personnes sont réunies pour assister à la « grande réunion publique et contradictoire », qui oppose Aristide Briand et Jean Jaurès. Les deux hommes politiques sont présents pour la première manifestation bretonne de la fédération socialiste. Jean Jaurès, dirigeant de la Section française de l’Internationale ouvrière, revient à Brest en 1909 pour y donner un second discours. Selon Olivier Polard, « les ouvriers utilisaient la salle de Venise comme point de rendez-vous. Ils descendaient ensuite vers le centre-ville et les gardes mobiles les attendaient sur le pont »
Passage au cinématographe
En 1908, la salle de Venise s’engage sur la voie de la modernité et devient un cinéma. Elle doit au préalable accomplir de lourds travaux, électriques notamment. La caserne du Deuxième dépôt, toute proche, emploie 3 000 marins qui sont autant de spectateurs potentiels. Mais l’établissement fait faillite et il faut attendre l’intervention de l’architecte Frayssinet en 1920 pour que naisse le cinéma Armor. S’y ajoute le travail de l’artiste Pierre Péron qui repeint les murs avec des fresques sur le thème de la Marine. « Les Ailes », un film de guerre consacré aux aviateurs de la Première Guerre mondiale, est même le premier film parlant projeté à Brest en 1932.
En dépit de travaux réalisés en 1936, après guerre, les déconvenues s’accumulent pour la salle de Venise, en premier lieu la destruction de la caserne du Deuxième dépôt et le départ de la population militaire. « Une fois la Reconstruction achevée, la salle de Venise n’a plus de raison d’être. Rive gauche, des cinémas comme l’Omnia séduisent davantage le public grâce à leur confort ». En 1957, l’Armor ferme ses portes. Les Compagnons du devoir ne s’installeront dans ses murs qu’en 1977.

 













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LES SOUVENIRS DE MON ENFANCE.


Nous sommes mon amie Josiane (Josy) Kerhoas et moi Yvette Hall. (La fille au chignon sur la photo).


Bonjour,



Je suis Yvette Hall F2 Bouguen Est.



Cet été, je suis allée sur les « lieux de mon enfance » et j’ai pu retrouver.

Mon amie Josiane Kerhoas F. 9 Bouguen Est l’endroit où nous allions nous détendre,

Et bavarder lorsque nous vivions au Bouguen Est. On appelait ce lieu  » les fils.

De fer « .



C’était là où nos mères étendaient le linge pour le faire sécher. La photo (Avec

Le fille au chignon) A été prise, le 11, juin 1960 là où maintenant, la nature a repris

Ses droits. J’ai reconnu le bâtiment de l’arsenal en contrebas. Il n’était pas.

Rare que lorsque des bâtiments de la marine étaient à quai nous soyons

Réveillés par le clairon.



C’est vraiment avec émotion que j’ai fait cette balade avec mon amie.

d’enfance Josiane Kerhoas.



Merci encore pour l’immense travail que vous avez fait.



Cordialement,