À la plage des Curés, de l’eau bénite ? Le Télégramme de Brest

Plusieurs plages de curés existent en Bretagne. Certaines tirent leur nom de la présence passée et discrète de religieux, d’autres pas.

PHOTO Lionel Le Saux

La commune de Plougonvelin et sa plage des Curés se situent à 20km à l’ouest de Brest, tout proche de la pointe St Mathieu.


Pendant plusieurs siècles, religieuses et religieux appréciaient de vivre souvent sur de beaux domaines près de la mer. On peut citer par exemple l’abbaye de Landévennec ou celle de Beauport, à Paimpol. Certains profitaient de cette proximité avec des plages pour aller discrètement se baigner, en veillant à ne pas trop se faire remarquer. Depuis, quelques plages ont même été rebaptisées en fonction de ces habitudes anciennes d’hommes et de femmes d’Église.
La plage des Curés, Plougonvelin

La plage des Curés à Plougonvelin (29), s’appelle ainsi car certains ecclésiastiques venaient s’y baigner à l’abri des regards. Son accès est particulièrement difficile. Il faut descendre un escalier pentu d’une soixantaine de marches et quelques rochers. La crique des Curés offre un espace d’intimité entre deux sites par ailleurs très fréquentés : le fort de Bertheaume et la plage du Trez Hir. Elle est entourée de falaises et ses eaux turquoise invitent à la baignade, ou à la contemplation… Il s’agit incontestablement de l’une des plus belles plages de Bretagne.

PHOTO Lionel Le Saux / CLEDER (29) : Crique de Theven Braz a Cleder. Surnommée aussi plage des sœurs.

La plage des Sœurs, Cléder

La plage située à Kerfiat sur la commune de Cléder (29) est connue localement pour s’appeler la plage des Sœurs. « À marée basse, de l’eau stagne dans un vaste trou naturel au milieu des rochers. Dans les années 1950, les bonnes sœurs venaient y tremper leurs pieds à l’abri des regards », explique Michel Quéré, guide-conférencier dans le Léon. Depuis leur maison située dans le bourg de Cléder, elles marchaient pendant environ trois kilomètres en empruntant un chemin creux. Sur cette plage, la douzaine de sœurs se pensait relativement éloignée des autres plagistes et curieux. À l’époque, il n’était pas question de voir le mollet d’une religieuse. Mais c’était sans compter, sûrement, sur les tailleurs de pierre qui exploitaient du granit à proximité. Cette anecdote ne manquait pas de faire sourire dans la commune. Et l’histoire nourrit encore des conversations aujourd’hui.

Quelques petits coins de sable fins permettent aussi de bronzer en toute tranquillité sur cette plage cléderoise assez peu fréquentée. Photo Lionel Le Saux.

La plage des Curés, Plestin-les-Grèves À Plestin-les-Grèves (22), on trouve également une plage des Curés. Mais ce nom officiel n’est pas directement lié à la présence passée de religieux. En réalité, les curés sont des petits poissons que l’on trouvait à une certaine époque en abondance dans ces eaux. Le nom exact de cette espèce est l’Atherina presbyter, appelée aussi prêtre ou petit curé. L’Atherina presbyter, qui dépasse rarement 20 centimètres, est apprécié par de nombreux pêcheurs amateurs. L’histoire ne dit pas si, à Plestin-les-Grèves, on y faisait des pêches miraculeuses…

PHOTO Lionel Le Saux / PLESTIN-LES-GREVES (22) : Plage des cures a Plestin-Les-Greves, se situe juste en face du port de Locquirec son accès est facile. Cette plage est bien fréquentée en été

PHOTO Lionel Le Saux / PLESTIN-LES-GREVES (22) : Cette plage plestinaise est particulièrement étendue. Des espaces en renfoncement au bord des falaises permettent de bien s’abriter du vent.

Hommage aux combattantes pour la liberté, de la part d’une personne, Anonyme le 1/ 11/ 2021, au cimetière de Brest St Martin. Un grand merci de notre part.

Brest. Le 01/11/2021

Alice,

Cette année, vous auriez eu 98 ans. Mais vous aurez 21 ans à jamais, d’autres en ont décidé ainsi pour vous.

On a beaucoup brodé autour de votre histoire. On a voulu faire de vous une sorte d’étendard. Comme si vous n’étiez pas déjà assez brillante, forte et courageuse. Comme si votre engagement n’était pas déjà si impressionnant !  

Combien dans votre situation ont détourné le regard et le cœur ? Combien à votre âge n’ont pas saisi le sens de l’histoire ? La majorité semble –t-il. En cela, vous êtes une exception qui confirme la terrible règle.

Certains ont dansé sur votre histoire pour arracher un peu de votre lumière et d’accoler à leur poitrine maigre. Ils ont Sali ce que, par votre engagement désintéressé, vous avez bâti. Une sorte de légende, au sens noble du terme.

Comme beaucoup, c’est par le truchement d’un homme engagé que vous intégrez la Résistance en 1941. Le pharmacien George Roudaut vous voit bénéficier de cette relative liberté dévolue aux femmes en cette seconde année de guerre. Les nazis, machistes parmi d’autres, n’imaginent pas encore que de femmes, faibles créatures puissent résistez. La guerre est une chose sérieuse, une chose d’homme n’est-ce pas !

A aucun moment vous ne vous déroberez à ce que vous considérez comme un devoir pour qu’un autre possible existe dans votre pays, sur votre territoire. Jusqu’à payer le plus lourd prix, celui de votre propre vie.

Madame, vous qui aurez 21 ans pour toujours, nous venons en ce jour vous rendre le femmage et les honneurs qui vous sont dus, à vous comme à tant d’autres femmes et hommes en Bretagne et dans le pays brestois.

C’est grâce à vous que nous, femmes et hommes de 2021, nous pouvons nous tenir debout. Que nous foulons, en toute liberté, chaque jours la terre qui vous a portée et que vous avez su si bien honorer.

Longue vie à votre souvenir, nous sommes peu-mais il vaut mieux peu que rien, à ne pas vous oublier, pour que continuent les jours heureux !  

Molène et Ouessant :Le paysan entre deux îles Le Télégramme de Brest

Vincent Pichon est maraîcher à Molène et Ouessant. Il avait lancé son activité sur ces îles voisines, dans le cadre d’un vaste projet de relance de l’agriculture insulaire. Les îliens peuvent désormais déguster des légumes produits sur place. Une première.

L’Île d’Ouessant

Vincent Pichon cultive pommes de terre et oignons à Molène, et légumes et tomates à Ouessant (Photo Céline Diais)
Plusieurs fois par semaine, pantalon de ciré kaki et bonnet rouge bien enfoncé sur la tête, Vincent Pichon débarque au port du Stiff, à Ouessant. Le paysan a commencé à cultiver des légumes sur l’île, il y a deux ans. « Ici, c’est une bonne terre pour les légumes, comme à Molène. L’an dernier, j’ai produit deux tonnes de tomates ! », sourit-il.
À Molène, Vincent cultive ses patates ou oignons en plein champ sur 3,5 hectares. À Ouessant, les tomates et autres légumes poussent sous 900 m2 de serres, à deux pas du bourg. Le rythme du travail agricole, habituellement intense durant la période du printemps et de l’été, l’est encore davantage pour cet agriculteur pas comme les autres, qui doit rejoindre ses cultures… en bateau. Auparavant, Vincent Pichon empruntait la navette de la Penn ar Bed. Une organisation épuisante, au rythme des horaires des traversées. Heureusement, il a récemment acquis un bateau d’occasion. « C’est une coque rapide de 450 chevaux pour pouvoir passer le Fromveur », précise-t-il- il. Le passage du Fromveur, situé entre Molène et Ouessant, est en effet traversé par de très violents courants et la navigation y est particulièrement dangereuse.


Alors qu’il empruntait la navette de la Penn ar Bed, il a récemment acquis un bateau d’occasion pour traverser le redoutable passage du Fromveur. Photo C.D.
Vincent Pichon , au milieu de son champ de poireaux, à Molène. Photo Céline Diais

L’île de Molène

Des difficultés liées à l’insularité

Vincent Pichon n’a pas toujours été paysan. Il y a cinq ans, après avoir travaillé dans des élevages sur le continent et dans le milieu de la pêche, ce touche-à-tout décide de se lancer dans le maraîchage à Molène, d’où sa femme est originaire. « Je suis allé voir le maire, on a regardé s’il y avait une parcelle de disponible ». À Ouessant, l’île voisine, son installation a été favorisée par un appel d’offres, lancé en 2018, par la commune, soucieuse de favoriser l’activité agricole sur l’île. « Ici, la plupart des terres, qui étaient cultivées jusqu’à la moitié du XXe siècle, se sont progressivement transformées en friches. Certaines parcelles sont inaccessibles à cause des ronces ! On s’est dit qu’il serait bien de les mettre à disposition de paysans car, en réalité, ce sont de bonnes terres, propices à l‘agriculture », explique Dominique Moigne, adjointe au maire chargée de l’environnement. Vincent n’est d’ailleurs plus le seul paysan de l’île : une jeune éleveuse de brebis et un couple d’éleveurs laitiers l’ont rejoint, dans le cadre d’un nouvel appel d’offres lancé par la commune.

Vincent Pichon a installé plusieurs serres au centre de l’île d’Ouessant, où poussent ses tomates, radis et courgettes. Elles sont distribuées en circuit court dans une des supérettes de l’île et sur le marché. Photo C.D.

Bientôt des panneaux photovoltaïques

Toutefois, être paysan sur une île n’est pas de tout repos. À la difficulté d’accès à la terre s’ajoute le problème de l’accès à l’eau, bien rare sur ces terres insulaires. Autre équation à résoudre : le logement, inexistant voire inaccessible en dehors de l’offre touristique. « Oh, j’ai souvent dormi sur mon clic-clac dans mon appentis ! raconte Vincent Pichon. Maintenant, je me débrouille en dormant à droite et à gauche. » Depuis le mois de juin, les trois producteurs se réunissent pour un petit marché de plein vent dans le bourg d’Ouessant. Et, bientôt, le maraîcher pourra encore davantage augmenter sa production : dans le cadre de la boucle énergétique locale mise en place à Ouessant, ses serres seront chauffées par des panneaux photovoltaïques. De quoi remplir les assiettes des insulaires de légumes frais, cultivés sur place, tout au long de l’année.

Être paysan sur une île n’est pas de tout repos. À la difficulté d’accès à la terre s’ajoute le problème de l’accès à l’eau, bien rare sur ces terres insulaires. Photo C.D.

La place de la Liberté, de Lambézellec au centre-ville de Brest

Ce cliché, pris dans les années 1960, montre bien la perspective néoclassique dessinée par Jean-Baptiste Mathon. (Crédit Blandeau – DR/Collection des Archives de Brest)

La place de la liberté, un terrain vague, est aujourd’hui synonyme du centre-ville à Brest. Au début du XIXe siècle, elle n’est pourtant qu’un vaste terrain non constructible, situé en dehors des fortifications et propriété de la Marine nationale. L’armée se sert des glacis pour défendre la ville. À partir de la fin du XIXe siècle, la place de la Liberté parvient, peu à peu, à s’imposer comme le nouveau centre-ville de la cité du Ponant.

Un nom aux origines inconnues

La place de la Liberté change de nom à chaque nouveau régime politique. En l’honneur du fils de Napoléon, elle est dénommée place du Roi de Rome en 1811. Elle devient la place Bourbon en 1815 à la Restauration et n’acquiert le nom définitif de place de la Liberté qu’en 1870, d’après l’historien brestois Gérard Cissé. Le terrain est aplani et planté avec des ormes au début du XIXe siècle. « Des spectacles forains et des artistes ambulants s’y produisent dès 1811 »,

signale Gilles Cardinal, ( Chroniques d’un Brest Disparu) passionné par l’histoire de Brest. « L’endroit est très cosmopolite ». Les badauds peuvent assister à des spectacles de cirque ou de théâtre, qui exposent des animaux ou des êtres humains comme la femme à barbe. « Parmi les itinérants, les forains forment une sorte de classe moyenne. Il y a aussi des nomades, sans résidence fixe, qui sont vanniers ou réparateurs de faïence ». La place, qui appartient à la Marine, est aussi en partie dédiée à des manœuvres militaires.

XIXe siècle, la place de la Liberté était connue pour ses foires, très populaires auprès des Brestois. (Crédit Éditeur Andrieu/Collection des Archives de Brest)

Place de la liberté avant.

La place de la Liberté rejoint Brest

Entre 1861 et 1867, Brest annexe la commune de Lambézellec où se trouve la place de la Liberté. La Ville ne devient propriétaire du terrain qu’en 1892, mais elle se retrouve alors sans véritable centre-ville. « La Penfeld était le véritable centre-ville mais elle est peu à peu confisquée par la Marine », retrace Daniel Le Couédic, ancien directeur de l’Institut de géoarchitecture de Brest. « Après 1865, la Marine prend tout le fleuve et Brest est privée de centre ».

En 1919, la loi Cornudet oblige les villes de plus de 10 000 habitants à se doter d’un plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension. Mission est confiée à l’architecte Georges Milineau de redessiner la ville, alors que les fortifications peuvent être détruites depuis 1921. Dans ses premières esquisses, l’architecte de la ville envisage de réunir les principaux monuments publics autour d’une place de la Liberté qui aurait alors été fermée.

L’architecte Jean-Baptiste Mathon dessine en réalité les plans de Versailles pour reconstruire Brest.

Une perspective à la Versailles

Après la guerre, Jean-Baptiste Mathon est chargé du plan de reconstruction de Brest. Il s’inscrit dans la lignée de Georges Milineau en gardant l’idée d’un centre comme articulation entre les différents quartiers de la ville. « Il bâtit aussi la ville quadrillée que Vauban avait imaginée. Les gravats des immeubles et des fortifications servent à remblayer le sol vallonné », relate Daniel Le Couédic. L’église Saint-Louis et l’hôtel de ville sont les nouveaux monuments de la Brest reconstruite.

« Après 1865, la marine prend tout le fleuve et Brest est privée de centre »

En réalité, Mathon fait de la place de la Liberté une esplanade. En effet, d’après Daniel Le Couédic, « une place est un endroit fermé où on se retrouve lors de grandes occasions. Mathon avait renoncé à appliquer cette définition à la place de la Liberté pour en faire un lieu ouvert sur la ville, avec, par exemple, une coulée verte au cœur de Brest ». L’architecte, grand prix de Rome en 1923, s’inspire de la culture classique pour tracer les perspectives du centre-ville. « Mathon dessine les plans de Versailles. Si vous faites bien attention, la place regarde Brest comme le château de Versailles regarde Versailles ». Une fois achevée, la place est la plus grande place dans une ville reconstruite en France. Des travaux ambitieux entamés dans les années 1980 donneront à la place son visage d’aujourd’hui.

Place de la liberté

Dans le quartier de Pontaniou à Brest, l’histoire de la salle de Venise devenue le cinéma Armor. Le Télégramme

Aujourd’hui, la forme en dôme du cinéma Armor est toujours visible

Incursion dans la salle de Venise, un haut lieu de la vie de la bourgeoisie brestoise à Pontaniou.

À la fin du XIXe siècle, la salle de Venise anime le quartier de Pontaniou entre la rue Armorique et la rue Jean-Bart (à quelques encablures de l’actuel pont de Recouvrance, en pénétrant Rive droite). Inauguré officiellement à l’été 1862, l’édifice principal est une salle de bals et de spectacles fréquentée par la bourgeoisie militaire. Les lieux tirent leur nom du rideau de fond de scène, qui représente la place Saint-Marc de la Cité des Doges.

Un nouveau lieu de divertissement

Henri Le Scieller rachète le terrain au grand propriétaire terrien Joseph Trischler pour diriger un projet architectural d’ampleur, qui se déploie sur une dizaine d’édifices différents. Parmi eux, on trouve des logements, un café et une salle de bal de plus de 300 m2, capable d’accueillir plus de 2 000 personnes.

« Il y a alors un gouffre entre les petites gens de Recouvrance qui parlent breton, avec leur coiffe et leurs sabots, et la bourgeoisie ».

En 1856, la construction du Pont impérial a déjà marqué un tournant dans les relations entre les deux rives. Désormais, les habitants aisés de la rive gauche franchissent la Penfeld en calèche. La richesse des soldats de la Marine et de leurs familles contraste avec la situation de Pontaniou. « Le quartier est le plus populaire et le plus pauvre de Brest », rappelle l’historien Olivier Polard. « Il y a un gouffre entre les petites gens de Recouvrance qui parlent breton, avec leur coiffe et leurs sabots, et la bourgeoisie ».

En décembre 1861, alors que les travaux se terminent, les musiciens de la Flotte animent le bal des Apprentis canonniers de la Marine impériale. Ce premier événement marque le début d’une ère de prospérité pour la salle de Venise. Le Théâtre de Variétés ouvre d’ailleurs ses portes le 22 juin 1865.

La salle de Venise va ensuite « péricliter dans sa forme d’origine, après l’arrivée du tramway à la fin du siècle. Elle n’a alors plus de raison d’être », explique Olivier Polard. Le tram emmène les badauds jusqu’au casino Kermor, situé au port de commerce. En comparaison, résume Olivier Polard, la salle de Venise apparaît comme un « endroit guindé, vieillot et peu glamour ».

salle de Venise servait de point de départ aux manifestations ouvrières, comme ici en 1903. (Collection des Archives de Brest)

Point de ralliement pour les ouvriers
En 1892, la salle de Venise change de propriétaires et devient un lieu de débats et de meetings politiques. En avril 1900, 2 000 personnes sont réunies pour assister à la « grande réunion publique et contradictoire », qui oppose Aristide Briand et Jean Jaurès. Les deux hommes politiques sont présents pour la première manifestation bretonne de la fédération socialiste. Jean Jaurès, dirigeant de la Section française de l’Internationale ouvrière, revient à Brest en 1909 pour y donner un second discours. Selon Olivier Polard, « les ouvriers utilisaient la salle de Venise comme point de rendez-vous. Ils descendaient ensuite vers le centre-ville et les gardes mobiles les attendaient sur le pont »
Passage au cinématographe
En 1908, la salle de Venise s’engage sur la voie de la modernité et devient un cinéma. Elle doit au préalable accomplir de lourds travaux, électriques notamment. La caserne du Deuxième dépôt, toute proche, emploie 3 000 marins qui sont autant de spectateurs potentiels. Mais l’établissement fait faillite et il faut attendre l’intervention de l’architecte Frayssinet en 1920 pour que naisse le cinéma Armor. S’y ajoute le travail de l’artiste Pierre Péron qui repeint les murs avec des fresques sur le thème de la Marine. « Les Ailes », un film de guerre consacré aux aviateurs de la Première Guerre mondiale, est même le premier film parlant projeté à Brest en 1932.
En dépit de travaux réalisés en 1936, après guerre, les déconvenues s’accumulent pour la salle de Venise, en premier lieu la destruction de la caserne du Deuxième dépôt et le départ de la population militaire. « Une fois la Reconstruction achevée, la salle de Venise n’a plus de raison d’être. Rive gauche, des cinémas comme l’Omnia séduisent davantage le public grâce à leur confort ». En 1957, l’Armor ferme ses portes. Les Compagnons du devoir ne s’installeront dans ses murs qu’en 1977.

 













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LES SOUVENIRS DE MON ENFANCE.


Nous sommes mon amie Josiane (Josy) Kerhoas et moi Yvette Hall. (La fille au chignon sur la photo).


Bonjour,



Je suis Yvette Hall F2 Bouguen Est.



Cet été, je suis allée sur les « lieux de mon enfance » et j’ai pu retrouver.

Mon amie Josiane Kerhoas F. 9 Bouguen Est l’endroit où nous allions nous détendre,

Et bavarder lorsque nous vivions au Bouguen Est. On appelait ce lieu  » les fils.

De fer « .



C’était là où nos mères étendaient le linge pour le faire sécher. La photo (Avec

Le fille au chignon) A été prise, le 11, juin 1960 là où maintenant, la nature a repris

Ses droits. J’ai reconnu le bâtiment de l’arsenal en contrebas. Il n’était pas.

Rare que lorsque des bâtiments de la marine étaient à quai nous soyons

Réveillés par le clairon.



C’est vraiment avec émotion que j’ai fait cette balade avec mon amie.

d’enfance Josiane Kerhoas.



Merci encore pour l’immense travail que vous avez fait.



Cordialement,












Steven Le Roy : « Brestois jusqu’à la dernière goutte de sang »

Le journaliste Steven Le Roy est un
infatigable marcheur.

Steven Le Roy clame haut et fort sa passion pour Brest. Le journaliste connaît la ville comme sa poche mais ne cesse de la redécouvrir.

Mon Brest à moi

Là où vous vous sentez chez vous ?

« Place Guérin, mon hôtel de ville. J’y vais depuis 40 ans, d’abord avec mon père, puis avec mes copains pendant mes études. Après, j’y ai amené mes enfants à l’école tous les jours, avant de boire un café avec mon pote Gaël Naizet, décédé depuis. Maintenant, ici, ça me fait penser à lui et ça me fait du bien. J’ai eu des très hauts moments de lutte pour l’installation de la crèche – un de mes meilleurs souvenirs de journalistes -, des carnavals, des fêtes de la musique, la foire aux croûtes, tous les bistrots et restos autour de cette place ».

Mon Brest à moi

Place Guérin est le « centre de la ville » de Steven Le Roy. (Le Télégramme/Lauryane Arzel)
La meilleure façon de découvrir Brest ?
« J’ai découvert, il n’y a pas si longtemps, que j’étais amoureux de cette ville, complètement, totalement. Je peux y marcher des heures et des heures, sans jamais me lasser, en trouvant de nouvelles lumières, de nouvelles rues, de nouveaux endroits. Je savais depuis longtemps que j’étais brestois jusqu’à ma dernière goutte de sang mais je ne connaissais pas mon degré de dépendance par rapport à cette ville ».
Des artistes ?
« Miossec, Matmatah, Paul Bloas. Et les Goristes, qui, mine de rien, ont absolument tout compris à cette ville. Je vais m’enorgueillir sûrement un peu, je ne suis pas fier généralement, mais j’ai écrit le premier article sur Matmatah. Ce sont des vrais copains, ils n’oublient pas d’où ils viennent ».
Un stade ?
« L’autre chez-moi absolu, mon église, le plus beau creuset de mixité brestois, c’est le stade Francis-Le-Blé. Les soirs de match, je viens avec 42 ans de souvenirs. L’odeur des merguez et des frites me fait du bien, même si je n’en achète pas, la gouaille, le cri, la clameur, plus que le match lui-même. Ici, c’est le club des popus. On n’a quand même pas des résultats extraordinaires mais la culture de la loose fait partie de nous et on l’a sublimée ».



Steven Le Roy est un fervent supporter du Stade Brestois ! (Le Télégramme / Nicolas Créach)

Un endroit du confinement ?

« Le soir, entre 19 h et 20 h, avec mes deux petits garçons, on descendait place de la Liberté. On y a inventé des jeux, des parcours. Cette grande place, qui s’ouvrait comme ça sur la rue de Siam vide, était juste magique, avec très peu de monde, quatre ou cinq personnes, des souvenirs assez incroyables. Depuis le haut-Jaurès aussi, j’ai vu, un soir, au soleil couchant, ce panorama incroyable et vide qui donne sur le goulet : la mer et l’horizon, l’appel au voyage et l’enracinement en même temps ».


Steven Le Roy a beaucoup fréquenté la place de la Liberté pendant le confinement. (Le Télégramme/Lauryane Arzel)

Un qualificatif ?

« C’est la chanson de Gainsbourg, la « beauté cachée des laids ». Elle est partout, en descendant la rue Villaret-de-Joyeuse ; dans la rue Béranger qui domine les grandes grues du port. Dans la bruine de novembre, tu as l’impression que ce sont des animaux qui sortent des ombres. J’adore les quartiers aussi quand ils se fédèrent, j’ai pu le vérifier en étant journaliste. C’est une élégance discrète mais quasi impérative. La grande séduction de cette ville, ce sont les Brestois, et les Brestoises, des gens mélancoliques, gais et très attachés à leur ville, quitte à en être un peu chauvins ».

Une bonne raison de quitter Brest ? « Mourir ».

Steven Le Roy, journaliste au Télégramme, parcourt la ville sans relâche.



« J’ai toujours su que je voulais travailler à Brest. C’était mon objectif professionnel, le reste, je m’en foutais ». Steven Le Roy a largement atteint son but. Après le baccalauréat, le journaliste entame des études de droit. Il les termine par deux années passées à Amiens où « il manquait la mer, le phare du Minou, le goulet ». En 1995, le jeune homme commence alors à travailler au Télégramme. Son agenda est bien rempli, entre un emploi à mi-temps comme auxiliaire de rédaction au journal et un poste d’attaché de presse chez Dialogues.

« J’ai un accent brestois ! »

En 1999, Steven Le Roy est embauché en tant que journaliste. « Un autre épicentre de ma vie, c’est évidemment la rédaction du Télégramme. J’y ai pris mes marques, mais seulement par moments de la journée, entre 9 h et 21 h. Après, soit tu montes à Jaurès, soit tu descends bas de Siam ». Dans ce lieu de rigolades entre copains mais aussi d’apprentissage, il a « adoré l’équipe qui était en place, c’était un équipage. René Perez, Alain Coquil, Jean-Luc Germain qui nous envoyait partout, et André Rivier, mon père professionnel ».

Steven Le Roy partage, aujourd’hui, son temps entre Brest et Morlaix, où se trouve le siège du groupe Télégramme. Il anime aussi la chronique Brève de trottoirs sur Tébéo qui évoque les particularités du vocabulaire brestois. L’amuseur à temps partiel s’exclame : « Les vidéos, je force le trait, mais oui, j’ai un accent brestois, je le revendique à fond ! », s’exclame l’amuseur à temps partiel.

« J’ai découvert, il n’y a pas si longtemps, que j’étais amoureux de cette ville, complètement, totalement. Je peux y marcher des et des heures et de heures, sans jamais me lasser, en trouvant de nouvelles lumières, de nouvelles rues, de nouveaux endroits.

À l’été 1891, Brest face à la sécheresse

Source Le Télégramme de Brest.

L’équipe municipale a dû prendre des mesures pour lutter contre la sécheresse. (Collections du musée de Bretagne et de l’écomusée du Pays de Rennes)

Il y a exactement 130 ans, les réserves d’eau de la Cité du Ponant étaient presque à sec. En cause, une forte sécheresse qui s’est déroulée de mai à septembre 1891. La situation a posé plusieurs défis à la population brestoise et à l’équipe municipale.

Des nappes d’eau à sec

Brest ne peut alors compter que sur ses propres réserves car « il faut prendre en compte des considérations géologiques. Les bassins-versants alentour, qui recueillent l’eau de pluie, sont de petite taille », explique Franck Baraer, climatologue à Météo France. « Par conséquent, les réserves d’eau ne peuvent se reconstituer en l’absence de pluie ».

Les pluies, d’ordinaire habituelles en Bretagne, se font attendre à l’été 1891. En mai 1891, les relevés météorologiques font état de seulement 29 millimètres tombés, soit une baisse de 60 %. Le déficit pluviométrique atteint en moyenne 50 % de mai à septembre. La saison estivale succède aussi à un hiver déjà très sec. Du côté des températures, on reste dans la moyenne de la période : elles oscillent entre 20 et 22 °C.


Restrictions en vigueur

Champ-de-Bataille, des fontaines d’eau ont dû être coupées. (Collections du musée de Bretagne et de l’écomusée du Pays de Rennes)

Restrictions en vigueur

« Le manque d’eau est de toute façon un problème récurrent à Brest, qui court tout au long du XIXe siècle », mentionne Gilles Cardinal, auteur de
« Chroniques d’un Brest disparu ». D’après les comptes rendus des conseils municipaux, le niveau des sources de la ville avait baissé des deux tiers en 1891 ». À Recouvrance, chaque habitant dispose d’environ 27 litres d’eau par jour. La population intra-muros n’a, quant à elle, accès qu’à 21 litres d’eau par jour et par personne. Le chiffre tombe à 13 litres d’eau par jour pour un habitant de l’Annexion, aujourd’hui le quartier Saint-Martin. Les élus prennent des mesures pour réserver l’eau à l’alimentation publique, notamment la fermeture de certaines fontaines publiques. Au Champ-de-Bataille, l’actuelle place Wilson, seules deux bornes sur cinq fonctionnent. La ville envisage aussi le rachat des sources de Coat-ar-Gueven et Kerjean-Vras. Contrairement à d’autres épisodes de sécheresse brestois, il n’y a pas eu d’épidémie de choléra en 1891. L’hygiène de la ville laisse pourtant à désirer. « L’insalubrité était chronique, il n’y avait ni trottoirs, ni tout-à-l’égout », raconte Gilles Cardinal. « Les gens jetaient leurs pots de chambre par la fenêtre. Les sources étaient polluées par des dépôts d’immondices ». L’arrêt de l’arrosage des pavés entraîne l’accumulation de déchets et crottin de cheval. Après un mois d’août orageux, il tombera en octobre autant de pluie que pendant les cinq mois précédents.







L’hôtel Continental Brest

Le Télégramme De Brest

Lauryane Arzel


En avril 1941, un violent incendie détruit l’hôtel Continental à Brest

La façade de l’hôtel Continental est encore debout après l’incendie d’avril 1941.
La façade de l’hôtel Continental est encore debout après l’incendie d’avril 1941. (Collection des Archives de Brest)

Non loin de la place Wilson, l’hôtel Continental a fière allure en cette journée du 4 avril 1941. Le soir-même, l’édifice est détruit par un incendie. Une ombre plane encore aujourd’hui sur la chronologie des événements. Deux versions coexistent : un bombardement mené par l’aviation anglaise et un attentat conduit par un réseau local de résistants.

Un lieu de vie pour les Allemands

Situé rue Émile-Zola, « l’établissement est un des plus luxueux de l’époque », explique Gildas Priol, spécialiste de la période 1939-1945, à Brest. « Le Continental est un des premiers hôtels réquisitionnés par l’état-major allemand, dès le 19 juin 1940, pour en faire un lieu de vie et de pouvoir ».

Depuis la fin du mois de mars 1941, Brest accueille aussi le Scharnhorst et le Gneisenau, deux navires de guerre allemands. Ce sont des cibles prioritaires pour la Royal Air Force (RAF), l’aviation britannique. Les bateaux sont protégés par différents dispositifs et par la topographie du terrain. Les bombes britanniques pleuvent sur les cuirassés et sur le centre-ville brestois, à proximité immédiate. À lire sur le sujet. Gildas Priol, au nom du grand père.

La cible des bombardements britanniques

Le 4 avril 1941, la Kriegsmarine, la marine de guerre allemande, organise une grande réception au Continental. De 22 h 15 à 1 h 30, dans la nuit du 4 au 5 avril, le commissariat central de Brest notifie une alerte aérienne, causée par les bombardements de la Royal Air Force. Le 5 avril, au matin, la découverte d’un corps sous les décombres du Continental clôt le rapport du côté français.

Le bilan se monte à quatre morts et douze blessés sur le centre-ville où d’autres bâtiments ont été touchés. Le Bomber Command de la Royal Air Force recense quant à lui l’envoi de 54 ou 57 appareils au-dessus de Brest, pendant la nuit du 4 au 5 avril. « Dans la presse, peu de choses sont ressorties parce que les Allemands ne communiquaient pas sur les pertes subies. Un article évoque pourtant les bombardements et le déblaiement des gravats, mais sans en expliquer les causes », mentionne Gildas Priol.

Les circonstances de destruction du Continental restent mystérieuses.
Les circonstances de destruction du Continental restent mystérieuses. (Collection des Archives de Brest)

L’attentat, une autre piste possible

En 1949, l’ouvrage « J’avais des camarades » de Jean Broc’h est un des premiers à raconter les années de conflit. Sa parution impose dans les mémoires un autre récit : celui d’un attentat perpétré par le groupe Élie. Ce réseau local de la Résistance est dirigé par Louis Élie, un transporteur brestois de 35 ans. À son apogée, le groupe comprend 70 membres, principalement issus du quartier Saint-Martin, autour desquels gravitent plusieurs dizaines de sympathisants non actifs.

« Le groupe Élie a été arrêté avec des explosifs : il était en capacité d’entreprendre cette action mais il n’y avait pas de précédents ».

Le premier réseau de résistance brestois est alors doté d’un petit arsenal, composé de matériels anglais et allemand, récupérés ou volés. Au début de l’année 1941, le réseau se lance dans des actions de plus grande envergure, mais seules deux ont été authentifiées. En mars 1941, l’attaque de la prison de Pontaniou se conclut par un repli stratégique pour éviter toute perte humaine. Le groupe a aussi tenté de prendre d’assaut une position de la défense antiaérienne allemande. « Le groupe Élie a été arrêté avec des explosifs : il était en capacité d’entreprendre cette action mais il n’y avait pas de précédents », précise Gildas Priol. « Si c’était le cas, le Conti serait le premier et le dernier événement du genre ».

Dès 1949, Simottel, l’administrateur du Continental s’oppose à la version de Jean Broc’h. Il affirme par exemple que la chaudière, où l’explosif aurait été placé, était restée intacte et aurait été récupérée ensuite par la SNCF. Surtout, selon Gildas Priol, « la destruction de l’hôtel ne figure pas sur les charges, beaucoup plus mineures, présentes sur le compte-rendu du procès du 22 novembre 1941 ».

Du côté de la Résistance, des incohérences ajoutent au flou ambiant. Gildas Priol s’est intéressé aux témoignages de trois survivants du groupe Élie. Henri Auffret, Victor Gourmelon et Jean Pronost confirment leur participation à l’attentat, avec des divergences entre les récits. Victor Gourmelon fait notamment mention d’une alerte anti-bombardements qui aurait perturbé le déroulement de l’attaque. Une seule chose est sûre : le 4 avril 1941, l’hôtel Continental a bien été la cible des bombardements.

La rue des Onze-Martyrs, la trace toujours visible du groupe Élie

Dans les semaines qui suivent la destruction de l’hôtel Continental, entre mai et juillet 1941, les principaux responsables du groupe Élie sont arrêtés par les Allemands. Bruno Calvès, dans le livre « Brest secret et insolite. Les secrets de la Cité du Ponant », énumère les charges retenues contre les onze résistants : « Détention d’armes et de munitions, voies de fait contre les membres de l’armée allemande, participation au mouvement gaulliste et espionnage en faveur de l’ennemi ». 

Les onze résistants sont fusillés au Mont-Valérien, à Paris, le 10 décembre 1941.

La rue des Onze-Martyrs rend aujourd’hui hommage aux membres du premier réseau de résistance brestois. D’abord située rue Brizeux, elle change ensuite de localisation pour être déplacée à son emplacement actuel. Une stèle a été érigée dans le square Rhin-et-Danube, au coin des rues Branda et Farigoul. Elle récapitule les noms des onze résistants fusillés au Mont-Valérien et ceux de six autres membres du groupe Élie morts en déportation.

Pratique

Site internet  Mémoire des Résistants et FFI du pays de Brest.

Il y a 390 ans, Richelieu décide de créer l’arsenal de Brest

Source Le Télégramme de Brest. Alain Boulaire Historien

Matthaüs Merian (Bâle, 1593 – Bad Schwalbach, 1650), vue cavalière de Brest (inv. 959.11.34), vers 1640, eau-forte sur papier, 19,3 cm x 29,5 cm, musée des Beaux-Arts de Brest Métropole. (Illustration Musée des Beaux-arts de Brest Métropole)

1631-2021. Il y a 390 ans naissait l’arsenal de Brest, qui allait faire de la cité du Ponant une actrice majeure de l’Histoire maritime française et mondiale. L’occasion de remonter dans le temps avec l’historien Alain Boulaire.

En 1631, le sieur d’Infreville, commissaire général de la Marine, rend à Richelieu un rapport sur l’état de la Marine le long des côtes atlantiques. De 1629 à 1631, Louis Leroux d’Infreville a parcouru le littoral Atlantique, il a voyagé « en tous les ports et les havres de France », inspectant plus de 60 sites en « Picardie, Normandie, Bretagne, Poitou et Guienne », s’intéressant aux lieux de mouillage, aux droits, aux ressources locales, à la présence de gens de mer, aux moyens de défense, etc. Sur la base de cet audit, le cardinal de Richelieu arrête son choix sur Brouage, Le Havre et Brest.

Pour Brest, cette décision acte une avancée politique majeure. Jusqu’ici, la construction navale au port était conduite par des armateurs locaux de façon empirique. Désormais, elle devient raison d’État. En 1631, l’arsenal de Brest est lancé.

A l’emplacement actuel du bassin de Tourville se trouvait l’anse de Troulan, premier site de développement de l’arsenal sous Richelieu
A l’emplacement actuel du bassin de Tourville se trouvait l’anse de Troulan, premier site de développement de l’arsenal sous Richelieu. (Photo Le Télégramme/Jérémi Anxionnaz)

En 1958, Brest ne compte que 1000 à 1200 habitants
« Éperon barré occupé depuis la Préhistoire », Brest s’est construite depuis son « castellum », un des plus importants de l’Empire romain. La ville close dispose d’un port qui déjoue les attaques vikings venues du Nord et devient un enjeu fondamental, pendant les guerres de Cent ans (1337-1453), entre le duché de Bretagne et les royaumes de France et d’Angleterre. En effet, « ne peut être maître de Bretagne qui n’est pas maître de Brest », comme l’observe un conseiller du duc Jean V de Bretagne.

En 1518, devenue « place française en terre bretonne », Brest accueille, pendant sept jours, le roi de France François Ier, alors âgé de 24 ans. À l’époque, la ville de Brest est cantonnée dans sa forteresse (le château d’aujourd’hui). Elle compte « entre 1 000 à 1 200 habitants », dont de nombreux militaires français.

En 1593, pour récompenser la fidélité de la cité durant la guerre de la Ligue (1588-1598), Henri IV octroie à Brest le droit de bourgeoisie : la ville devient une entité juridique constituée d’un maire et de deux échevins. Brest commence à sortir de son château et à se répandre en contrebas. 1631. marque donc l’année où Richelieu affirme que « la France doit avoir une grande importance sur mer ». Pour cela, il programme à Brest des premiers travaux, fait bâtir une corderie et des magasins.

Magasin général

Corderies et ancien bagne. Collection des Archives de Brest


Dessin. situation rive gauche Penfeld Observation des différents points de la rive gauche. D Larvor. (source)*

Dans l’idée d’élever Brest d’un point de vue technologique, Richelieu fait venir des artisans hollandais, d’Utrecht notamment. Une « petite Hollande » voit le jour, constituée de charpentiers de marine (comme le maître charpentier Clas Verussen), de voiliers, de cordiers et d’étoupiers. Richelieu exige que les jeunes apprentis, bretons en particulier, soient formés aux techniques hollandaises.

En 1639-1640, la peste qui s’abat sur Brest décime le dixième des 1 700 habitants.
Entre1639 et 1640, la peste frappe un peu partout en France, de façon intermittente. Pour lutter contre l’épidémie, le conseil de ville prend les mesures habituelles : isolement des familles, dans des « cabanes » dès le premier soupçon de maladie, ce qui explique que la majeure partie des malades décède dans la ville.

Richelieu meurt deux ans plus tard, en 1642, sans être jamais venu en personne à Brest !

Sous Mazarin, Brest décline, faute de moyens, au détriment de Toulon. En 1661, Colbert fixe le fonctionnement de l’arsenal de Brest et, à partir de 1669, donne une vive impulsion aux travaux du port. L’arrivée de travailleurs et de soldats va engendrer des problématiques de logements, génératrices d’épidémies, de préoccupations en matière d’hygiène et de misère.

Il est à souligner qu’au départ, Colbert n’aime pas la structuration étroite de la Penfeld, « coincée entre deux plateaux » ; les manœuvres difficiles dans le goulet en font pour lui « un mauvais site », auquel il préfère Rochefort. C’est finalement son fils Jean-Baptiste Colbert de Seignelay qui va le décider à privilégier Brest pour des raisons géostratégiques, au moment où éclate, en 1672, la guerre contre les Anglais et Hollandais.

En à peine quarante ans, Brest est devenu un grand port militaire français.

Les bateaux construits à même la rive

Si l’on souhaite se promener dans ces années 1630, et retrouver, le long de la Penfeld, des traces du début de l’arsenal, l’anse de Troulan, à Brest, est le point de commencement.

C’est ici, le long d’une petite rivière qui débouche en Penfeld, au creux du vallon de Troulan, que va s’activer « le cœur de l’arsenal de Richelieu ». Une corderie y est construite en 1635, près de la plage. André Ceberet, commissaire général, y fait ériger un « magasin général et des magasins particuliers ». Des travaux permettent de consolider la falaise. En 1635, il y aurait eu 19 vaisseaux dans le port de Brest. Le plan de l’ingénieur Petit, « levé en 1640 », retranscrit bien l’activité de la Penfeld à cette époque.

« Forme de Brest »

Fers, bois, chanvres, lins : des matières premières sont acheminées en grande quantité, à tel point que les magasins du Roi ne peuvent tout contenir. Quelques années plus tard, dans cette même crique de Troulan, M. de Seuil fera construire une forge et un magasin servant à la fois de « tonnellerie et de dépôt de futailles », tandis que seront bâties, du côté de Recouvrance, dans la crique de Pontaniou, « une forge et une salle d’armes ».

Au départ, les bateaux sont construits à même la rive. En 1683, un premier bassin est creusé, utilisé pour « les réparations, le radoub ». Il faut imaginer des pompes mises en route pour sécher le bassin et limiter l’infiltration. Ce bassin est progressivement aménagé pour pouvoir y armer des vaisseaux. Il prendra le nom de forme de Brest, avant de devenir plus tardivement le bassin Tourville que l’on connaît. Il est considérablement remanié sous Louis XIV, tandis que d’importants bassins vont être aménagés, rive droite, dans l’anse de Pontaniou.