Category Archives: Bretagne

Brest d’ hier et d’aujourd’hui. David Cormier. Le Télégramme de Brest

Rive gauche de Brest: perspective de la rue de Siam et de la rue Louis-Pasteur, des Brestois et le tramway empruntant le pont national ou grand pont. 1919
Editions LL (Paris), collection Archives de Brest.

Une descente par des murs de soutènement que l’on voit déjà très  bien sur ce vieux cliché.   

Le bas de Siam a tant changé

Le bas de la rue de Siam pont de Recouvrance n’ont pas toujours eu leur aspect actuel.

La carte postale date de 1919 et il est précisé, aux Archives de Brest, qu’elle est écrite en espagnol. L’image est prise depuis Recouvrance, en hauteur, à l’entrée de ce qu’on désignait comme « le Grand pont » et montre les anciennes rues de Siam et pasteur.

Brest Le Grand Pont

Brest -Place Etienne Dolet et rue Louis Pasteur

C’était le temps des grandes publicités sur les pignons. La rue de Siam était bien étriquée par rapport à celle que nous connaissons aujourd’hui.

Publicité sur la maison

Et le tramway y passe à nouveau, depuis huit ans.

La rue de Siam Le tramway y passe

Il reste de vieux bâtiments à Recouvrance. En face, tout a changé ou presque. Seul le château, immuable, reste planté là comme jadis.  


Le château de Brest, l’un des plus importants sites fortifiés de Bretagne, présente la particularité d’avoir conservé, tout au long des 1 700 ans de son histoire, sa vocation originelle : celle d’une forteresse sans cesse adaptée à l’évolution de l’art de la guerre.
Textes et clichés Didier Faure.

« Le Quartier des sept-Saints (au centre de Brest, autour de l’église du même nom, qui a disparu) a été détruit entre 1865 et 1900, environ, pour donner accès au quai, par la descente », explique l’historien brestois Olivier Polard.

Quartier  (détruit) puis boulevard de la Marine, Sept-Saints, Quartier intra-muros de la rive gauche (Brest) – Vue du quartier des Sept-Saints à Brest en 1895 : maison au 31 rue Monge acquise par la ville en 1880, détruit en 1897 (propriété Le Moal). Rue neuve des Sept-Saints, entrée de l’école des Frères. Poste de Police. Hôtel garni. Archives municipales et communautaires Brest Métropole Océane


Scène de racolage à recouvrance (Tous droits réservés Archives de Brest).

L’ancien quartier chaud

« Un boulevard Thiers a été créé, devenu Jean-Moulin », jusqu’à la récente station du téléphérique et boulevard des Français-Libres.  « On voit l’ancienne Grand-Rue, la porte Tourville, tous les bars des matelots, le quartier chaud », celui de la prostitution. « À l’emplacement du timbre, il devait y avoir la Banque de France ».      

Ancienne Banque de France (Dessous le timbre). Photo du Haut.

Pour la vue contemporaine, il était difficile de se positionner de façon à retrouver à peu près la même perspective : le pont de Recouvrance en cache une bonne partie et il aurait fallu se retrouver à mi-hauteur. Nous avons préféré retrouver une photo prise l’an dernier du haut du pont (lui-même déjà bien connu), lieu d’ordinaire inaccessible mais qu’on nous a ouvert pour une double page sur les points de vue surélevés de Brest.   

Les rues de Siam et Louis Pasteur vus depuis le haut du pont de Recouvrance. Photo David Cormier

Le pont tournant puis levant : summums de modernité

« Le quartier a été considérablement modifié dans les années 1850, 1860 », commence l’historien brestois Yves Coativy. « On a abandonné la traversée en bac pour un pont impérial tournant, qui permette de faire passer les bateaux.  Recouvrance était resté un peu dans son jus, avec des maisons de pêcheurs, mais on a abattu des immeubles, fait de nouvelles routes. Et donc ce nouveau pont à côté de la tour Tanguy. Là où il y a maintenant le pont de Recouvrance. On voit d’ailleurs, surtout côté Recouvrance des traces de l’ancien pont.  Les Allemands l’ont pétardé en 1944 pour bloquer les Américains ». C’était côté ouest, tandis qu’une bombe américaine a détruit l’ouvrage côté Brest. Celui qu’on appelait alors pont National ou Grand pont. L’option choisie pour la reconstruction a été celle du pont levant, et non plus tournant. « Ce sont des ouvrages d’art remarquables, souvent cités à leur époque en exemple de modernité au niveau  national voire international », poursuit l’historien. « C’était unique au monde, un prodige. Le top de la modernité », embraie Olivier Polard. « En quinze minutes, il était ouvert, grâce aux vétérans de la Marine et à un système de manivelles. Les Brestois en étaient très fiers ». Il a notamment été présenté à l’exposition universelle de Bruxelles en 1958.  

Un pont qui épouse l’histoire de la ville

Le pont à l’entrée de la Penfeld, emblème de Brest, dont il a épousé les soubresauts depuis un siècle et demi, a vu se succéder plusieurs versions, pour relier ce qui était au début deux villes, Brest et Recouvrance. Les habitants de cette dernière ont pétitionné, en 1836, pour qu’un ouvrage d’art leur permette de traverser .Inauguré le 23 juin 1861, le premier baptisé pont National, a vite été appelé le Grand pont par la population. Il faut dire que, par rapport aux passerelles ou au pont Gueydon (1856) flottant qui traversaient la Penfeld, il faisait de l’effet (lire ci contre).


Auteur de l’illustration
Pont Gueydon
Archives municipales et communautaires Brest Métropole Océane (reproduction)

Auteur du document reproduit
Inconnu


Reconstruit après la guerre, inaugurée en juillet 1954, le pont de Recouvrance a vu son tablier remplacé en 2011 en vue du passage du tramway. Ajourée, sa nouvelle balustrade chante, dit on, sous l’effet du vent. Il inspire peintres et photographes et ses abords ont été réaménagés, habillés d’une œuvre d’art de chaque côté : l’arbre empathique qui tarde encore à s’habiller de vert (et que d’aucuns ont projeté d’abattre)

l’arbre empathique qui tarde encore à s’habiller de vert (et que d’aucuns ont projeté d’abattre)

Et la statue en bronze de Fanny de Laninon et Jean Quéméneur,  personnages de deux chansons emblématiques de la ville.


Et la statue en bronze de Fanny de Laninon et Jean Quéméneur 

Brest d’ hier et d’aujourd’hui. David Cormier. Le Télégramme de Brest

Le bâtiment de la gare « Ouest-État » de Brest construit selon les instructions du Génie est édifié en briques et en bois et inauguré en 1865.

Gare-Ouest État à Brest en 1867. Source du document Gilles Cardinal

La « gare du chemin de fer d’État à Brest ». Albumine, entre 1890 et 1900, d’auteur inconnu. Collection des Archives de Brest

La gare de Brest vers 1890 et 1900
Il ne mettait pas trois heures mais près de 17 pour rallier Brest à la capitale. Le train est arrivé en 1865 dans une grande gare.
Brest d’Hier et d’aujourd’hui
David Cormier
L’actuelle gare de Brest épouse le mouvement art déco en vogue à l’époque de son érection (les années 1930), y compris dans la cité du Ponant, qui en garde de nombreux témoignages. Mais la première gare de l’histoire de la ville, quand le train est arrivé à la pointe bretonne, semblait plus impressionnante, hymne à la révolution industrielle mais non dénuée de charme. On s’y promenait volontiers, sous les ombrelles. L’époque n’était pas encore au teint hâlé chez ces dames.
« Cette photo date de la fin du XIXe siècle.
On aperçoit, derrière la gare, le (récent boulevard Gambetta, sans immeubles », détaille l’historien brestois Olivier Polard. « Elle était grande, en briques. Elle a été détruite juste avant la Deuxième Guerre mondiale, pour la moderniser. C’est dommage, elle était belle ! ». Une grande verrière centrale en imposait. « Il y avait aussi, déjà, à côté, une gare routière, pour les calèches et les diligences. Puis les autocars, après la Première Guerre mondiale. Brest était relié à Paris, c’était super – important… »     

Refaire le haut du bas-relief ?
La nouvelle version, en béton, a très vite été mise à rude épreuve. « Le plus étonnant, c’est que lors du siège et des bombardements, les monuments récents sont passés au travers. L’hôpital Morvan aussi, par exemple », ajoute Yves Coativy, historien brestois également. « Mais le bas-relief en granit rose a perdu sa partie haute », souligne – t’il. « Ce serait sympa de la refaire », reprend Olivier polard, « ou au moins de peindre la partie manquante ». L’édifice a été refait à l’identique (à cette fresque près, donc), après la fin du conflit. L’endroit évolue encore doucement, avec un projet de restaurant gastronomique retardé par le confinement. Il proposera une vue imprenable sur la rade de Brest.    
 
Une inauguration en grande pompe
La gare de Brest a été inaugurée le 25 avril 1865. En grande pompe ! « Ce jour-là, à cinq heures vingt du soir, deux locomotives parées de fleurs et de guirlandes
emmenaient en gare de Brest le train officiel dans lequel avait pris place M. Béhic, ministre des Travaux publics, revêtu de son grand costume », écrivait Louis Delourmel, bibliothécaire, archiviste honoraire de la Ville de Brest, dans son ouvrage « Le Vieux Brest à travers ses rues », aux éditions de Bretagne, en 1946. Le ministre a estimé, dans son discours, que « la nature a tout fait pour Brest. Relégué naguère à l’une des extrémités les moins fréquentées de la France, voici Brest devenu tout à coup la tête de ligne et la gare maritime des deux plus grandes voies du transit internationales, “ Syphons“ immenses qui vont plonger directement au nord, au sud, à l’est, dans les principaux réservoirs de la consommation et de la production en Europe ».

Le bond dans la modernité
« Le curé archiprêtre de Saint – Louis a béni leur union avec l’océan », poétisait un reporter sur place, avant une retraite aux flambeaux accompagnant un grand banquet, en présence des ministres des États – Unis, de Suisse et de Siam, sans oublier les consuls généraux de Prusse, d’Angleterre et d’Autriche. Les festivités ont duré trois jours, avec notamment la visite de vaisseaux de la marine, des promenades en rade, un feu d’artifice.  

Deux locomotives parées de fleurs et de guirlandes
emmenaient en gare de Brest le train officiel

17. En heures, le temps de trajet pour faire un Brest – Paris en train en 1865. Bien plus rapide que les 53 heures qu’il fallait effectuer pour rejoindre les deux villes en malle-poste, ancienne voiture postale hippomobile qui embarquait parfois quelques voyageurs. 

la malle poste

Brest la gare

Gare de Brest détruite

Une-nouvelle-gare-a-ete-construite-a-la-fin-des-annees-30

C’est beau, c’est tendre, ça raconte des histoires d’hommes et de baraques. Celles de la reconstruction, de l’après-guerre. À Lorient, ça nous parle. Une expo à voir absolument à l’Hôtel Gabriel. Article Ouest France

Elisabeth Blanchet, photographe.

À L’Hôtel Gabriel, en immersion dans une baraque: Vanessa Hue, directrice adjointe du Patrimoine, Mickaël Sendras, président de Mémoire de Soye: Xavier Argotti, président de l’association Préfab; Elisabeth Blanchet, photographe; Bruno Blanchard, adjoint; Patricia Drenou, directrice du Patrimoine; Emmanuelle Williams adjointe Article ouest France avec les photos.

À Lorient, 2019, c’est l’année des baraques. Après l’inauguration, lors des Journées du patrimoine, d’une baraque reconstruite près des lavoirs du Rouho, voilà l’acte II. Une expo qui s’appelle Préfabuleux, à découvrir absolument à l’Hôtel Gabriel. Bien joli nom qui met autant l’homme que le bâti au cœur des photos.

« Elles étaient censées durer dix ans. Soixante-quinze ans après, elles sont des milliers encore habitées. » Elisabeth Blanchet a baladé son œil et son appareil photos au Royaume-Uni, – elle a résidé quinze ans à Londres -, et aux États-Unis. En quelque sorte, elle est devenue une « experte des baraques d’après-guerre », glisse-t-elle dans un large sourire. En 2014, elle a même créé un musée.

À ce jeu de passionnés, elle a trouvé un compère « dénicheur de baraques » dans la personne de Mickaël Sandra. 36 ans. La moitié de sa vie à présider Mémoires de Soye. Association bien connue, ici, dans le pays de Lorient, où le mot « baraques » a une place si particulière dans les cœurs de nombreuses familles.

« Comment j’habite ma maison »

Ces maisons si fragiles, « ce patrimoine mal connu, mal perçu », renvoient à l’heure où des villes étaient quasiment rayées de la carte, où des populations ont dû être évacuées. Et puis, quand sonne le retour, il a fallu « reconstruire. » Vite. Comme on pouvait. Dans ces baraques, – « on les appelle maisons de cartons au Havre » -, des solidarités se sont construites sur de la précarité. Oui, c’est de l’architecture (on est en plein dans la semaine), mais c’est aussi notre héritage.

Et c’est actuel. « Cela nous pose cette question : comment j’habite ma maison ? » Emmanuelle Williamson, adjointe à la culture, met en exergue que Lorient a joint le club Prismes des villes reconstruites (18 adhérentes). « L’idée est de partager avec les autres communes les problématiques d’architecture. » Cela interroge le vieillissement des bâtis, leurs isolations, l’accessibilité pour des populations de plus en plus âgées. Avec l’envie de « garder le cachet » propre à ces habitations. 

Outre l’implication de Xavier Argotti, président de l’association Préfab, l’exposition offre un tendre regard sur ces baraques d’ici et d’ailleurs. À travers des animations pour les enfants, des visites découvertes, le public pourra affiner ses connaissances. Et pour aller plus loin, une journée d’étude a lieu le 6 février sur les préfabriqués.

visite commentée de l’exposition, à l’Hôtel Gabriel, dans l’enclos du port. Entrée libre. Exposition visible jusqu’au 14 juin.

Baraques type UK 100, ville de Lorient
Un quartier de Baraques Lorient, source photos Archives Lorient, Télégramme, Ouest France
Lorient
Soye Baraque
Olivier et Georges, de Brest en visite à Lorient pour l’exposition.

Brest- La nouvelle gare

La nouvelle Gare de Brest. Le chemin de fer est arrivé à Brest en 1865 après la construction du viaduc de Morlaix. La première gare est inaugurée le 25 avril 1865. Le trajet pour Paris durait alors 18 heures. Le bâtiment voyageur actuel est construit en 1936 et 1937 par Urbain Cassan dans un style Art déco.

Brest- La nouvelle Gare. Source Photo Famille Le Goff.
Photo de la gare de Brest (Finistère) prise par Claxton Ray US Army en 1944.

 
La gare de Brest 2019.

Châteauneuf-du-Faou. Le pont du Roy

      Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   
Jean-Noël Potin

Bâti en schiste et granite, le vieux pont de Châteauneuf-du-Faou, aussi appelé pont du Roy (ou pont de la Nation durant la révolution), enjambe, non sans élégance, l’Aulne canalisé. La rivière était sans doute moins apprivoisée à l’époque de sa construction, sous Louis XIII, vers 1638. L’ouvrage, qui tenait son nom du moulin du Roy situé non loin, a remplacé un gué datant de l’Antiquité, facilitant ainsi les déplacements en direction du Sud-Finistère. Quand le canal a été rendu  navigable à partir de 1836, la rivière a été élargie et le tablier du pont a été prolongé, côté sud. Parallèlement, l’ouvrage a été amputé de l’arche la plus au nord, en 1871, afin de permettre le passage des péniches. Un parapet en fer a remplacé celui d’origine, réalisé en maçonnerie. Signe distinctif du pont, ses six avant-becs, en forme d’éperon, destinées à protéger l’ouvrage du courant et contribuant grandement à son esthétique.   

Commerce florissant

Le canal de Nantes à Brest fut voie commerciale d’importance. « Autour du pont, toutes les maisons avaient des portes cochères car elles servaient d’entrepôt », Souligne Marie-José Duigou, présidente des Amis de Châteauneuf. On importait du vin, du maërl, de l’engrais, et on exportait du bois, des pommes de terre, et les ardoises de Saint-Goazec et Châteauneuf. Au bout du pont, côté sud, se dresse toujours la maison de Lisle, famille de négociants. La propriété fut par la suite rachetée par James de Kerjégu, propriétaire du domaine de Trévarez situé un peu plus au sud. Une façon peut-être de se ménager un accès au canal, par où allaient transiter les matériaux utiles à la construction du futur château à partir de 1847.

Une cale à proximité du pont a longtemps servi de lieu de baignade dont parlent encore les anciens. Une vocation aujourd’hui reprise par la base nautique située de l’autre côté du nouveau pont, parallèle à l’ancien. Sa construction a débuté en 1928. C’est dans ce cadre vert et fleuri en bordure de l’Aulne qu’une guinguette s’est nichée et que se tient chaque année le fameux Fest Jazz.

 Le saviez-vous ?

Le peintre Paul Sérusier, qui a beaucoup vécu à Châteauneuf à partir de 1893, est tombé sous le charme du pont de Roy et de ses abords. En 1894, il avait campé l’édifice dans son tableau « Le pardon de Notre-Dame des Portes à Châteauneuf-du-Faou », Aujourd’hui exposé au musée des beaux Arts à Quimper.  

Le pont du Roy a été construit au XVIIᵉ siècle. Archive Le Doaré-Châteaulin
Le nouveau pont a été construit à la fin des années 20. Photo Claude Prigent

Châteaulin. Les belles courbes du viaduc

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   
Loïc L’Haridon

Franchir l’Aulne,  à Châteaulin, n’a jamais été une sinécure. Depuis l’avènement de l’automobile, ça coince. Sur cette dernière portion du canal de Nantes à Brest, les projets de nouveaux ponts, serpents de mer quinquagénaires, prennent régulièrement le bouillon.

Cœur de la cité Pen Eog (tête de saumon), il y a trois façons de changer de rive : La passerelle piétonne de 2009, aussi imposante que controversée ; l’étroit pont routier qui a failli sauter pendant la guerre ; et, depuis 1906, le viaduc, ouvrage d’art remarquable aux courbes originales.  Ce pont curviligne de 165 mètres de long compte onze arches de maçonnerie. Sa construction, en pierre de Kersanton (Logonna-Daoulas) et granite de Pontivy, s’est étalée de 1905 à 1906. Elle a nécessité d’importants moyens pour l’époque. Des moyens mis en œuvre par Eugène Sanson, ingénieur des ponts et Chaussées. C’est que l’enjeu était de taille : désenclaver le Centre- Bretagne. Il s’agissait de relier la ligne Carhaix-Châteaulin du réseau breton à la gare d’Orléans. Pour ce faire, il fallait donc raccorder la gare de Châteaulin-ville (rive-droite) à celle de Châteaulin-embranchement (rive gauche). 

Le « petit train » comme l’appelaient les gens d’ici, transportait aussi bien les passagers que les marchandises, et notamment les nombreuses denrées agricoles produites dans la région.

Ligne fermée en 1967

Dans les années 60, les campagnes se vident en même temps que les routes se remplissent, sonnant le glas pour le petit train. La voie métrique et les coûts de transbordement qui lui sont liés ne sont plus rentables. En 1967, 60 ans après le premier franchissement de l’Aulne, la ligne ferme définitivement. Dès lors, le viaduc est ouvert à la circulation des véhicules, sur une voie unique. Quand à l’ancien tracé de la voie ferrée, il a été transformé par endroits en sentier de randonnée. On peut l’emprunter au départ du bien nommé plateau de la petite gare.

        Le saviez-vous ?

Dans les années 50, Châteaulin fut le premier centre d’expédition de pommes de terre de semence en France. Il n’était pas rare que trois trains quittent la ville, chaque soir, débordant du fameux tubercule. On les appelait les « trains patates ». C’est toute une société de paysans, de contrôleurs, de négociants, de coopératives et d’employés qui vivait ainsi de la pomme de terre.

Derrière le pont routier, on aperçoit le viaduc, construit en 1906 pour relier les deux gares châteaulinoises. Photo archive Le Doaré-Châteaulin
Dans l’ordre en partant du bas: la passerelle piétonne de 2009, le pont routier et le viaduc construit en 1905-1906.

Guipavas. L’aéroport Brest – Bretagne

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   
David Cormier

Guipavas. L’aéroport Brest – Bretagne

Évoquer  les premiers temps de l’aviation à Guipavas, c’est revenir à la présence massive de l’armée américaine en 1917 et parler dirigeables, garés dans deux hangars et utilisés pour repérer les mouvements de sous-marins  allemands. La guerre achevée, un film américain est projeté là, une découverte à l’époque pour la plupart des spectateurs.

L’armée française ne s’intéresse pas au site de Lanrus (pour privilégier Lanvéoc-Poulmic, de l’autre côté de la rade) et il faut attendre 1931 pour voir la création d’un aéroclub. La Chambre de commerce prend l’usufruit du terrain, y construit des bâtiments, et l’aéroport en tant  que tel est inauguré en juin 1937. L’avion a remplacé le dirigeable : les accidents, en particulier celui, dramatique, quelques semaines plus tôt, du Hindenburg près de New York, ont mis fin à son utilisation commerciale.   

La seconde Guerre mondiale laisse le lieu en piteux état mais la reconstruction ne tarde pas. Des meetings aériens régalent le public et des liaisons (vers l’Angleterre et l’Irlande pour transporter des fraises de Plougastel (29) puis Jersey ou Ouessant) commencent à se développer dans les années qui suivent. Mais celle vers Paris, quotidienne, créée en janvier 1961 par Air Inter, marque le véritable envol de l’aéroport de Guipavas. En 1986, il faut agrandir une première fois l’aérogare, tandis que la piste est allongée à plusieurs reprises. Une zone de fret  voit le jour en 1993.

Plus d’un million de passagers par an

Avant la fin du siècle, le nombre annuel de passagers franchit les 600 000 et l’aérogare se développe encore. Elle est complètement refaite en 2007, avec une architecture futuriste, pour une capacité d’1,4 million de passagers annuels. Le cap du million est atteint en 2012. Avec 1,1 million en 2018, l’aéroport Brest Bretagne, comme on l’appelle désormais, reste le premier de Bretagne. Il dessert huit pays en Europe en vol direct (en plus des quinze destinations françaises), ainsi que le Maroc et la Tunisie, avec des lignes régulières et des vols vacances.      

        Le saviez-vous ?

L’architecte alsacien Denis Dietschy a conçu l’aérogare actuelle, inaugurée en décembre 2007. Elle ressemble à une raie manta et, depuis 2008, la grande verrière, à l’entrée, montre une flotte aérienne naviguant en forme de banc de poissons. L’idée est de rappeler l’environnement maritime de Brest aux gens qui atterrissent et à ceux qui s’en vont.

En 1975, l’aéroport de Guipavas accueille déjà une liaison quotidienne avec Paris. Archive Le Doaré-Châteaulin
L’aérogare actuelle, en forme de raie manta, a été conçue par l’architecte Denis Dietschy. Photo Claude – Prigent

Écluses de Pontivy. Témoins de l’histoire

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Pierre Bernard

Elles sont l’empreinte de l’histoire et la griffe d’un certain Napoléon. Édifiées sous l’Empire, les écluses de Pontivy, comme toutes les autres bâties sur le canal de Nantes à Brest ou sur le Blavet, avaient, à l’origine, un objectif strictement économique : désenclaver le cœur de la Bretagne en permettant le transport fluvial de denrées et de marchandises à l’intérieur de la région. Et donc délaisser les impraticables chemins de l’époque entre Saint-Malo, Lorient, Brest et le centre-Bretagne.

Désormais, elles servent à la navigation fluviale touristique et sont les témoins de la vie pontivyenne, si paisible le long de son halage, un tortueux corridor bucolique où, à chaque kilomètre ou presque, on longe ces écluses, faites de 40 m3 de pierres taillées. Des monuments de solidité à l’enjeu hydraulique, sportif et touristique pour la ville de Pontivy, et qui forment un patrimoine bâti horizontal exceptionnel en Bretagne. « Les bâtisseurs de ces écluses nous ont laissé en legs le plus grand château d’eau horizontal de toute la région », pense d’ailleurs le Costarmoricain Kader Benferhat, passionné du canal de Nantes à Brest et auteur d’ouvrages sur le sujet.    

Le charme et les rencontres.

Autrefois en perpétuel fonctionnement, les écluses de Pontivy sont désormais ouvertes à la navigation entre avril et octobre. Avec les beaux jours, la cité napoléonienne voit ainsi bateaux et péniches naviguer doucettement le long de ses quais fleuris. Des traversées qui ont la cote : l’écluse des Récollets, en plein centre – ville, a vu 98 bateaux en 2016 puis 140 l’an passé ! Autant de touristes qui apprécient, aussi, le charme des maisons éclusières. Entre Pontivy et Guerlédan, huit ont d’ailleurs été récemment restaurées. Certaines personnes s’y rencontrent pour échanger autour de ce formidable patrimoine local. Nées il y a si longtemps, les écluses ont encore une belle vie devant elles. À Pontivy, l’histoire ne s’arrête jamais vraiment…     

        Le saviez-vous ?

Qui dit écluse, généralement, maisons éclusière, avec son petit verger de pommiers en fleurs. Des espaces qui n’ont pas été conçus par hasard. En effet, les ingénieurs – paysagistes de l’époque voulaient avant tout prévenir l’oisiveté des éclusiers, tout en améliorant leur sort : s’occuper d’un potager ou d’un verger exige un travail méticuleux dont on tire les fruits pour en faire profiter sa famille !    

En 1963, la grande époque du canal de Nantes à Brest est déjà révolue. Archive Le Doaré – Châteaulin
Le canal, aujourd’hui un corridor bucolique apprécié des touristes et promeneurs. Photo François Destoc

Le Faouët. Les trésors de Saint Fiacre

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Katell Brélivet

Avec Sainte – Barbe et l’église Notre – Dame à Kernascléden, La chapelle Saint – Fiacre au Faouët se place dans le trio de tête du patrimoine religieux du pays du roi Morvan. Certes, Sainte – Barbe est plus spectaculaire. Sa voisine, à deux kilomètres au sud de Faouët, sur la route de Quimperlé, est plus discrète, moins imposante. Dédié à saint Fiacre, moine venu d’Irlande au VIᵉ siècle (le saint patron des paysans et des jardiniers), l’édifice se découvre avant tout de l’intérieur.

La chapelle a été conçue entre 1450 et 1480 par la famille Boutteville, seigneurs du Faouët, de grands bâtisseurs, au goût prononcé pour les arts et l’architecture, au crédit desquels ou peut aussi mettre la chapelle Sainte – Barbe et les halles du Faouët. Ce chef – d’œuvre de l’art gothique flamboyant breton doit surtout sa renommée à son magnifique jubé en bois polychrome. Une véritable bande dessinée sculptée. « Parmi les plus beaux de Bretagne, les plus anciens et les plus richement décorés », diront les amoureux d’art sacré.  

La fontaine guérisseuse

« Saint – Fiacre a été autrefois  été  un gros village », rappelle Nathalie Le Pen, médiatrice du patrimoine à la communauté du pays du roi Morvan. On parlait même du bourg de Saint – Fiacre, qui connaissait de grosses affluences liées à la fontaine du même nom (deux bassins reliés par une rigole en pierre de 7 mètres)  à 500 mètres de la chapelle, réputée pour soigner les maladies de peau. Cette fontaine guérisseuse, vestige supposé d’une léproserie au Moyen Âge, a été réhabilitée par les habitants du secteur dans les années 1980.

Si le village, au fil du temps, s’est vidé de ses commerces et artisans, les artistes n’ont jamais déserté les lieux. Séduits par les scènes de marché et de foire sous les halles (autre lieu emblématique de la commune), les peintres ont immortalisé, dès le milieu du XIXᵉ siècle, les pardons et pèlerinages autour des chapelles faouëtaises.  Le musée du Faouët conserve une belle collection qui fait revivre l’effervescence culturelle de la cité.

        Le saviez-vous ?

En avril 1732. Louis Le Ravallec se rend au pardon de Saint-Fiacre. Un pêcheur découvrira le corps de l’homme sur les bords de l’Ellé. La piste accidentelle est retenue. 230 ans plus tard, Donatien Laurent exhume les carnets de notes de Théodore Hersart de la Villemarqué, qui contiennent la gwerz «  pardon Saint Fiaakr », qui affirme que Louis Le Ravallec, victime d’une rivalité amoureuse, aurait été assassiné.      

Saint-Fiacre (ici en 1949) a été un gros village, et même quasiment un bourg. Archive Le Doaré-Châteaulin
Les arbres ont poussé, mais la chapelle Saint-Fiacre reste prisée des touristes et habitants du Centre-Bretagne.

Sainte – Anne – d’Auray. Le sanctuaire évolue

        Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Gwen Rastoll

À l’origine,  il n’y avait rien. Ou presque. Un champ, celui du Bocéno, dans le village de Ker Anna, à Pluneret, sur lequel paissaient les bêtes d’un humble paysan, Yves Nicolazic, à qui sainte Anne serait donc apparue pour la première fois en 1623. Après d’autres apparitions, la sainte demande à Nicolazic, dans la nuit du 25 au 26 juillet 1624, de reconstruire son sanctuaire tombé en ruines. Ce sera l’œuvre de sa vie. Le culte prend racine et se développe. La basilique est construite au XIXᵉ  siècle d’après les plans de l’architecte Édouard Deperthes, à l’emplacement de l’ancienne chapelle. Le monument, propriété de la commune, est inscrit au titre des Monuments historiques en 1975. Dans son voisinage, de nombreux édifices vont germer, comme la Scala Santa (1660) ou l’imposant Mémorial de la Grande Guerre. Non loin, les pèlerins qui arrivent à Sainte – Anne d’Auray ne manquent pas de retrouver un peu de fraîcheur sous la fontaine, une source très ancienne, qui serait le lieu de la première apparition de sainte Anne en 1623.

Au chevet de Sainte – Anne d’Auray

Toutes ces constructions nous ramènent naturellement vers l’immense parvis qui ouvre sur la basilique. « C’est une vaste construction : 22 mètres de large, 63 mètres de long, et 73 mètres de haut. Elle a déjà fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration, menées notamment de 1965 à 1980 par l’architecte J. Cordonnier.   Cependant, depuis près de 30 ans, aucun programme d’ampleur n’a été entrepris », nous apprend Dominique Lizerand. L’architecte du Patrimoine a été appelée à la rescousse en 2015, pour se porter au chevet de la basilique : des fuites et un état de délabrement général contraignent les propriétaires – la commune pour la basilique et l’essentiel du site, mais aussi le diocèse pour la chapelle de l’immaculée, le parvis… -à sonner le tocsin. Un vaste plan de restauration est lancé. L’opération devrait encore s’étaler sur plusieurs années, pour environ 10 millions d’euros.

   Le saviez-vous ?

En 1944, le 5 août, le père le Barh, premier recteur de la paroisse est fusillé par les Allemands devant la maison Sainte – Marie, ainsi que le père Allanic, économe du petit séminaire et organiste de la basilique. Des soldats allemands pénètrent ensuite dans la basilique dans le but de l’incendier. Mais le feu ne prendra pas et la basilique restera debout. Des traces de l’incendie sont encore visibles aujourd’hui au niveau des confessionnaux.   

Le Sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray en 1959. Archive Le Doaré – Châteaulin
Le site fait aujourd’hui l’objet d’un vaste plan de restauration qui s’étala sur plusieurs années. Photo François Destoc