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Guipavas. L’aéroport Brest – Bretagne

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   
David Cormier

Guipavas. L’aéroport Brest – Bretagne

Évoquer  les premiers temps de l’aviation à Guipavas, c’est revenir à la présence massive de l’armée américaine en 1917 et parler dirigeables, garés dans deux hangars et utilisés pour repérer les mouvements de sous-marins  allemands. La guerre achevée, un film américain est projeté là, une découverte à l’époque pour la plupart des spectateurs.

L’armée française ne s’intéresse pas au site de Lanrus (pour privilégier Lanvéoc-Poulmic, de l’autre côté de la rade) et il faut attendre 1931 pour voir la création d’un aéroclub. La Chambre de commerce prend l’usufruit du terrain, y construit des bâtiments, et l’aéroport en tant  que tel est inauguré en juin 1937. L’avion a remplacé le dirigeable : les accidents, en particulier celui, dramatique, quelques semaines plus tôt, du Hindenburg près de New York, ont mis fin à son utilisation commerciale.   

La seconde Guerre mondiale laisse le lieu en piteux état mais la reconstruction ne tarde pas. Des meetings aériens régalent le public et des liaisons (vers l’Angleterre et l’Irlande pour transporter des fraises de Plougastel (29) puis Jersey ou Ouessant) commencent à se développer dans les années qui suivent. Mais celle vers Paris, quotidienne, créée en janvier 1961 par Air Inter, marque le véritable envol de l’aéroport de Guipavas. En 1986, il faut agrandir une première fois l’aérogare, tandis que la piste est allongée à plusieurs reprises. Une zone de fret  voit le jour en 1993.

Plus d’un million de passagers par an

Avant la fin du siècle, le nombre annuel de passagers franchit les 600 000 et l’aérogare se développe encore. Elle est complètement refaite en 2007, avec une architecture futuriste, pour une capacité d’1,4 million de passagers annuels. Le cap du million est atteint en 2012. Avec 1,1 million en 2018, l’aéroport Brest Bretagne, comme on l’appelle désormais, reste le premier de Bretagne. Il dessert huit pays en Europe en vol direct (en plus des quinze destinations françaises), ainsi que le Maroc et la Tunisie, avec des lignes régulières et des vols vacances.      

        Le saviez-vous ?

L’architecte alsacien Denis Dietschy a conçu l’aérogare actuelle, inaugurée en décembre 2007. Elle ressemble à une raie manta et, depuis 2008, la grande verrière, à l’entrée, montre une flotte aérienne naviguant en forme de banc de poissons. L’idée est de rappeler l’environnement maritime de Brest aux gens qui atterrissent et à ceux qui s’en vont.

En 1975, l’aéroport de Guipavas accueille déjà une liaison quotidienne avec Paris. Archive Le Doaré-Châteaulin
L’aérogare actuelle, en forme de raie manta, a été conçue par l’architecte Denis Dietschy. Photo Claude – Prigent

Écluses de Pontivy. Témoins de l’histoire

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Pierre Bernard

Elles sont l’empreinte de l’histoire et la griffe d’un certain Napoléon. Édifiées sous l’Empire, les écluses de Pontivy, comme toutes les autres bâties sur le canal de Nantes à Brest ou sur le Blavet, avaient, à l’origine, un objectif strictement économique : désenclaver le cœur de la Bretagne en permettant le transport fluvial de denrées et de marchandises à l’intérieur de la région. Et donc délaisser les impraticables chemins de l’époque entre Saint-Malo, Lorient, Brest et le centre-Bretagne.

Désormais, elles servent à la navigation fluviale touristique et sont les témoins de la vie pontivyenne, si paisible le long de son halage, un tortueux corridor bucolique où, à chaque kilomètre ou presque, on longe ces écluses, faites de 40 m3 de pierres taillées. Des monuments de solidité à l’enjeu hydraulique, sportif et touristique pour la ville de Pontivy, et qui forment un patrimoine bâti horizontal exceptionnel en Bretagne. « Les bâtisseurs de ces écluses nous ont laissé en legs le plus grand château d’eau horizontal de toute la région », pense d’ailleurs le Costarmoricain Kader Benferhat, passionné du canal de Nantes à Brest et auteur d’ouvrages sur le sujet.    

Le charme et les rencontres.

Autrefois en perpétuel fonctionnement, les écluses de Pontivy sont désormais ouvertes à la navigation entre avril et octobre. Avec les beaux jours, la cité napoléonienne voit ainsi bateaux et péniches naviguer doucettement le long de ses quais fleuris. Des traversées qui ont la cote : l’écluse des Récollets, en plein centre – ville, a vu 98 bateaux en 2016 puis 140 l’an passé ! Autant de touristes qui apprécient, aussi, le charme des maisons éclusières. Entre Pontivy et Guerlédan, huit ont d’ailleurs été récemment restaurées. Certaines personnes s’y rencontrent pour échanger autour de ce formidable patrimoine local. Nées il y a si longtemps, les écluses ont encore une belle vie devant elles. À Pontivy, l’histoire ne s’arrête jamais vraiment…     

        Le saviez-vous ?

Qui dit écluse, généralement, maisons éclusière, avec son petit verger de pommiers en fleurs. Des espaces qui n’ont pas été conçus par hasard. En effet, les ingénieurs – paysagistes de l’époque voulaient avant tout prévenir l’oisiveté des éclusiers, tout en améliorant leur sort : s’occuper d’un potager ou d’un verger exige un travail méticuleux dont on tire les fruits pour en faire profiter sa famille !    

En 1963, la grande époque du canal de Nantes à Brest est déjà révolue. Archive Le Doaré – Châteaulin
Le canal, aujourd’hui un corridor bucolique apprécié des touristes et promeneurs. Photo François Destoc

Le Faouët. Les trésors de Saint Fiacre

Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Katell Brélivet

Avec Sainte – Barbe et l’église Notre – Dame à Kernascléden, La chapelle Saint – Fiacre au Faouët se place dans le trio de tête du patrimoine religieux du pays du roi Morvan. Certes, Sainte – Barbe est plus spectaculaire. Sa voisine, à deux kilomètres au sud de Faouët, sur la route de Quimperlé, est plus discrète, moins imposante. Dédié à saint Fiacre, moine venu d’Irlande au VIᵉ siècle (le saint patron des paysans et des jardiniers), l’édifice se découvre avant tout de l’intérieur.

La chapelle a été conçue entre 1450 et 1480 par la famille Boutteville, seigneurs du Faouët, de grands bâtisseurs, au goût prononcé pour les arts et l’architecture, au crédit desquels ou peut aussi mettre la chapelle Sainte – Barbe et les halles du Faouët. Ce chef – d’œuvre de l’art gothique flamboyant breton doit surtout sa renommée à son magnifique jubé en bois polychrome. Une véritable bande dessinée sculptée. « Parmi les plus beaux de Bretagne, les plus anciens et les plus richement décorés », diront les amoureux d’art sacré.  

La fontaine guérisseuse

« Saint – Fiacre a été autrefois  été  un gros village », rappelle Nathalie Le Pen, médiatrice du patrimoine à la communauté du pays du roi Morvan. On parlait même du bourg de Saint – Fiacre, qui connaissait de grosses affluences liées à la fontaine du même nom (deux bassins reliés par une rigole en pierre de 7 mètres)  à 500 mètres de la chapelle, réputée pour soigner les maladies de peau. Cette fontaine guérisseuse, vestige supposé d’une léproserie au Moyen Âge, a été réhabilitée par les habitants du secteur dans les années 1980.

Si le village, au fil du temps, s’est vidé de ses commerces et artisans, les artistes n’ont jamais déserté les lieux. Séduits par les scènes de marché et de foire sous les halles (autre lieu emblématique de la commune), les peintres ont immortalisé, dès le milieu du XIXᵉ siècle, les pardons et pèlerinages autour des chapelles faouëtaises.  Le musée du Faouët conserve une belle collection qui fait revivre l’effervescence culturelle de la cité.

        Le saviez-vous ?

En avril 1732. Louis Le Ravallec se rend au pardon de Saint-Fiacre. Un pêcheur découvrira le corps de l’homme sur les bords de l’Ellé. La piste accidentelle est retenue. 230 ans plus tard, Donatien Laurent exhume les carnets de notes de Théodore Hersart de la Villemarqué, qui contiennent la gwerz «  pardon Saint Fiaakr », qui affirme que Louis Le Ravallec, victime d’une rivalité amoureuse, aurait été assassiné.      

Saint-Fiacre (ici en 1949) a été un gros village, et même quasiment un bourg. Archive Le Doaré-Châteaulin
Les arbres ont poussé, mais la chapelle Saint-Fiacre reste prisée des touristes et habitants du Centre-Bretagne.

Sainte – Anne – d’Auray. Le sanctuaire évolue

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Gwen Rastoll

À l’origine,  il n’y avait rien. Ou presque. Un champ, celui du Bocéno, dans le village de Ker Anna, à Pluneret, sur lequel paissaient les bêtes d’un humble paysan, Yves Nicolazic, à qui sainte Anne serait donc apparue pour la première fois en 1623. Après d’autres apparitions, la sainte demande à Nicolazic, dans la nuit du 25 au 26 juillet 1624, de reconstruire son sanctuaire tombé en ruines. Ce sera l’œuvre de sa vie. Le culte prend racine et se développe. La basilique est construite au XIXᵉ  siècle d’après les plans de l’architecte Édouard Deperthes, à l’emplacement de l’ancienne chapelle. Le monument, propriété de la commune, est inscrit au titre des Monuments historiques en 1975. Dans son voisinage, de nombreux édifices vont germer, comme la Scala Santa (1660) ou l’imposant Mémorial de la Grande Guerre. Non loin, les pèlerins qui arrivent à Sainte – Anne d’Auray ne manquent pas de retrouver un peu de fraîcheur sous la fontaine, une source très ancienne, qui serait le lieu de la première apparition de sainte Anne en 1623.

Au chevet de Sainte – Anne d’Auray

Toutes ces constructions nous ramènent naturellement vers l’immense parvis qui ouvre sur la basilique. « C’est une vaste construction : 22 mètres de large, 63 mètres de long, et 73 mètres de haut. Elle a déjà fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration, menées notamment de 1965 à 1980 par l’architecte J. Cordonnier.   Cependant, depuis près de 30 ans, aucun programme d’ampleur n’a été entrepris », nous apprend Dominique Lizerand. L’architecte du Patrimoine a été appelée à la rescousse en 2015, pour se porter au chevet de la basilique : des fuites et un état de délabrement général contraignent les propriétaires – la commune pour la basilique et l’essentiel du site, mais aussi le diocèse pour la chapelle de l’immaculée, le parvis… -à sonner le tocsin. Un vaste plan de restauration est lancé. L’opération devrait encore s’étaler sur plusieurs années, pour environ 10 millions d’euros.

   Le saviez-vous ?

En 1944, le 5 août, le père le Barh, premier recteur de la paroisse est fusillé par les Allemands devant la maison Sainte – Marie, ainsi que le père Allanic, économe du petit séminaire et organiste de la basilique. Des soldats allemands pénètrent ensuite dans la basilique dans le but de l’incendier. Mais le feu ne prendra pas et la basilique restera debout. Des traces de l’incendie sont encore visibles aujourd’hui au niveau des confessionnaux.   

Le Sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray en 1959. Archive Le Doaré – Châteaulin
Le site fait aujourd’hui l’objet d’un vaste plan de restauration qui s’étala sur plusieurs années. Photo François Destoc

Bénodet. D’une rive de l’Odet à l’autre

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Jean Le Borgne

Le bruit sourd des chaînes guidant le bac d’une rive à l’autre de l’Odet, entre la cale du vieux port de Bénodet et celle de Sainte-Marine, le port bigouden de Combrit. Historien amateur, Renan Clorennec n’a pas oublié le va-et-vient du bateau qui, qui jour et nuit, transportait véhicules et passagers jusqu’en 1972, entre le pays fouesnantais et le pays bigouden. Un trait d’union indispensable pour le sud de la Cornouaille, évitant un détour de près de 40 km par le centre ville de Quimper.
Malgré le fort courant qui charrie les eaux de l’Odet entre les deux petits ports, la traversée s’est rapidement imposée comme une activité indispensable à la vie de la Cornouaille. Un droit de passage partagé sous l’ancien régime  entre le marquis de Kersalaün, propriétaire du château du Cosquer à Combrit et le marquis de  Cheffontaines son « voisin », dont la riche demeure dominait l’Odet depuis la rive de Clohars-Fouesnant. Évoqués en 1984 par la revue Cap Caval, les tarifs de 1816 détaillaient le prix de la traversée pour un cheval et son cavalier, un veau ou un mouton.
Naufrage
Un bac à charretier a été ajouté aux barques dédiées au transport de passagers à la fin du XIXᵉ siècle. « Les rames utilisées par trois marins étaient aussi longues que la coque », détaille Renan Clorennec. La vapeur fait son apparition en 1911, sur le modèle du bateau de servitude  de l’Elorn. Une époque dont témoigne encore la citerne à eau, conservée tout près de la grève de Sainte-Marie, où le bateau embarquait et débarquait ses passagers, avant que le trajet ne se fasse de cale à cale.
L’exploitation du bac est marquée par un naufrage. En 1929, le bac à vapeur, mouillé dans l’Odet pour la nuit, coule après une violente tempête. Il sera renfloué par les scaphandriers brestois, aidés d’une des goélettes de l’armement Donat de Sainte-Marie.
Le début de la mécanisation sera synonyme d’une intensification du trafic entre les deux rives, jusqu’à la mise en service du pont de Cornouaille en mai 1972, reléguant le bac de l’Odet au rang des activités touristiques.
  ⧨  Le saviez-vous ?
Depuis trois ans, les Vedettes de l’Odet proposent, l’été de traverser l’Odet à bord du P’tit bac. Une traversée assurée jusque – là par le Picot qui a transporté près de 65 000 passagers en 15 ans. Le nouveau bac perpétue la tradition, chaque jour de 9 h 30 à 19 h 30, du 8 juillet au 25 août.

En 1968, le bac était un passage obligé pour rejoindre Bénodet depuis Saint – Marine. Archive Le Doaré – Châteaulin
Le pont de Cornouaille a rendu le bac facultatif mais les touristes apprécient toujours la traversée. Photo Claude Prigent

Port du Légué. Le trait d’union

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Laurent Marc

C’est un trait d’union entre Saint-Brieuc et Plérin. Un port de plaisance et de commerce qui rapproche autant qu’il a divisé. Un lieu à part que se partagent Briochins et Plérinais. Loin des centres-villes respectifs, le port du Légué vit sa vie à flanc de falaises. Là où le Gouët finit sa course pour se jeter dans la mer. En bas, à l’ombre du viaduc du Gouët, pont autoroutier qui enjambe la vallée, on n’est ni de Saint-Brieuc, ni de Plérin, on est d’abord du Légué. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Les anciens se souviennent des rivalités qui existaient entre les habitants des deux rives. Au point d’aller se « castagner » de temps en temps. Sorti de sa torpeur ces dernières années, le port du Légué est devenu « the place to be ». Restaurateur étoilé, épicerie fine, magasin de disques, bar à bières… Le côté plérinais, celui où le soleil se couche, la joue dolce vita. À tel point qu’une résidence de luxe est en cours de construction. En face, startupers, architectes, restaurateur et patron de boîte de nuit profitent eux aussi de l’emplacement. Mais le port du Légué n’a pas toujours été tendance. En 2004, le Wagon, squat et repaire de la culture punk locale est rasé, après plusieurs années de tolérance. Le début de la mutation.

Brioc, le moine gallois

L’histoire retiendra que les premières traces d’existence du port remontent à l’Antiquité et que c’est par l’estuaire de Gouët que Brioc Glamus, moine gallois serait arrivé pour fonder un monastère. L’endroit est donc lié à jamais à la création de Saint –Brieuc au Vᵉsiècle. Pour autant, ce n’est pas le port qui a créé la ville, mais bien l’inverse. Un port sans quais, avec juste quelques ouvrages en bois. D’ailleurs, étymologiquement Légué veut dire « le gué que l’on traverse ». Plus tard, il deviendra un lieu de commerce. Les toiles bretonnes, confectionnées à Quintin et Loudéac, y sont acheminées en direction des Amériques et de l’Inde.

Base arrière de terre-neuvas au XVIIᵉ siècle, le Légué deviendra un haut lieu de la reconstruction automobile, début XXᵉ, grâce au génial inventeur, Lucien Rosengart.

   Le saviez-vous ?

Le Grand Léjon est le bateau emblématique de la baie de Saint-Brieuc. C’est une réplique d’un lougre de travail, la Jeanne d’Arc, un petit caboteur construit en 1896. Le Grand Léjon a été construits entre 1988 et 1992. Il porte le nom du phare qui se situe au large de Saint-Quay-Portrieux.

Le port du Légué, entre Saint-Brieuc et Plérin, en 1955. Archive Le Doaré-Châteaulin
Le Légué, en 2019, est devenu un lieu prisé des Briochins. Photo Nicolas Créach

Camaret. La double renommée

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René Pérez

Comme Saint-Tropez ou Montcuq, Camaret fait partie des petites cités à forte notoriété. Le port finistérien, à la pointe de la presqu’île de Crozon (Finistère) doit la sienne à une chanson paillarde, œuvre vengeresse d’un journaliste parisien après des  démêlés avec la population locale. Du curé à la statue d’Hercule, ce célèbre chant enfile gaillardement les rimes les plus irrévérencieuses.

De la langouste à fond de cale et une Tour à l’Unesco

Mais Camaret doit aussi son renom à ces livres scolaires nous apprenant jadis que c’était le premier port langoustier d’Europe, ce qui l’élevait au rang de pépite nationale. Durant quelques décennies, la langouste bretonne, puis mauritanienne, fit les beaux jours de la commune et les belles recettes de tous les estaminets. Quand les bateaux rentraient, chargés de langoustes jusqu’à la gueule, on chantait fort au rythme des tournées s’enchaînant à un jet de bigorneau de la mer nourricière. On ignorait alors que tout cela n’aurait qu’un temps, tant les fonds marins s’épuisaient silencieusement au rythme d’une pêche trop intense.

À la fin des années 80, le déclin s’avéra inéluctable et les quais entamèrent une nécessaire reconversion, avec création d’un port de plaisance, ouvrant de nouveaux horizons vers l’activité touristique. Du classement par l’Unesco de sa Tour Vauban à son quartier d’artistes, de son quai aux restaurants alignés comme des cabines de plage jusqu’au Tas de Pois défiant l’océan, la cité de caractère trace sa nouvelle route.     

Les Filles de Camaret

Mais la mer ne la nourrit plus et les paillardes ne résonnent plus comme avant, privées de ces caisses de résonance qu’étaient les banquets des grandes noces de jadis. Tous les convives devaient réviser leurs classiques et les Filles de Camaret revenaient invariablement au répertoire, comme les vagues à la pointe du Toulinguet. Mais les grandes noces se font rares, les paillardes sont moins gaillardes et il n’y a plus de curé à Camaret.

 Le saviez-vous 

Le 18 juin 1694, les Anglais attaquent Camaret et débarquent en force pour assiéger Brest. Grave erreur. Les chaloupes touchent terre à marée descendante et sont à sec quand la contre-attaque est lancée de la côte. Un carnage. Au moins 1 000 morts côté anglais.

La langouste fit les belles heures du port de Camaret dans la première moitié du XXᵉ siècle. Archive Le Doaré-Châteaulin 
Aujourd’hui plus touristique, Camaret trace sa nouvelle route. Photo Claude Prigent


Baie des Trépassés. Force des légendes

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Rodolphe Pochet

Assis au beau milieu de la longue plage de la baie des Trépassés, le spectacle qui s’offre est incroyable : à gauche la pointe du Raz, à droite la pointe du Van, et devant nous l’île de Sein et les phares de Tévennec et de la vieille. Face à une telle puissance, l’homme est, pour une fois, resté modeste. L’hôtel situé en son cœur a grandi, certes, la route s’est développée et les voitures ont changé. Pour le reste, tout semble éternel dans cette baie des Trépassés, cadre mythique qui a tant inspiré les artistes.

Son nom provient d’une déformation de Boe An Aon (« baie du ruisseau ») en Boe an Anaon (« baie des âmes en peine »). De quoi charrier son lot de sinistres légendes, comme celle qui raconte que des cadavres des naufragés venaient s’y échouer à intervalles réguliers. Des morts qui reviendraient chaque 2 novembre à la recherche des vivants qu’ils aimaient sur cette terre… « Son sable pâle est fait des ossements broyés, et les bruits de ses bords sont les cris des noyés », écrira même Auguste Brizeux, un tantinet impressionnable sur le coup.     

Hôtel né avant la Seconde Guerre mondiale

La baie sépare les communes de Cléden-Cap-Sizun et Plogoff, et les deux flèches vers l’océan que sont la pointe de Raz et la pointe du Van, que le promeneur peut rejoindre par de magnifiques sentiers. La plage s’est imposée comme un spot important pour les surfeurs, baigneurs ou même créateurs de Land art et comme un site touristique incontournable. Deux hôtels deux étoiles y ont édifiés, à 200 mètres l’un de l’autre, dont ce fameux hôtel-restaurant de la baie des Trépassés, créé par Clet et Marie Normant avant la seconde Guerre mondiale.

Ce havre séduit depuis les amoureux de solitude et de nature, un hôtel où il faut savoir se lever tôt pour profiter du lever de soleil sur la baie, moment magique. Le site est protégé : la baie des Trépassés, fait partie du périmètre original du Grand Site de France de la pointe du Raz. Tout l’enjeu, pour le syndicat mixte, est de concilier la protection de l’espace dunaire avec l’accès du public à la plage. Encore faut-il que les défunts ne reviennent pas trop piétiner les lieux…

    Le saviez-vous ?

Dans les années 60, la baie des Trépassés était un lieu de villégiature prisé par Johnny Hallyday, plusieurs fois venu avec Sylvie Vartan et le photographe Jean-Marie Périer. Il séjournait dans l’hôtel voisin, alors nommé Ville d’Ys. Il aimait notamment partir en mer remonter les casiers de homards.

L’hôtel de la baie des Trépassés a été édifié avant la Seconde Guerre mondiale. Photo archives Le Doaré
Il reste aujourd’hui un havre de paix pour les solitaires et les amoureux de la nature. Photo Claude Prigent

Auray. La même foire depuis le Moyen- Âge

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Mathieu Pelicart

« Le lundi c’est le marché, le mardi c’est la lessive », entend-on encore dans la bouche des anciens du pays d’Auray, qui accourent, toute l’année, au matin du premier jour de la semaine, dans la ville centre transformée en galerie commerciale à ciel ouvert. Auray se dispute avec Vannes et Hennebont le titre de plus grand marché du Morbihan.

Aux archives municipales, on retrouve trace d’une foire dès 1434, quand le duc crée celle de Sainte-Elisabeth (fêtée le 19 novembre), place du Four-Mollet, pour financer la commanderie du Saint-Esprit, l’hôpital des  pauvres. À  partir de la période révolutionnaire, de nombreux écrits témoignent de l’enjeu du partage des récoltes. « Tous les agriculteurs du canton se retrouvaient pour vendre leur production sous et autour des halles couvertes », explique Geneviève  Hamon, responsable du service patrimoine de la ville d’Auray. En octobre 1789, le maire de Nantes sollicite ainsi son homologue alréen après une récolte désastreuse.

« Enlever les brouettes »

Au XIXᵉ et XXᵉ siècles, ce sont les prix qu’il faut maîtriser ; comme le demande le sous-préfet de Lorient au maire d’Auray, en 1853, faisant allusion à des personnes « malintentionnées », Au sortir de la Première Guerre mondiale, c’est le premier édile qui fixe les prix des denrées pour relancer l’économie. Il ramène le prix du beurre à neufs francs le kilo. On y trouve des lapins, des perdrix, des bécasses, mais aussi des merles et des grives ; des sangliers et des chevreuils, mais aussi des renards, des loutres et des putois ! Et le règlement stipule déjà qu’il faut « enlever les brouettes » du marché une fois déchargées.

C’est aussi le début du tourisme et des locaux se plaignent déjà des bouchers de la côte qui font monter les prix. Aujourd’hui, c’est l’afflux d’exposants saisonniers qui bouscule les habitudes de ceux qui viennent vendre ou acheter à l’année et qui fait du marché  D’Auray le passage obligé des visiteurs séjournant dans la région. De retour sur son lieu de villégiature, les bras bien chargés, il sera toujours temps de penser à la lessive.

    Le saviez-vous ?

La création d’un marché dans un rayon de deux kilomètres autour d’Auray, comme celui de Brec‘h, en 1865, passait par l’accord de principe du maire de la ville centre. Il fallait veiller à ne pas se faire mauvaise concurrence. Cela peut expliquer le jour du marché alréen(le lundi), alors que celui de Carnac, l’un des plus anciens de la région, se déroule le dimanche.   

En 1955 jour de foire à Auray, le lundi matin pour éviter la concurrence avec Carnac le dimanche. Archive Le Doaré-Châteaulin
Le marché d’Auray est réputé comme le plus grand et le plus beau du Morbihan. Photo Mathieu Pelicart

Lannion. Au centre, La place qui se cherche

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Valérie Le Moigne
Pendant très longtemps, celle qui est officiellement, depuis 1947, la place du Général-Leclerc et qui demeure la place du centre pour bon nombre de Lannionnais, n’a pas été une place. Jusqu’en 1865, en effet, ce sont deux rues qui passent de part et d’autre des halles, la rue Suzaire et la rue Souzaire (côté haut de la place actuelle). Des rues habitées par la noblesse mais également par des hommes de loi et des marchands de draps et de soie.
Au milieu de ces deux rues, l’auditoire. Prestigieux bâtiment, Surplombé d’un double escalier, c’était le palais de justice de la ville. Après 1532, Lannion était en effet une sénéchaussée royale et s’était dotée d’un monument cossu. Cependant, en 1855, le tribunal déménage et un nouveau palais de justice, qui se voulait encore plus majestueux (aujourd’hui l’école de musique intercommunautaire), est construit en bordure du Léguer.
Les élus, à l’époque, auraient voulu que cet auditoire devienne la mairie mais la chose fut impossible. À quelques mètres de Là, la construction d’une nouvelle mairie débute donc en 1865 et l’auditoire est démoli. Sous Louis Philippe et dans l’esprit du style haussmannien parisien, tout ce qui est moyenâgeux doit être détruit. À Lannion, cet espace est laissé à la route impériale qui le traverse.
Des maisons en pans de bois
Dans la volonté « d’assainir la ville », les halles et leur magnifique charpente de bois, qui se trouvaient dans le prolongement de cet auditoire, sont également déconstruites, à partir de 1820. Quand les deux rues ont disparu pour laisser libre une ébauche de place, dans les années 1860, les registres des délibérations montrent qu’au conseil municipal, le débat a été houleux entre élus. Et quand, en 1911, la poste disparaît de la place pour s’installer sur les quais, une pétition circule ! Éternel recommencement qu’est l’histoire : en témoigne celle de cette place qui, inexorablement, cherche encore son sens en cœur de ville.   
         ⧨  Le saviez-vous ?
Sous la mandature d’Émile Dépasse, une nouvelle mairie a été construite en 1865. Pour des raisons de budget, entre autres, beaucoup de matériaux ont été récupérés des bâtiments détruits peu de temps auparavant : les pierres de l’ancienne prison de la place du Miroir, une partie de la charpente des halles et le balcon de l’auditoire, ainsi que les armoiries de la ville, que l’on peut toujours admirer sur la façade du bâtiment actuel.   
 
 

Les maisons médiévales de la place (ici) en 1962 ont traversé les siècles. Archive Le Doaré-Châteaulin
Aujourd’hui encore, Les Lannionnais continuent d’appeler « place du centre » La place du Général-Leclerc. Photo Nicolas Creach