Entrez dans le lavoir de Pontaniou, situé rue Saint-Malo, à Recouvrance. Le dernier survivant des lavoirs brestois.

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LE TÉLÉGRAMME DE BREST

Lauryane Arzel

L’association La Carrée porte aujourd’hui un projet de réhabilitation de la loge de la gardienne. (Photo Adeupa de Brest/Collection des Archives de Brest)

En 1884, le lavoir de Pontaniou ouvre enfin ses portes rue de St Malo. Il traduit une prise de conscience : celle de l’importance de l’hygiène dans la lutte contre les épidémies. Le lavoir perdurera jusqu’en 2000, après plus d’un siècle d’utilisation par les femmes de Recouvrance.

Un demi-siècle pour se concrétiser

En 1830, la municipalité envisage déjà de construire un nouveau quartier sur les hauteurs de Pontaniou, où le lavoir sera un équipement indispensable. « C’est un budget énorme pour une ville », expose Olivier Polard. « L’équipement devait durer, d’où la présence d’une charpente en chêne par exemple ». Le lavoir doit être construit rapidement pour remplacer celui de la rue de la Porte, mais le réseau d’eau potable, défectueux, et la densité du maillage urbain ralentissent le projet. La municipalité ne rachète le terrain qu’en 1882. D’une surface de 1 000 m2, en pente, il s’avère idéal pour capter les eaux de la rivière du Carpon.

Un lieu réservé aux femmes

Le lavoir incarne la modernité dans le quartier de Pontaniou, « un quartier insalubre où la rue Saint-Malo était régulièrement inondée », précise Olivier Polard. « C’était des égouts à ciel ouvert ». Les ménagères de Recouvrance en apprécient d’autant plus le confort offert par le lavoir dès son ouverture en 1884. Le bassin, long d’une trentaine de mètres, est divisé en deux parties : le rinçoir et l’abreuvoir pour savonner le linge. « Le lavoir était même protégé de la pluie. Il comprenait aussi trois latrines, une rareté et un luxe pour l’époque », énumère Olivier Polard. La clôture protège le linge des voleurs, tandis que les remblais des fortifications servent d’espaces supplémentaires pour faire sécher le linge. Toutes ces caractéristiques distinguent le plus grand lavoir de Brest des autres lavoirs construits à la fin du XIXe  siècle.

Jusqu’à 250 femmes pouvaient venir laver leur linge chaque jour pendant l’été. Il y avait les mères de famille mais aussi les lavandières professionnelles, ce qui créait des conflits au sujet du manque de place.

». Mais aussi en raison d’horaires d’ouverture trop restreints, de 8 h à 17 h en hiver et de 6 h à 18 h en été. Une gardienne est là pour gérer les conflits. À partir de mars 1901, elle est même reliée directement par téléphone au poste de police de Recouvrance.

Le lavoir n’est pas qu’un lieu de conflits mais aussi de discussions souvent animées. « C’est la première fois qu’on a une concentration de femmes dans un endroit qui leur est dédié », souligne Olivier Polard. « Cela a forcément contribué à l’émancipation féministe. Les discussions donnent de l’élan à une prise de conscience ». Ces journées passées au lavoir créent une émulation inédite.

Un déclin progressif

En 1913, la mairie vote enfin le budget pour construire un deuxième bassin. Le problème de l’espace est réglé mais pas celui de la darrée, dont le mot est spécifique au quartier de Pontaniou. Cette eau, sale et gorgée de savon, dévale la rue Saint-Malo, posant des problèmes d’assainissement. 30 000 litres d’eau étaient utilisés chaque jour. Après guerre, Pontaniou est un des rares quartiers encore relativement intacts. Le lavoir est reconstruit entre 1947 et 1953 avec un nouveau mur d’enceinte.

Le nombre de lavandières ne fait ensuite que diminuer. Les progrès technologiques s’ajoutent au départ de la population vers de nouveaux quartiers. « La ville aurait voulu se débarrasser du lavoir dès les années 1970 », raconte Olivier Polard. En 1985, la mairie doit pourtant reculer devant la colère des usagères du lavoir, qui s’étaient retrouvées face à une porte close. Le lavoir ne fermera ses portes qu’en 2000.

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