La place de la Liberté, de Lambézellec au centre-ville de Brest

Ce cliché, pris dans les années 1960, montre bien la perspective néoclassique dessinée par Jean-Baptiste Mathon. (Crédit Blandeau – DR/Collection des Archives de Brest)

La place de la liberté, un terrain vague, est aujourd’hui synonyme du centre-ville à Brest. Au début du XIXe siècle, elle n’est pourtant qu’un vaste terrain non constructible, situé en dehors des fortifications et propriété de la Marine nationale. L’armée se sert des glacis pour défendre la ville. À partir de la fin du XIXe siècle, la place de la Liberté parvient, peu à peu, à s’imposer comme le nouveau centre-ville de la cité du Ponant.

Un nom aux origines inconnues

La place de la Liberté change de nom à chaque nouveau régime politique. En l’honneur du fils de Napoléon, elle est dénommée place du Roi de Rome en 1811. Elle devient la place Bourbon en 1815 à la Restauration et n’acquiert le nom définitif de place de la Liberté qu’en 1870, d’après l’historien brestois Gérard Cissé. Le terrain est aplani et planté avec des ormes au début du XIXe siècle. « Des spectacles forains et des artistes ambulants s’y produisent dès 1811 »,

signale Gilles Cardinal, ( Chroniques d’un Brest Disparu) passionné par l’histoire de Brest. « L’endroit est très cosmopolite ». Les badauds peuvent assister à des spectacles de cirque ou de théâtre, qui exposent des animaux ou des êtres humains comme la femme à barbe. « Parmi les itinérants, les forains forment une sorte de classe moyenne. Il y a aussi des nomades, sans résidence fixe, qui sont vanniers ou réparateurs de faïence ». La place, qui appartient à la Marine, est aussi en partie dédiée à des manœuvres militaires.

XIXe siècle, la place de la Liberté était connue pour ses foires, très populaires auprès des Brestois. (Crédit Éditeur Andrieu/Collection des Archives de Brest)

Place de la liberté avant.

La place de la Liberté rejoint Brest

Entre 1861 et 1867, Brest annexe la commune de Lambézellec où se trouve la place de la Liberté. La Ville ne devient propriétaire du terrain qu’en 1892, mais elle se retrouve alors sans véritable centre-ville. « La Penfeld était le véritable centre-ville mais elle est peu à peu confisquée par la Marine », retrace Daniel Le Couédic, ancien directeur de l’Institut de géoarchitecture de Brest. « Après 1865, la Marine prend tout le fleuve et Brest est privée de centre ».

En 1919, la loi Cornudet oblige les villes de plus de 10 000 habitants à se doter d’un plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension. Mission est confiée à l’architecte Georges Milineau de redessiner la ville, alors que les fortifications peuvent être détruites depuis 1921. Dans ses premières esquisses, l’architecte de la ville envisage de réunir les principaux monuments publics autour d’une place de la Liberté qui aurait alors été fermée.

L’architecte Jean-Baptiste Mathon dessine en réalité les plans de Versailles pour reconstruire Brest.

Une perspective à la Versailles

Après la guerre, Jean-Baptiste Mathon est chargé du plan de reconstruction de Brest. Il s’inscrit dans la lignée de Georges Milineau en gardant l’idée d’un centre comme articulation entre les différents quartiers de la ville. « Il bâtit aussi la ville quadrillée que Vauban avait imaginée. Les gravats des immeubles et des fortifications servent à remblayer le sol vallonné », relate Daniel Le Couédic. L’église Saint-Louis et l’hôtel de ville sont les nouveaux monuments de la Brest reconstruite.

« Après 1865, la marine prend tout le fleuve et Brest est privée de centre »

En réalité, Mathon fait de la place de la Liberté une esplanade. En effet, d’après Daniel Le Couédic, « une place est un endroit fermé où on se retrouve lors de grandes occasions. Mathon avait renoncé à appliquer cette définition à la place de la Liberté pour en faire un lieu ouvert sur la ville, avec, par exemple, une coulée verte au cœur de Brest ». L’architecte, grand prix de Rome en 1923, s’inspire de la culture classique pour tracer les perspectives du centre-ville. « Mathon dessine les plans de Versailles. Si vous faites bien attention, la place regarde Brest comme le château de Versailles regarde Versailles ». Une fois achevée, la place est la plus grande place dans une ville reconstruite en France. Des travaux ambitieux entamés dans les années 1980 donneront à la place son visage d’aujourd’hui.

Place de la liberté

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