Dans le quartier de Pontaniou à Brest, l’histoire de la salle de Venise devenue le cinéma Armor. Le Télégramme

Aujourd’hui, la forme en dôme du cinéma Armor est toujours visible

Incursion dans la salle de Venise, un haut lieu de la vie de la bourgeoisie brestoise à Pontaniou.

À la fin du XIXe siècle, la salle de Venise anime le quartier de Pontaniou entre la rue Armorique et la rue Jean-Bart (à quelques encablures de l’actuel pont de Recouvrance, en pénétrant Rive droite). Inauguré officiellement à l’été 1862, l’édifice principal est une salle de bals et de spectacles fréquentée par la bourgeoisie militaire. Les lieux tirent leur nom du rideau de fond de scène, qui représente la place Saint-Marc de la Cité des Doges.

Un nouveau lieu de divertissement

Henri Le Scieller rachète le terrain au grand propriétaire terrien Joseph Trischler pour diriger un projet architectural d’ampleur, qui se déploie sur une dizaine d’édifices différents. Parmi eux, on trouve des logements, un café et une salle de bal de plus de 300 m2, capable d’accueillir plus de 2 000 personnes.

« Il y a alors un gouffre entre les petites gens de Recouvrance qui parlent breton, avec leur coiffe et leurs sabots, et la bourgeoisie ».

En 1856, la construction du Pont impérial a déjà marqué un tournant dans les relations entre les deux rives. Désormais, les habitants aisés de la rive gauche franchissent la Penfeld en calèche. La richesse des soldats de la Marine et de leurs familles contraste avec la situation de Pontaniou. « Le quartier est le plus populaire et le plus pauvre de Brest », rappelle l’historien Olivier Polard. « Il y a un gouffre entre les petites gens de Recouvrance qui parlent breton, avec leur coiffe et leurs sabots, et la bourgeoisie ».

En décembre 1861, alors que les travaux se terminent, les musiciens de la Flotte animent le bal des Apprentis canonniers de la Marine impériale. Ce premier événement marque le début d’une ère de prospérité pour la salle de Venise. Le Théâtre de Variétés ouvre d’ailleurs ses portes le 22 juin 1865.

La salle de Venise va ensuite « péricliter dans sa forme d’origine, après l’arrivée du tramway à la fin du siècle. Elle n’a alors plus de raison d’être », explique Olivier Polard. Le tram emmène les badauds jusqu’au casino Kermor, situé au port de commerce. En comparaison, résume Olivier Polard, la salle de Venise apparaît comme un « endroit guindé, vieillot et peu glamour ».

salle de Venise servait de point de départ aux manifestations ouvrières, comme ici en 1903. (Collection des Archives de Brest)

Point de ralliement pour les ouvriers
En 1892, la salle de Venise change de propriétaires et devient un lieu de débats et de meetings politiques. En avril 1900, 2 000 personnes sont réunies pour assister à la « grande réunion publique et contradictoire », qui oppose Aristide Briand et Jean Jaurès. Les deux hommes politiques sont présents pour la première manifestation bretonne de la fédération socialiste. Jean Jaurès, dirigeant de la Section française de l’Internationale ouvrière, revient à Brest en 1909 pour y donner un second discours. Selon Olivier Polard, « les ouvriers utilisaient la salle de Venise comme point de rendez-vous. Ils descendaient ensuite vers le centre-ville et les gardes mobiles les attendaient sur le pont »
Passage au cinématographe
En 1908, la salle de Venise s’engage sur la voie de la modernité et devient un cinéma. Elle doit au préalable accomplir de lourds travaux, électriques notamment. La caserne du Deuxième dépôt, toute proche, emploie 3 000 marins qui sont autant de spectateurs potentiels. Mais l’établissement fait faillite et il faut attendre l’intervention de l’architecte Frayssinet en 1920 pour que naisse le cinéma Armor. S’y ajoute le travail de l’artiste Pierre Péron qui repeint les murs avec des fresques sur le thème de la Marine. « Les Ailes », un film de guerre consacré aux aviateurs de la Première Guerre mondiale, est même le premier film parlant projeté à Brest en 1932.
En dépit de travaux réalisés en 1936, après guerre, les déconvenues s’accumulent pour la salle de Venise, en premier lieu la destruction de la caserne du Deuxième dépôt et le départ de la population militaire. « Une fois la Reconstruction achevée, la salle de Venise n’a plus de raison d’être. Rive gauche, des cinémas comme l’Omnia séduisent davantage le public grâce à leur confort ». En 1957, l’Armor ferme ses portes. Les Compagnons du devoir ne s’installeront dans ses murs qu’en 1977.

 













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