L’hôtel Continental Brest

Le Télégramme De Brest

Lauryane Arzel


En avril 1941, un violent incendie détruit l’hôtel Continental à Brest

La façade de l’hôtel Continental est encore debout après l’incendie d’avril 1941.
La façade de l’hôtel Continental est encore debout après l’incendie d’avril 1941. (Collection des Archives de Brest)

Non loin de la place Wilson, l’hôtel Continental a fière allure en cette journée du 4 avril 1941. Le soir-même, l’édifice est détruit par un incendie. Une ombre plane encore aujourd’hui sur la chronologie des événements. Deux versions coexistent : un bombardement mené par l’aviation anglaise et un attentat conduit par un réseau local de résistants.

Un lieu de vie pour les Allemands

Situé rue Émile-Zola, « l’établissement est un des plus luxueux de l’époque », explique Gildas Priol, spécialiste de la période 1939-1945, à Brest. « Le Continental est un des premiers hôtels réquisitionnés par l’état-major allemand, dès le 19 juin 1940, pour en faire un lieu de vie et de pouvoir ».

Depuis la fin du mois de mars 1941, Brest accueille aussi le Scharnhorst et le Gneisenau, deux navires de guerre allemands. Ce sont des cibles prioritaires pour la Royal Air Force (RAF), l’aviation britannique. Les bateaux sont protégés par différents dispositifs et par la topographie du terrain. Les bombes britanniques pleuvent sur les cuirassés et sur le centre-ville brestois, à proximité immédiate. À lire sur le sujet. Gildas Priol, au nom du grand père.

La cible des bombardements britanniques

Le 4 avril 1941, la Kriegsmarine, la marine de guerre allemande, organise une grande réception au Continental. De 22 h 15 à 1 h 30, dans la nuit du 4 au 5 avril, le commissariat central de Brest notifie une alerte aérienne, causée par les bombardements de la Royal Air Force. Le 5 avril, au matin, la découverte d’un corps sous les décombres du Continental clôt le rapport du côté français.

Le bilan se monte à quatre morts et douze blessés sur le centre-ville où d’autres bâtiments ont été touchés. Le Bomber Command de la Royal Air Force recense quant à lui l’envoi de 54 ou 57 appareils au-dessus de Brest, pendant la nuit du 4 au 5 avril. « Dans la presse, peu de choses sont ressorties parce que les Allemands ne communiquaient pas sur les pertes subies. Un article évoque pourtant les bombardements et le déblaiement des gravats, mais sans en expliquer les causes », mentionne Gildas Priol.

Les circonstances de destruction du Continental restent mystérieuses.
Les circonstances de destruction du Continental restent mystérieuses. (Collection des Archives de Brest)

L’attentat, une autre piste possible

En 1949, l’ouvrage « J’avais des camarades » de Jean Broc’h est un des premiers à raconter les années de conflit. Sa parution impose dans les mémoires un autre récit : celui d’un attentat perpétré par le groupe Élie. Ce réseau local de la Résistance est dirigé par Louis Élie, un transporteur brestois de 35 ans. À son apogée, le groupe comprend 70 membres, principalement issus du quartier Saint-Martin, autour desquels gravitent plusieurs dizaines de sympathisants non actifs.

« Le groupe Élie a été arrêté avec des explosifs : il était en capacité d’entreprendre cette action mais il n’y avait pas de précédents ».

Le premier réseau de résistance brestois est alors doté d’un petit arsenal, composé de matériels anglais et allemand, récupérés ou volés. Au début de l’année 1941, le réseau se lance dans des actions de plus grande envergure, mais seules deux ont été authentifiées. En mars 1941, l’attaque de la prison de Pontaniou se conclut par un repli stratégique pour éviter toute perte humaine. Le groupe a aussi tenté de prendre d’assaut une position de la défense antiaérienne allemande. « Le groupe Élie a été arrêté avec des explosifs : il était en capacité d’entreprendre cette action mais il n’y avait pas de précédents », précise Gildas Priol. « Si c’était le cas, le Conti serait le premier et le dernier événement du genre ».

Dès 1949, Simottel, l’administrateur du Continental s’oppose à la version de Jean Broc’h. Il affirme par exemple que la chaudière, où l’explosif aurait été placé, était restée intacte et aurait été récupérée ensuite par la SNCF. Surtout, selon Gildas Priol, « la destruction de l’hôtel ne figure pas sur les charges, beaucoup plus mineures, présentes sur le compte-rendu du procès du 22 novembre 1941 ».

Du côté de la Résistance, des incohérences ajoutent au flou ambiant. Gildas Priol s’est intéressé aux témoignages de trois survivants du groupe Élie. Henri Auffret, Victor Gourmelon et Jean Pronost confirment leur participation à l’attentat, avec des divergences entre les récits. Victor Gourmelon fait notamment mention d’une alerte anti-bombardements qui aurait perturbé le déroulement de l’attaque. Une seule chose est sûre : le 4 avril 1941, l’hôtel Continental a bien été la cible des bombardements.

La rue des Onze-Martyrs, la trace toujours visible du groupe Élie

Dans les semaines qui suivent la destruction de l’hôtel Continental, entre mai et juillet 1941, les principaux responsables du groupe Élie sont arrêtés par les Allemands. Bruno Calvès, dans le livre « Brest secret et insolite. Les secrets de la Cité du Ponant », énumère les charges retenues contre les onze résistants : « Détention d’armes et de munitions, voies de fait contre les membres de l’armée allemande, participation au mouvement gaulliste et espionnage en faveur de l’ennemi ». 

Les onze résistants sont fusillés au Mont-Valérien, à Paris, le 10 décembre 1941.

La rue des Onze-Martyrs rend aujourd’hui hommage aux membres du premier réseau de résistance brestois. D’abord située rue Brizeux, elle change ensuite de localisation pour être déplacée à son emplacement actuel. Une stèle a été érigée dans le square Rhin-et-Danube, au coin des rues Branda et Farigoul. Elle récapitule les noms des onze résistants fusillés au Mont-Valérien et ceux de six autres membres du groupe Élie morts en déportation.

Pratique

Site internet  Mémoire des Résistants et FFI du pays de Brest.

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