Lorient. Près des lavoirs du Rouho grandit la baraque

Lorient. Ici revivent les baraques

Source de l’article, des Photos. Le Télégramme, archives municipales de Lorient, paroles des habitants.

Sophie Prévost

L’ancien temple protestant vannetais va reprendre vie à Kerentrech. La baraque d’après-guerre sera lieu de mémoire et d’Histoire. De bon matin, sur le terrain voisin aux lavoirs du Rouho, des ouvriers s’affairent. Les fondations terminées, cela prend forme. Les premières planches de bois préfigurent la surface d’un bâti particulier. Ici, sur ce chantier d’insertion mené par l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa), sera reconstituée une baraque d’après-guerre.
Un temple protestant jusqu’en 2018
Voilà une baraque témoin des circonvolutions de l’Histoire. Imaginez qu’elle abritait, jusqu’en 1956, un temple protestant, ici à Lorient. Puis, elle a été démontée. Pour revivre à Vannes. Tout en restant un lieu de culte. Cela devait durer cinq ans.
Au final, le temple protestant « vivra » en l’état 62 ans. Jusqu’en octobre 2018, moment où, fort des fonds nécessaires, le conseil presbytéral de l’Église protestante unie de Vannes Morbihan Est peut lancer la construction d’un nouveau bâtiment répondant aux normes de sécurité.

L’ancien temple protestant vannetais va reprendre vie à Kerentrech. La baraque d’après-guerre sera lieu de mémoire et d’Histoire.

La journée du Patrimoine

Un temple protestant jusqu’en 2018

Un lieu de pédagogie

Seulement, dans la ville aux cinq ports, le mot baraque à une signification toute particulière. Au-delà de l’habitat provisoire, elle reflète la période d’après-guerre, où des familles lorientaises se reconstruisaient à l’abri des bombes, où toute une génération a grandi.

Voilà longtemps que d’anciens résidants, réunis dans le collectif des baraques de Lorient, sollicitaient la municipalité, souhaitant une réhabilitation, miroir d’une période de « sérénité retrouvée ».

Et puis, il y a Mémoire de Soye qui, depuis 2002, donne à comprendre à Plœmeur ce qu’était le logement d’urgence.

« Il y a d’un côté et de l’autre des approches scientifique et sensible. Tout le pari du projet est d’en faire la synthèse », explique Emmanuelle Williamson, adjointe à la culture. Un comité de pilotage va se mettre en place avec l’ensemble des acteurs.

La baraque sera ainsi un lieu « de mémoire vivante, de pédagogie et d’Histoire ». Pour ceux qui ont vécu dans ces habitats provisoires, la promiscuité s’estompe derrière le sentiment de vie collective : « Ce qui reste, c’est le vécu ensemble. »

Une expo autour de l’habitat provisoire

Vincent Gragnic, historien, consultant sur le projet, a mené une étude qui sera restituée au comité de pilotage. Le second volet de son travail sera de définir un cahier des charges pour la scénographie.

Par ailleurs, en lien avec les Journées nationales de l’architecture, une grande exposition sera consacrée autour de l’habitat provisoire, à l’Hôtel Gabriel.

Reconnue ville d’art et d’histoire en 2005, « Lorient, bien que modestement reconstruite en urgence après la guerre, a été pensée de façon multiple et le tracé initial de ses rues a été maintenu », aime à dire Pascal Debard, président de la Maison de l’architecture et des espaces de Bretagne.

Car Lorient, souvent considérée comme une ville atypique, est peu à peu devenue une ville d’architectes offrant de nouveaux paysages urbains. « C’est une ville à l’architecture particulière et remarquable parfaitement assumée, souligne Emmanuelle Williamson, adjointe, et qui, dans sa forme, donne le sentiment d’une ville sans tabous. »

« Préfabuleux » ou le temps des baraques

Baraques ville de Lorient

C’est par le regard d’Elisabeth Blanchet, que nous est contée en trente-trois photos – avec témoignages et visites interactives – l’histoire de ces baraques, de leurs habitants qu’elle a rencontrés, « de leur attachement à leur maison préfabriquée, en Bretagne ou ailleurs, au Royaume-Uni ou aux États-Unis ». En écho à ce travail, les Archives présentent une sélection de documents originaux illustrant la vie singulière de ces années baraques lorientaises.

Baraque Lorient

Près de L’ancien lavoir Lorientais du Rouho. L’association de formation professionnelle des adultes (AFPA) y a engagé un chantier d’insertion. Remontage d’une baraque)  

Les lorientais entretiennent, depuis 2002, la mémoire des baraques qui ont fait la reconstruction de la ville après la Seconde Guerre mondiale. Trois d’entre elles, classées aux Monuments historiques. Se visitent à Ploemeur. Une autre est en cours de remontage à Lorient. Un patrimoine muséographique unique en Bretagne est en train de se dessiner, soutenu par la Ville, mais initié par les passionnés.

C’est une ancienne baraque collective, qui avait accueilli un temple protestant, de 1947 à 1956. Une parmi les 3500 bâtiments du même type, où ont été relogées 15 000 personnes, dans un Lorient complètement rasé par les bombardements. Cette baraque en bois s’est retrouvée pendant cinquante ans à Vannes, dans l’enceinte de l’Église protestante unie de France, qui a finalement souhaité, l’an dernier, s’en débarrasser. Le bâtiment en bois aurait pu finir en palettes.

Un bel alignement des planètes a fait le reste. Il y avait, déjà bien visible sur le terrain patrimonial lorientais, l’association « Mémoire de Soye ». Depuis 2002, des bénévoles ont eu à cœur de récupérer et remonter les premières baraques, transformées en espace muséal sur le pays de Lorient. Situées à Ploemeur (qui se trouvait sur le périmètre lorientais après-guerre), les trois habitations de construction française, américaine et canadienne présentent une restitution de trois intérieurs familiaux, tels qu’on pouvait les envisager avant les années 1950, dans l’une des plus importantes des 42 cités de l’époque.

Une initiative « Unique en France »

« Nous avons été les premiers sollicités par l’Église réformée de Vannes. Mais comme on ne peut pas tout faire et qu’on avait connaissance d’un autre collectif qui cherchait à créer un lieu de mémoire à Lorient, nous avons renvoyé la demande sur la ville », commente le président Mickaël Sendra.  À Lorient, en effet, le collectif de baraques de Keryado, devenu Collectif des baraques de Lorient,  militait de son côté aussi, depuis 2005, pour qu’une baraque vienne rappeler aux plus jeunes cette période fondamentale de l’histoire.

Il y a eu des années de faux espoirs. « Nous n’avons affaire qu’à des passionnés. C’est vrai qu’ils dû beaucoup patienter. Ce n’était pas du désintérêt de notre part, commente l’adjointe à la culture de la Ville de Lorient, Emmanuelle Williamson. Mais avant la proposition vannetaise, nous n’avions jamais eu d’aussi belle opportunité ».

Ensuite ? «  Un projet scientifique a été commandé par la ville, une scénographie va suivre pour faire de cette baraque une espace muséographique, complémentaire avec Soye.

Nous voulons proposer un parcours visiteur d’histoire et de mémoire à la pointe, unique en son genre en France. BREST n’a rien. SAINT-NAZAIRE n’a rien.

Et l’habitat provisoire, alors que les camps de migrants sont tristement d’actualité, ça interpelle», poursuit Emmanuelle Williamson.  

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