Morlaix. Sous le bitume, la rivière

        Article du Télégramme de Brest, Photos de Jos Doaré, et des reporters photographes du télégramme de Brest. Pourquoi cet article, pour en faire profiter les amoureux de la Bretagne. Qui découvre aussi ce journal.   

Gwendal Hameury

Au Moyen Âge, le port de Morlaix est indéniablement une plaque tournante du commerce de Basse-Bretagne. Les bateaux peuvent remonter la rivière jusqu’au cœur de la cité, trait d’union entre  Léon et Trégor. La ville profite à plein du commerce des toiles de lin avec l’Angleterre. Les quais voient aussi transiter des graines de lin  des pays du Nord, des vins de Bordeaux, des fruits et légumes espagnoles ou portugais, du plomb et du charbon importés de Grande-Bretagne… Les mesures protectionnistes prises au VVIIIᵉ siècle, de chaque côté de la Manche, signent le déclin de l’activité portuaire. La construction de la Manufacture royale des tabacs n’y change rien. Le tonnage des bateaux augmente, entraînant des difficultés de navigation sur la rivière et le trafic finit par se déporter sur d’autres villes.

Un recouvrement en plusieurs étapes

Les seuls témoins de cette prospérité disparue sont ces maisons à pondalez et hôtels particuliers en pierre du centre ville. La rivière elle-même, formées par le Jarlot et le Queffleuth, semble s’être évaporée. Car contrairement à Quimper ou Lannion, Morlaix a fait le choix de la recouvrir. Les premiers travaux ont été menés en 1728, devant l’actuel hôtel de ville, pour créer la place de l’Éperon, ensuite agrandie jusqu’à l’église Saint-Melaine (place des Otages). Après la construction du viaduc (1861-1863), le recouvrement se poursuit. En 1897, le bassin à flot est repoussé jusqu’au niveau de la Banque de France, pour construire la place Cornic. La dernière tranche de recouvrement (et la destruction du pont tournant métallique pour piétons créé en 1858) date de 1961, pour créer la place De Gaulle. « en 1951, lorsque mes parents ont acheté la Buvette de la Marine (rebaptisée Chiquito, puis Calypso), il y avait encore l’activité sur ces quais pavés, se rappelle Monique Moullec, 79 ans. L’eau arrivait devant chez nous. Entre la Manu, où travaillait encore beaucoup de monde, et le viaduc, il y avait plein de cafés, au moins sept bouchers, des épiceries… La ville était très dynamique. On n’aurait sans doute pas dû recouvrir. Car une ville où l’eau rentre, ça donne une autre ambiance. »       

       Le saviez-vous ?

Le buste du Morlaisien Charles Cornic (1731-1809), corsaire du Roi puis amiral pendant la Révolution, fut  installé le 12 septembre 1897 (jour anniversaire de sa mort), au centre de ce qu’on appelle aujourd’hui la place des otages. Puis repoussé, au gré des annexions sur la rivière, jusqu’en bas de la rue Villeneuve, quai de Léon. Il a toujours fait  face au bassin à flot.  

Vue du Viaduc, la rivière de Morlaix en 1953. Archive Le Doaré Châteaulin

La rivière a été recouverte en 1961 pour créer la place Charles-de-Gaulle. Photo Claude Prigent

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