DISPARITION DE LA MINERVE LE 27 JANVIER 1968 (52 VICTIMES)

A l’occasion de l’anniversaire (50 ans) de la disparition du sous-marin Minerve le 27 janvier 1968, au large de Toulon alors qu’il participait à un exercice avec un Breguet-Atlantic, des commémorations seront organisées, le samedi 27 janvier 2018, d’une part à Toulon au monument des sous-mariniers de la Tour Royale, et d’autre part au cénotaphe de Saint-Mathieu de Plougonvelin (à partir de 10 h). Georges Kévorkian, ancien ingénieur de la DCN.

DISPARITION DE LA MINERVE LE 27 JANVIER 1968 (52 VICTIMES

Un peu d’histoire Jupiter, premier des Dieux de l’Olympe, ayant remarqué Mêtis, une nymphe d’une beauté remarquable, l’avala pour lui prouver son amour. Quelque temps plus tard, il fut pris d’un terrible mal de tête. Il demanda à Vulcain, Dieu du feu et des métaux, de le frapper avec sa massue pour lui ouvrir le crâne. C’est ainsi que, de sa tête, sortit une femme armée et casquée : c’était Minerve. Elle symbolisera alors la Déesse de la Guerre, mais également de l’Olivier. 

La Minerve, seizième du nom de la série des sous-marins type Daphné, ralliait Toulon, son port base, le 22 décembre 1962, à l’issue de sa croisière d’endurance et de sa traversée de longue durée.

Le sous-marin Minerve au mouillage à l’Escadrille des Sous-marins de la Méditerranée (ESMED) à Toulon.
(Collection SHM de Vincennes)

Le 21 janvier 1968, soit une semaine avant le drame, le lieutenant de vaisseau Fauve prenait le commandement de la Minerve.

Les circonstances de la disparition
Le sous-marin faisait route dans la nuit du 26 au 27 janvier 1968 vers le secteur T-65, situé au Sud du cap Sicié, pour procéder à des exercices avec un Bréguet Atlantic (avion spécialisé dans la lute anti-sous-marine) de la base aéronavale de Nîmes-Garons
A 07h55, la liaison radio entre la Minerve et l’avion, avec lequel le contact avait été préalablement établi, était interrompue sans raison apparente, après le dernier échange suivant :
• L’avion : « Je compte annuler la calibration radar à 08h00 » ;
• La Minerve (voix d’un officier) : « Je comprends que vous annulez la calibration radar. Répondez » ;
• L’avion : « Affirmatif ».
Au moment de la perte de contact radio, l’avion situait le sous-marin en dehors du secteur T-65 et dans le Sud-Est de celui-ci.
La disparition de la Minerve fut officiellement prononcée le samedi 27 janvier après 21h00, heure limite prévue du retour du bâtiment au mouillage à sa base de Missiéssy. Dans les premières heures du dimanche 28 janvier, vers 02h30, étaient déclenchées les opérations de recherche.
Les premières opérations de recherche
Le commandement des opérations de recherche fut assuré par un contre-amiral, à bord de l’escorteur d’escadre Cassard. Les bâtiments suivants participèrent à ces opérations :
• L’escorteur rapide Le Béarnais, les escorteurs côtiers L’Enjoué, Le Frondeur, L’Alerte et L’Adroit, déjà en mer dans la nuit du 27 au 28 janvier ;
• Le porte-avions Clemenceau, les escorteurs d’escadre Kersaint, Bouvet, La Galissonnière, La Bourdonnais, les escorteurs rapides L’Agenais et Le Brestois, qui appareilleront de Toulon ;
• Des flottilles de Bréguet Atlantic et des hélicoptères ;
• Les sous-marins Ariane et Vénus ;
• Les dragueurs de la 30ème division de dragueurs de mines ;
• Le remorqueur de haute mer Pachyderme ;
• Un groupe d’intervention réunissant le bâtiment d’expérimentation Ingénieur-Elie-Monier et le Terebel, armé par l’Institut Français du Pétrole;
• La soucoupe plongeante Cousteau mise en œuvre par la gabare Commandant-Robert Giraud.
Durant la période initiale des recherches, à compter du dimanche 28 janvier au matin, aucun des nombreux débris recueillis en mer dans la zone supposée de disparition, ne put être identifié comme provenant de la Minerve. Toutefois, une tache d’hydrocarbures assez importante fut aperçue par des bâtiments de la Direction du Port, au Nord du secteur T-65, ce qui, cependant, ne conduira à aucun résultat tangible. L’hypothèse considérée comme la plus probable était que le sous-marin avait sombré, puis péri par implosion compte tenu des fonds importants de la zone de disparition. Aucune opération de sauvetage présentant une chance quelconque de succès n’était, dès lors, envisageable dans ces conditions.

Un signal sismologique révélateur

La Marine était informé, mais après l’achèvement des premières opérations de recherche, que le dépouillement des signaux enregistrés par différentes stations sismologiques (stations d’Isola, de Serre-Ponçon, de Chaudanne, de Cadarache, toutes situées dans les Alpes françaises, et de Monaco, sur la côte méditerranéenne), mettaient en évidence un signal susceptible de résulter de l’écrasement brutal vers 700 mètres de profondeur d’un « récipient » contenant environ 600 m3 d’air à la pression atmosphérique, ce qui pouvait tout à fait correspondre à l’implosion de la coque d’un sous-marin ayant les dimensions de la Minerve. L’heure de ce phénomène était fixée à 07h 59m 23s, à quelques secondes près.
Conclusion
La commission d’enquête s’est penchée sur le facteur humain, comme il est courant dans ce type d’enquête. A l’occasion de telles analyses, sont souvent mises en lumière, des insuffisances sur les questions touchant à l’ergonomie et à l’entraînement des équipages. Les simulateurs d’entraînement seront introduits plus tard dans les forces sous-marines, trop tard pour ce qui concerne la Minerve …et aussi l’Eurydice (disparition dans des conditions analogues 2 ans plus tard, le 4 mars 1970).
Il est absolument certain que l’ergonomie du bâtiment présentait des déficiences dans ce domaine. Elles ont, selon toutes probabilités, été un facteur aggravant dans le processus des événements ayant provoqué la perte du sous-marin.

Le général de Gaulle à la base sous-marine de Toulon
En hommage aux disparus du sous-marin Minerve, une cérémonie militaire fut organisée le 8 février 1968, à la base sous-marine de Missiessy dans l’Arsenal de Toulon, en présence, notamment, des familles des disparus. Elle fut présidée par le chef de l’Etat, le général de Gaulle, accompagné de Pierre Messmer Ministre des armées, du général Ailleret, chef d’Etat-major des Armées, de l’Amiral Patou, chef d’Etat-major de la Marine et de l’Amiral de Scitivaux de Greische, préfet maritime.


Le général de Gaulle s’adressant aux équipages rassemblés, en présence des familles des disparus.
On reconnaît, à sa gauche, Pierre Messmer, alors Ministre des Armées.
(Collection ECPA)


En fin de matinée, le général de Gaulle embarquait, pour une plongée de 1h 20, à bord du sous-marin Eurydice, à des immersions de 40 à 50 mètres. Au retour en surface, vers 13 h00, une gerbe de fleurs sera lancée à la mer.

Le général de Gaulle et les autorités militaires passent en revue les équipages rassemblés.
(Collection ECPA)


 

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